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Virtual Regatta: comment les élections présidentielles en Ouganda ont fait basculer la course

Dans Virtual Regatta, il y a ceux qui perdent 50.000 places parce qu’ils se sont trompés de cap. Et il y a ceux qui perdent 50.000 places parce qu’ils se sont trompés de pays. Récit d’une improbable mésaventure qui a bouleversé le classement du Nemo Point Challenge, avec la montre à 9.500 € en jeu.

Bon ben, c’est l’histoire classique… Tu fais Virtual Regatta, bon élève pendant plus de deux mois de course… Même si tu navigues sans routeur tu te retrouves 60e du classement général et bien en tête du Nemo Point Challenge… Et tout s’effondre à quatre jours de l’arrivée parce que le président décide de couper internet dans le pays pendant six jours (ce qui n’a rien de personnel).

Sans routeur puis sans Internet

Dans la catégorie 'scénario frustrant' sur cette édition 2020-2021 de Virtual Regatta, Rodolphe, skipper de BaMaTiRaLe, est un sacré client qui a réussi à mêler navigation au doigt mouillé, montre de luxe et géopolitique africaine, avec une science du timing absolument remarquable.

Mardi 12 janvier, à quatre jours d’une arrivée triomphale, BaMaTiRaLe (du nom de ses cinq enfants, un pour chaque point cardinal plus un en bonus parce qu’on n’est jamais trop prudent), domine le Nemo Point Challenge et commence à sentir à son poignet le délicieux poids de la montre haut de gamme qui récompensera le vainqueur.

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Le cap est programmé, les waypoints bien posés, le vent favorable et le moral au beau fixe. Bref, la parfaite panoplie du Virtuaregattien qui file vers les Sables en tête d’un classement qui pèse 9.500 euros. Sauf que Rodolphe, qui bosse dans la diplomatie et pilote depuis l’Ouganda, avait omis d’anticiper ce détail qui concerne en moyenne entre zéro et un skipper de Virtual Regatta sur un million… les conséquences des présidentielles.

Et l’effet papillon lui arrive en pleine face. Le battement d’aile du président ougandais a pris la forme d’une coupure généralisée d’Internet dans tout le pays le jour du scrutin et prolongée les cinq jours suivants, laissant le vaisseau sans aucun capitaine à la barre.

"Si t'as pas ta montre à 50 ans..."

"J’ai récupéré mon bateau qui dérivait à la 54.000e place. Ce qui est dommage, c’est que c’était des jours fériés en Ouganda en fin de semaine, donc j’avais tout le temps pour m’en occuper dans le final, raconte Rodolphe. J’avais même déjà été contacté par le service qui gère la dotation."

Encore plus cruel pour le diplomate, le dimanche qui arrive, lendemain du jour de son arrivée théorique, est un jour particulier. "Si t’as pas ta montre Ulysse Nardin à 50 ans, tu as raté ta vie", s’amuse-t-il. Passer le cap Horn et le cap de la cinquantaine à trois semaines d’intervalle, c’est déjà pas mal. Et vu la 16e place au général du vrai gagnant du Nemo Challenge, Rafal71-TPN, à 7min49 secondes seulement du grand gagnant Tigrou26120 qu’on ne vous présente plus, rien ne dit que Rodolphe aurait été à l’heure. Rendez-vous dans quatre ans, en espérant que les législatives au Bhoutan ne lui jouent pas des tours.

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Alexis Toledano, skipper de Paprika3000