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Ben Johnson : « J'aurais pu battre Bolt »

Ben Johnson en quête de rédemption.

Ben Johnson en quête de rédemption. - -

EXCLU. Il y a 25 ans éclatait le scandale Ben Johnson, 48 heures après le record du monde établi par ce dernier en finale du 100 m des JO 1988 de Séoul. Aujourd’hui, le Canadien veut lutter contre le dopage et prodiguer la bonne parole.

Pour célébrer ce triste anniversaire (24 septembre 1988), vous avez décidé de lancer une vaste campagne de lutte contre le dopage...

Pour moi, c’est une sorte de rédemption. Quand je me retourne sur mon passé, ma vie a sombré dans le pire. Aujourd’hui, je veux essayer d’adresser un message fort à la jeune génération contre le dopage.

Vu votre passé, votre message peut-il passer ?

C’est très important de délivrer ce message. Les choses se détériorent depuis pas mal d’années et il est temps que cela change dans le sport. Il faut tenter de contrôler entièrement ce problème car cette situation dure depuis trop longtemps. Trop de personnes sont tentées en raison des progrès technologiques.

A titre personnel, regrettez-vous de vous être dopé, notamment pour la finale du 100 m des JO de Séoul ?

Quand il y a plus de vingt-cinq ans j’ai dit oui pour prendre des substances interdites afin d’améliorer mes performances, j’étais très jeune. Je n’ai demandé conseil à personne, j’ai pris ça tout seul. J’en ai payé le prix fort. Vingt-cinq ans plus tard, je me suis lancé dans cette campagne pour apporter ma petite pierre à l’édifice et essayer de faire changer les choses. L’entreprise est énorme, immense. Mais je pense que mon expérience en la matière peut faire la différence.

Le dopage, est-ce avant tout selon vous un problème de manipulation ?

Oui. C’est une affaire de business et de millions de dollars. Pas seulement pour les athlètes, mais aussi pour un certain nombre d’associations. D’énormes gains, d’énormes profits et énormément d’argent sont en jeu.

Les contrôles positifs de Gay, Powell, Simpson et Campbell avant les Mondiaux vous ont-ils surpris ?

Non. Pour moi, ce n’était pas une surprise.

Si le Ben Johnson de 1988 affrontait le Usain Bolt de 2013, quel en serait le résultat ?

Je pense que je le battrais. Si je courais contre lui à cette époque et dans le même lieu, avec de meilleures chaussures, une meilleure piste et d’autres nouvelles innovations technologiques, j’irais plus vite.

Vous aviez déjà déclaré cela il y a plusieurs semaines et Usain Bolt a semblé quelque peu vexé...

Je m’en fiche s’il a paru vexé. Oui, je pense que j’aurais pu le battre. Soyons clair : quand j’ai réalisé ce chrono en 1988 (9’’79, rayé ensuite des tablettes, ndlr), j’avais cinquante ans d’avance. Personne ne m’aurait battu, pas même la génération actuelle.

Selon vous, en 2013, quelle place le dopage occupe-t-il dans l'athlétisme ?

C’est pire qu’il y a vingt-cinq ans. Mais maintenant, je ne peux plus croire ceux qui trichent et qui disent pour se défendre qu’ils ont commis une erreur ou qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient. Ils n’ont plus aucune excuse. Quand ils sont testés positifs, ils sont positifs. Bingo ! Il n’y a pas d’alternative.

D'une manière générale, les records actuels vous semblent-ils encore perfectibles, ou bien se heurteront-ils un jour aux limites du corps ?

L’être humain a toujours cherché à repousser ses limites, à aller le plus vite possible. C’est un challenge. Et une expérience pour le moment ininterrompue.

Recueilli par Jean-Louis Tourre