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Les Français en forme olympique

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Les championnats d’Europe d’athlétisme débutent ce mardi à Barcelone dans le stade qui a accueilli les inoubliables JO de 1992. Emmenés par le trio majeur Lavillenie-Lemaître-Tamgho, les Tricolores abordent le rendez-vous en position de force.

« A nous d’écrire notre propre histoire. » Le pied à peine posé sur le col catalan, Leslie Djhone donne le la. Foin du passé dans cette enceinte mythique où Marie-José Pérec avait conquis sur 400 mètres le premier de ses trois sacres olympiques ; à Barcelone, l’équipe de France d’athlétisme va viser haut. « Une dizaine de médailles, cinq titres et une place dans les trois meilleures nations », annonce Bernard Amsalem, le président de la Fédération. En 2002 et 2006, les Tricolores étaient montés à huit reprises sur le podium. Ils ont les moyens de faire mieux, beaucoup mieux même, pour peu que la pression de l’événement ne paralyse pas les muscles ou les neurones.

D’abord parce que deux d’entre eux pointent carrément en tête des classements mondiaux 2010 de leur discipline. Certes Teddy Tamgho, récemment touché au mollet, n’aborde pas l’échéance dans des dispositions optimales. Mais le Francilien, troisième performeur de tous les temps au triple saut (17,98m à New York le mois dernier), a déjà prouvé malgré son jeune âge (21 ans) qu’il savait gérer la douleur. « J’y vais pour la gagne, il ne faudra pas se poser de questions et rentrer dedans », assure-t-il avec sa gouaille inimitable. Le Suédois Christian Olsson absent, la principale menace viendra du Britannique Philips Idowu… et du Français Benjamin Compaoré, enfin débarrassé de ses pépins physiques.

Car la grande nouveauté de cet athlétisme national si souvent complexé, c’est l’émulation, la joie d’avoir enfin des rivaux coriaces à portée de main. « Avec une telle densité dans nos spécialités, on ne peut pas s’endormir », explique Renaud Lavillenie, leader de la perche mondiale 2010 avec ses 5,94m, titillé en permanence par l’imprévisible doyen, Romain Mesnil, et par le placide mais ambitieux Damiel Dossevi. Au point que la France peut légitimement rêver d’un triplé inédit, malgré la valeur des sauteurs polonais ou ukrainiens.

« La concurrence, c’est cool ! », poursuit Christophe Lemaître, auteur du tube de l’été avec ses 9’’98 sur 100 mètres lors des championnats de France à Valence. Premier sprinteur blanc à descendre sous la barre mythique des 10 secondes (une étiquette qui l’agace au plus haut point), le Savoyard se trouve sensiblement dans la même situation que Tamgho, avec un Britannique comme principal adversaire (le redoutable trentenaire Dwain Chambers) et une concurrence nationale farouche : Ronald Pognon, le désormais ex-recordman de France (9’’99) et Martial Mbandjock, régulier sous les 10’’20. Avec de tels atouts, la médaille d’or du relais 4x100 mètres est tout à fait envisageable. Sans compter que Mbandjock fait également partie des principaux prétendants à l’or sur 200 mètres...

Doublé attendu sur 3000m steeple

En d’autres temps, ce petit catalogue d’espoirs de podiums aurait largement suffi au bonheur des dirigeants et des suiveurs. Mais les choses ayant décidément bien changé, on ne voit pas comment le titre sur 3000 mètres steeple pourrait échapper au camp tricolore avec les deux meilleurs spécialistes européens, Bouabdellah Tahri et Mahiedine Mekhissi. A moins d’une neutralisation mutuelle suicidaire ? Les deux hommes ont promis de ne pas tomber dans ce piège grossier. « J’espère juste qu’on fera premier et deuxième », tranche Mekhissi, vice-champion olympique 2008.

D’autres raisons de croire à une moisson historique de médailles ? Le marcheur Yohann Diniz, pour peu qu’il parvienne à oublier ses échecs de Pékin et Berlin ; le décathlonien Romain Barras, vainqueur de la Coupe d’Europe, dans la forme de sa vie ; Leslie Djhone, rarement décevant dans les grandes occasions sur 400 mètres ; Sdiri à la longueur, Bellaabouss sur 400 mètres haies… et pourquoi pas un hold-up signé Ladji Doucouré, repêché à la dernière minute malgré un état de forme précaire ?

Quant aux femmes, qui ont longtemps servi d’arbre masquant la forêt des insuffisances françaises (Pérec, Arron, Girard, Hurtis, relais 4x100m…), elles ne semblent pas, sauf surprise, en mesure d’enrichir le palmarès tricolore en Catalogne. Cinq ans déjà que dure la disette de médailles internationales. « Un creux générationnel », assure-t-on à la FFA. On ne peut pas tout avoir… 

Jean-François Pérès, à Barcelone