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Lemaitre, de l’ombre à la lumière ?

Christophe Lemaitre

Christophe Lemaitre - -

Engagé en individuel sur 100m (séries ce samedi à 18h15) et 200m à Moscou, le triple champion d’Europe aborde ces Mondiaux après une saison sans bons chronos, durant laquelle Jimmy Vicaut a pris sa place de numéro 1 du sprint français. Mais l’Aixois vise une médaille sur le demi-tour de piste.

Le cours d’une carrière sportive prend parfois des sillons inattendus. Christophe Lemaitre, par exemple. En 2010 et 2011, insouciant, le garçon d’Aix-les-Bains surfait sur la vague de la pression pour exploser les chronos et glaner titres européens (3) et médailles mondiales (2) malgré une préparation un (gros) poil amateur. En 2012, un peu plus pro dans son approche, le recordman de France du 100m (9’’92) ne parvenait pas à ramener une breloque olympique de Londres. Et en 2013, à 23 ans, malgré une façon d’aborder son sport enfin digne de son rang, l’édifice chronométrique s’est effondré.

Après ses Jeux ratés, Lemaitre a pourtant changé des choses. Une meilleure hygiène de vie (« je mange mieux »), des entraînements plus longs (3 heures) et plus fréquents (parfois deux par jour), un staff médical pour l’entourer (osthéo, kiné et médecin du sport) et même un « bac de bain froid » pour la récupération. Bilan ? Pas un chrono sous les 10’’ sur 100m (9’’98 à Rabat mais avec trop de vent) et pareil pour les 20’’ sur 200 (20’’07 au Stade de France). Sans oublier, surtout, ce statut de numéro 1 du sprint tricolore perdu au profit du jeune Jimmy Vicaut, qui lui a chipé son titre de champion de France sur 100m et a réalisé la meilleure performance hexagonale de la saison (9’’95). « Cette saison, il faut le dire, c’est lui le meilleur, admet Lemaitre. Mais il ne tient qu’à moi de redevenir n°1 la saison prochaine ou même aux Mondiaux si j’arrive à faire de bons championnats. »

« Sur 200, l'objectif, c'est la médaille »

Alors docteur, c’est quoi le problème ? « Je ne pense pas que ce soit dans la tête, répond l’intéressé. Je suis toujours motivé. Et les soucis personnels sont derrière moi. C’est plus sur le plan technique. J’ai des problèmes dans la mise en place, dans la réalisation de la foulée et de la gestuelle. J’ai peut-être trop envie de bien faire, je confonds un peu vitesse et précipitation et je n’arrive pas à trouver une bonne aisance technique. » Beaucoup lui ont même suggéré de quitter Pierre Carraz, son coach de toujours. « Si je suis à ce niveau cette saison, ce n’est pas que mes entraînements ne valent rien, s’insurge Lemaitre. Ce n’est pas notre collaboration qui me fait régresser. » Constat confirmé par Carraz : « Christophe est aussi bon qu’avant, ce sont simplement des problèmes techniques à résoudre. Dire si c’est mental est difficile car Christophe s’exprime peu. Mais il doit commencer à réfléchir car il n’a pas l’habitude de perdre et cette année, il a été servi. »

Peut-il inverser la tendance à Moscou pour ces Mondiaux ? S’il ne sera pas aussi attendu que Vicaut, une contre-performance serait tout de même un nouveau coup d’arrêt. Mais ce rôle dans l’ombre pourrait peut-être lui servir à créer la surprise. Avec un regard plutôt tourné vers le 200 m (vendredi et samedi prochains), dont il est champion de France et médaillé de bronze mondial en titre. « Sur 200, l’objectif, c’est d’aller chercher la médaille comme à Daegu, confirme Lemaitre. Je pense que c’est faisable. A Paris, j’ai fait 20’’07 avec un départ médiocre et une sortie de virage perfectible. Cela veut dire que ça peut descendre sous les 20’’. J’ai un coup à jouer. Si j’arrive à bien gommer ces erreurs, ça peut le faire. » On ne peut que le lui souhaiter.

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Alexandre Herbinet avec N.J. et F.-X.C. et P.Ta. et JFP