RMC Sport

Ewanjé-Epée : « Diniz, père courage exemplaire »

-

- - -

Pendant les Mondiaux d’athlétisme (10 au 18 août à Moscou), Maryse Ewanjé-Epée analyse la compétition pour RMC Sport. Pour l’ancienne athlète, la volonté de Yohann Diniz (10e du 50km marche) doit inspirer l’équipe de France.

« Lancée superbement par la médaille historique de Mélina Robert-Michon au lancer un disque, l’équipe de France accuse un coup de moins bien très net à la moitié de la quinzaine mondiale.

Dure leçon que celle d’un championnat qui remet à zéro les compteurs à exploits de cruelle façon. C’est le même tsunami à chaque édition et seuls quelques intouchables échappés loin devant la concurrence, tiennent leur rang sans même jeter un œil à la concurrence. Les chercheurs d’or Usain Bolt (100m), Tirunesh Dibaba (10 000m F), Mo Farah (10 000m), Brittney Reese (longueur F), Ashton Eaton (décathlon), Valérie Adams (poids F), Shelly-Ann Fraser-Pryce, super stars de leurs disciplines, ont survolé leurs épreuves sans laisser l’ombre d’une chance à leurs challengers. Mais le sport n’est pas une science exacte et c’est ce qui le rend passionnant. Yelena Isinbayeva, David Oliver, Lashawn Merritt, Christine Ohuruogu ou Raphael Holzdeppe ont montré qu’un autre augure est possible.

Les Français, qui ont connu l’extase lundi dernier, semblent avoir mangé leur pain blanc avec les deux argents de Mélina et de Renaud Lavillenie. 

La journée de mardi a été plus figue que raisin, et aujourd’hui (mercredi), Yohann Diniz, père courage de la sélection tricolore, a vécu l’enfer dans le 50km marche pour terminer 10e, épuisé par une lutte contre la douleur et le découragement.

Le Rémois, averti deux fois dès la première moitié de la course, n’avait plus aucune chance de poursuivre le rythme infernal qu’il tenait pour emporter enfin son premier titre mondial, six ans après l’argent d’Osaka. Avec deux cartons jaunes, il ne pouvait que gérer sa cadence pour passer cette fichue ligne d’arrivée, loin, si loin devant la souffrance. A deux doigts d’abandonner au 35e kilomètre, mur presque infranchissable de son calvaire, il est allé au bout de lui-même pour figurer dans les résultats d’une course qui se refuse à lui depuis 2007.

Il y a deux ans, à Daegu, il avait été disqualifié après une heure d’une course qu’il menait depuis le départ. Un an plus tard aux JO de Londres, il avait chuté lourdement, s’était relevé pour finir 8e avant d’être disqualifié pour un ravitaillement hors zone. Et quatre années plus tôt, à Pékin, il avait dû renoncer au 30e kilomètre, victimes de douleurs abdominales insupportables. Il était, comme cette année, le meilleur performeur mondial de l’année.

Moscou ne lui a pas permis de vaincre le signe indien et pourtant, c’est son visage déformé par l’effort, tendu vers la ligne d’arrivée, que je retiens comme le signe de la plus grande des volontés.

Puisse son exemple inspirer les Français qui vont entrer en piste ces jours prochains, car Yohann a montré ce matin que le résultat n’est pas la seule valeur tangible. La détermination, la persévérance, font aussi le champion de demain et les divines surprises… »

A lire aussi :

- Bosse et Nana-Djimou impuissants

- Isinbayeva, des adieux en or

- Bolt, la foudre du dimanche

Maryse Ewanjé Epée