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Chauvelier, le marathon man français

Dominique Chauvelier.

Dominique Chauvelier. - -

Dominique Chauvelier est l’une des plus grandes figures de la course à pied en France. Médaillé de bronze européen sur marathon en 1990 et 4 fois champion de France, « Chauchau » est la mémoire vivante de la distance. Interview.

Dominique, vous êtes l'un des premiers coureurs à avoir démocratisé le marathon. Quel regard portez-vous sur la course à pied ?

J’ai démarré la course à pied en 1969, et on peut dire qu’au début des années 70, ce n’était pas tendance. On était même l’objet de moqueries. Mais depuis, tout a bien évolué. J’ai connu plusieurs étapes, mais depuis quatre ou cinq ans, ça court de plus en plus. Le marathon est démystifié. Je trouve ça plutôt sympa !

On parlait d'effet de mode aux débuts des années 80, lorsque les Américains ont ramené l'expression du « jogging » en France. Aujourd'hui, courir est carrément tendance !

On est dans une société où tout le monde doit être beau, svelte, élégant, performant etc. Le moyen le plus simple est la course à pied. Puis une fois que les gens tombent dedans, ils ne peuvent plus s’arrêter.

Ça vous fait plaisir de voir que ce sport a réussi à fédérer des millions de pratiquants ?

Evidemment. Sauf qu’on a toujours l’habitude de dire que de la masse se dégage une élite. Mais on s’aperçoit que ce n’est pas le cas dans la course à pied. Ca court de plus en plus, mais de moins en moins vite. Les athlètes « élite » n’existent plus beaucoup. Et ça m’embête un peu qu’il n’y ait pas de relève à haut niveau. Cela requiert un investissement à long terme alors qu’aujourd’hui, on veut tout tout de suite. Un jeune champion régional veut vite améliorer ses performances, alors que c’est un travail de longue haleine. C’est le côté qui me gêne un peu…

Quel regard vous portez sur le haut niveau français ?

Mon dernier titre de champion de France de marathon, c’était il y a exactement 20 ans au Marathon de Paris, en 2h12. Aujourd’hui, Benjamin Malaty, un des meilleurs marathoniens français, a un record à 2h12 au Marathon de Paris 2013. On voit que 20 ans après, il n’y a pas eu de réelle évolution. Peut-être qu’il n’y a pas eu de bonne politique fédérale. C’est facile de critiquer mais bon… C’est clair qu’aujourd’hui, c’est bien plus dur de sortir de la masse. A mon époque, il n’y avait pas tous ces Africains de l’est qui gagnent tout. Benjamin Malaty est bien plus étouffé par la concurrence qu’on pouvait l’être auparavant.

Quelles sont vos activités professionnelles actuelles ?

Je vais attaquer ma 45e licence sportive, au Free Run 72 (au Mans). Sinon, je suis consultant pour différentes structures. Notamment sur Eurosport pendant les Championnats du monde, pour Adidas et pour les montres Polar. Je continue à vivre de ma passion, mais différemment. Je suis un peu le grand frère du running.

Courez-vous toujours autant ?

Avant, je courais 12 à 13 fois par semaine pour un total de 180 à 220 km. Aujourd’hui, je cours 5 à 7 fois par semaine pour un total de 70 km. Les séances de qualité sont beaucoup plus espacées aussi. Mais quand je passe 3 jours sans courir, je ressens un petit manque. J’ai 55 ans, et je suis toujours performant à mon âge. Au marathon de New-York, j’espère faire 2h45.

Quel est le secret de votre longévité ?

J’ai fait environ 100 marathons dans ma vie. Aujourd’hui, je n’en fais plus qu’un par an, celui de New-York. J’ai parfois eu des soucis physiques, mais j’ai toujours cette fraicheur psychique. Ça ne me dérangerait pas de faire 3 x 1500m, par exemple, ça m’exciterait presque. Au niveau nutritif, je ne me suis jamais vraiment pris la tête. J’avais une bonne hygiène de vie certes, mais je ne me fixais pas un nombre de calories journalières par exemple. C’est peut-être cela également qui fait ma longévité.

Vous êtes un peu le « Mr Marathon » français. Cela vous fait-il plaisir ?

Bien sûr que cela me fait plaisir, on a tous un ego ! Mais je ne suis pas un Tony Parker ou un Yannick Noah non plus. Il faudrait encore d’autres icônes comme moi. Ce n’est pas normal que je sois aussi sollicité. Tant mieux pour moi, mais c’est un peu dommage pour mon sport…

Quel est votre plus beau souvenir ?

Tout le monde dira que c’est ma 3e place aux Championnats d’Europe de 1990. Mais finalement, c’est ma première médaille qui m’a marqué le plus. Après, quand on est pro, on banalise un peu. Mon premier titre de champion de France de marathon, à 23 ans, est un peu spécial, car tout le monde me disait que j’étais un peu fou de faire un marathon à cet âge-là, que je ne durerai pas dans le temps.

Ces dernières années, les chronos marathon ne cessent d'être améliorés... Qu'est-ce que cela vous inspire ?

On est tous un peu sceptiques, car ce sont des coureurs qui n’avaient aucun passé. Est-ce que l’entrainement a été révolutionné ? Je ne sais pas. Mais il ne faut pas rêver : dès qu’on parle de haut niveau, il y a du dopage. Il y a beaucoup d’argent à gagner dans les grands marathons. Il y a certaines dérives, mais dans les autres sports aussi.

Cette barrière des 2h en marathon peut-elle être cassée ?

Avant, je ne pensais. Mais avec les progrès de ces dernières années, je pense que c’est possible. Peut-être qu’on aura bientôt un Bolt du marathon !

Pourquoi y a-t-il un tel fossé entre les coureurs européens et les autres, notamment Est-Africains ?

C’est un problème sociologique. On n’a plus envie de faire de gros efforts. Il n’y a pas d’argent comme dans les autres sports médiatisés non plus. Les conditions d’entrainement jouent aussi. C’est clair que s’entrainer au Kenya est idéal. On est sur un plateau de 2000 m d’altitude, ça donne envie de courir. Mais le top serait qu’un équipementier embauche un entraîneur, comme Alberto Salazar aux Etats-Unis, qui met de l’argent sur la table pour détecter une vingtaine de bons Français, qui recevront une bourse et bénéficieront de structures de qualité. Mais c’est difficile à mettre en place.

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Recueilli par Guillaume Depasse