RMC Sport

Diagonale des Fous: le Français Benat Marmissolle s’impose après 23 heures de souffrance

Benat Marmissolle, coureur français, est le grand vainqueur de la 30e édition de la Diagonale des Fous, mythique ultra-trail à la Réunion. Il lui aura fallu 23h14'47'' pour rallier la ligne d’arrivée. A noter la superbe performance de l'Américaine Courtney Dauwalter. Elle termine à la 4e position au classement général. Retour sur cette journée de course.

Ils ont tous passé la nuit dehors. Et au petit matin, dans le cirque de Mafate, au cœur des montagnes, il fait beau mais frais. Benat Marmissolle, d’origine basque et Jean Philippe Tschumi, coureur suisse, sont en tête du classement de la Diagonale des Fous. "Allez allez !" Les voilà qui arrivent au point de ravitaillement de Marla, à plus de 1600m d’altitude. Il est 7h40 du matin. D’abord Benat, arrive à fond, pas le temps de s’arrêter. Il faut garder la légère avance qu’il a. Quelques mètres derrière lui, son rival fait de même. Il passe au pointage des dossards et repart de suite. Pas le temps de s’arrêter pour boire ni manger.

Pourtant, sous les tentes du point de ravitaillement, les dizaines de bénévoles présents sont au fourneaux. "Il y a de la soupe chaude, de la patate douce, des saucisses qui cuisent, du café, du thé", énumère ce Réunionnais. Les deux premiers coureurs sont suivis de près, par un américain mais surtout par celle que tout le monde veut voir : l’Américaine Courtney Dauwalter. La légende féminine de son sport. Elle arrive sous les applaudissements. Tout le monde scrute son état, notamment son genou, en sang, car elle est tombée dans une descente. "Ça va", rassure-t-elle entre deux gorgées d’eau.

"On leur dit bravo"

Ils sont à la moitié du tracé. Benat et Jean-Philippe avancent à une vitesse folle. Ils enchainent les montées, les descentes, en se suivant. C’est la stratégie qu’ils ont décidé de mettre en place: courir ensemble pour s’aider. La Diagonale des Fous est extrêmement exigeante, tant physiquement que mentalement. Les coureurs passent dans des lieux somptueux de l’île de La Réunion mais surtout les sentiers sont pour certains dangereux. Toujours dans le cirque de Mafate, aux abords d’une petite école, des tables et tentes ont été installées. Un endroit difficile d’accès.

Les bénévoles présents depuis plusieurs jours ont tous dû venir à pied. "On a mis 1h30. Et on dort dans la tente ou au gîte à côté", explique l’un d’eux. De même pour les spectateurs qui ont décidé de venir encourager les athlètes. Stéphane a fait 2h30 de randonnée avec sa femme. Il est arrivé à temps au point de ravitaillement de "Grande Place école" pour voir passer Benat Marmissolle et Jean Philippe Tschumi. "Ça court, ça court. On leur dit bravo, on les encourage et surtout félicitations parce qu’il faut le faire."

"Je n’aurais jamais imaginé gagner"

La fin de course approche et les minutes sont comptées. Il ne faut surtout pas perdre de temps. Alors les coureurs en tête de classement se font maintenant ravitailler par leurs équipes. Jean-Christophe se charge de donner boissons énergisantes et nourriture à Benat. "Faut être très réactif. C’est comme en Formule 1 quand ils changent leur pneu en deux secondes et bien nous c’est pareil. En trois minutes, c’est ravitaillé, c’est reparti". Derrière les deux hommes de tête, l’Américaine tient toujours le rythme. Et surtout, le sourire.

Les kilomètres s’enchainent, l’arrivée au stade de la Redoute de Saint-Denis n’est plus très loin. Le stade a d’ailleurs été renommé "stade de la délivrance". Symbole de la dureté de cette course. Les speakers font monter l’ambiance. "Est-ce que vous êtes chauds ? Je ne vous entends pas !" Les milliers de supporters, téléphones levés, voient arriver au loin, le premier traileur. Casquette sur la tête, visage fatigué, mais grand sourire. Benat Marmissolle franchit la ligne d’arrivée. 23h14'47'' de souffrance. "Je n’aurais jamais imaginé gagner. Je pense que j’ai gagné comme on dit à la régulière, glisse-t-il. Je n’ai rien volé à personne. C’est une course aboutie."

Derrière lui, à seulement six minutes, Jean-Philippe Tschumi. "Cette 2e place est tout aussi belle, on a livré un superbe spectacle, réagit le dauphin du Basque. Je suis très heureux." Acclamés par la foule, les deux hommes, physiquement touchés, ont décidé de revenir pour dompter une nouvelle fois cette Diagonale des Fous qui porte bien son nom. L’Américain Ben Dhiman complète le podium. Mais celle qui a fait soulever les foules à son arrivée, c’est Courtney Dauwalter. Première femme au classement mais surtout quatrième, tous sexes confondus.

Léna Marjak