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Lemaitre, cent et or

Christophe Lemaitre

Christophe Lemaitre - -

Il n’a pas déçu. Christophe Lemaitre est devenu champion d’Europe du 100m ce mercredi à Barcelone en 10’’11. Martial Mbandjock a pris le bronze.

Les chefs-d’œuvre de Gaudi ne ressemblent à rien d’autre. Les courses de Christophe Lemaitre non plus. Sa ligne droite du 28 juillet prend déjà sa place parmi les monuments de la cité catalane. On attendait, il a réalisé. Plus résistant que l’intox façon bulldog de Mark Lewis Francis ou que l’expérience de Dwain Chambers, Lemaitre n’a fixé que sa ligne de départ au moment de décoller dans le stade de Montjuic. L’an dernier, il était l’enfant qui venait mordiller les chevilles des cadors du sprint à Berlin. Hier soir, il a fini de bouffer les cadors du continent avec une accélération turbo diesel. Cette ligne droite où il déborde tout le monde pour rattraper ce départ raté, 100 fois il l’a faite. Aux Mondiaux juniors 2008 sur 200 m, il enlève la colle de ses pointes à la sortie du virage pour conquérir le premier or de ce parcours sans faute. Dernier à sortir des blocks, il avalé tous ses adversaires dans la douceur barcelonaise. Le chrono est mineur (10’11), loin de ses 9’’98, et la joie celle d’un gamin de 20 ans qui a commencé cinq ans plus tôt. « Ca fait quoi d’être champion d’Europe ? C’est cool, répond-il. Ca fait quoi le tour d’honneur avec le drapeau français sur les épaules ? C’est cool aussi. »

Plus cool que Chambers qui disait être aussi décontracté qu’un concombre. Avant cette finale, ce dernier faisait figure d’épouvantail, son passé de vieux briscard lui donnait la préférence des parieurs. Mais il est tombé sur Christophe la main froide. « J’ai fait mon boulot mais Christophe a un talent fantastique, et son avenir s’annonce brillant », a reconnu Chambers beau perdant, cinquième. Chapeau en paille sur le crâne, Lemaitre avait la tête à la fête qui l’attendait mais aussi au 200m qui débute ce jeudi, où il est meilleur performer européen de la saison : « Le 100m ce n’était que l’entrée. Le plat de résistance c’est le 200m où j’ambitionne l’or ».

A Tamgho, maintenant, de s’envoler

Dans sa foulée, il a tiré vers le bronze Martial Mbandjock, troisième en 10’’18 derrière Mark Lewis Francis (10’’18). L’élève de John Smith a « jeté la technique par la fenêtre » et s’est défoncé pour arracher lui aussi sa première grande médaille internationale. Souvent rejeté en deuxième division en individuel, le sprint français s’est réveillé en 2010. Presque 20 ans après Daniel Sangouma, Bruno Marie-Rose et compagnie. Et ce n’est pas fini. Champion du monde puis d’Europe junior, champion de France senior pour la première fois cette année, Lemaitre a franchi le marchepied du continent de ce parcours sans la moindre rature. Le 200m l’attend, le relais aussi, le monde l’an prochain.

Avant l’euphorie de la nuit, l’excellente journée française avait commencé à se teinter de bleu à partir du moment où le soleil est passé derrière le stade de Montjuic. C’est d’abord Muriel Hurtis qui s’est qualifiée pour la finale du 400m avant que Leslie Djhone ne claque son meilleur chrono de la saison sur le tour de piste (44’’87) derrière le Belge Jonathan Borlée (44’’71) pour composter son billet pour la grande finale. Christine Arron, Myriam Soumaré et Véronique Mang sont en demi du 100m. Les trois du 400m haies aussi. Ciel bleu sur Barcelone. Grâce à Lemaitre et Mbandjock, Les Bleus ont déjà commencé à se tricoter une couverture de médailles. Elle pourrait un peu plus ressembler à une toison d’or ce jeudi grâce à Teddy Tamgho au triple saut. Lemaitre a montré la voie, à Tamgho de s’envoler.

M.M. avec F.-X. de Chateaufort à Barcelone