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La face cachée de Lemaitre

Christophe Lemaitre

Christophe Lemaitre - -

Du sprinteur français (en lice ce samedi sur 200m à Crystal Palace), on connait l’athlète, le champion. Mais pas grand-chose d’une enfance parfois compliquée, qui l’a rendu indestructible sur la piste. Enquête et révélations.

Dernière ligne droite avant les Jeux. Ou plutôt, dernier demi-tour de piste. Ce samedi à 15h15, Christophe Lemaitre disputera son ultime course avant de se rendre à Londres. Un 200 mètres pour se jauger et décider de la course sur laquelle il s’alignera dans le stade olympique. A seulement 22 ans, le double champion d’Europe du 100 m (2010 et 2012) va participer à ses premiers JO après avoir raté le coche en 2008.

Retenu pour épauler le relais 4x100 m, il s’était blessé à l’adducteur juste avant de s’envoler pour Pékin. Cette fois, pas de blessure à déplorer. Celui qui est devenu en trois ans à peine la tête de pont de l’athlétisme tricolore va tenter de décrocher une médaille olympique et sera suivi de près par les habitants de Culoz, petite ville de l’Ain où il a grandi et où ses parents résident toujours.

Son père : « A l’école, beaucoup l’ont charrié »

Car là-bas, on s’émerveille du fabuleux destin de Christophe Lemaitre, petit dernier d’une fratrie de trois garçons, dont le talent a été décelé à seulement 15 ans. Jusqu’alors, peu s’intéressent à cet enfant effacé, qui ouvre la bouche le moins possible, surtout à l’école. « En classe, c’était un enfant très timide », se souvient sa maîtresse de CM2 à Culoz, Chantal Candy. Elle avoue ne pas avoir « été marquée plus que ça » par son élève, mais elle se « rappelle sa différence », faisant allusion à l’extrême réserve de Christophe qui zozotait déjà. Selon elle, ses résultats scolaires étaient « bien moyens ». Il fait par ailleurs l’objet de moqueries.

Son père, Christian, témoigne aujourd’hui : « Christophe, ce n’était pas un enfant violent. Et c’est vrai qu’à l’école, beaucoup l’ont bien charrié, lui ont bien pris la tête. » Le petit Lemaitre ne dit rien et pourtant, les railleries continuent au collège, comme il l’a évoqué récemment dans la presse. « J’ai vaguement quelques souvenirs de moqueries, témoigne son professeur d’anglais en 5e et en 4e au collège Henry Dunant François Chevat. Il était à l’écart parce que vis-à-vis des copains, c’était un peu l’autiste ».

« Il a encaissé et ça l’a rendu très fort »

En cours, Lemaitre semble ailleurs. « Il n’était pas super concentré sur ce qu’on lui racontait, se souvient son prof. On sentait vraiment qu’il n’arrivait pas à être dedans pendant une heure. C’était plutôt le genre à regarder dehors ce qu’il se passe ». Lemaitre redouble même sa cinquième. Les années collège sont loin d’être épanouissantes. « Moi, j’ai connu ça, confie son père. J’ai balancé des coups de poings dans tous les sens, et on m’a foutu une paix royale. Mais ce n’était pas le style de Christophe. Lui, il a encaissé et comme il dit : Ca l’a rendu très fort. »

Aujourd’hui, le médaillé de bronze du 200 m des derniers Championnats du monde est un sprinteur au mental d’acier. Rien ne peut le déstabiliser. En atteste sa finale du 100 m des Championnats d’Europe en juin, où le « TGV de Culoz » a gagné malgré la tension extrême engendrée par plusieurs faux départs. En devenant le premier Blanc à courir sous les dix secondes, Lemaitre a obtenu le statut de star du sprint mondial et a pris une revanche sur ses camarades. « Il a un peu réglé ses comptes », concède Christian, qui n’avait jamais imaginé que son fils deviendrait un athlète de haut niveau. L’athlétisme lui a permis de s’épanouir, l’a « ouvert à tout ». Ca a changé sa vie.

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A 9 ans, il provoque un incendie|||

Les témoignages sont unanimes, Christophe Lemaitre a toujours été un gentil garçon, discret et bien élevé. Pourtant, à 9 ans, il a commis une bêtise dont beaucoup se souviennent encore à Culoz. Son père Christian raconte : « Avec un copain, ils jouaient avec des pétards. Ils en ont lancé un dans un dépôt de la gare sans savoir qu’il y avait des produits inflammables. » Selon un article du journal local Le Progrès daté du 8 septembre 1999, deux feux ont dû être éteints ce samedi 4 septembre, le premier dans « un wagon-bungalow » qui « avait propagé ses flammes à un hangar SNCF, abritant du matériel », le second dans une « benne ». Les dégâts matériels ont été évalués à 1 million de francs (150 000 €). Interpellé par la gendarmerie, le petit Lemaitre a ensuite été convoqué par le juge pour enfants. « Il voulait que Christophe soit suivi par des psys, se souvient Christian. Là, j’ai dit : « Si je vous écoute, ça va être un grand criminel. Ca va peut-être un peu loin là ». Christophe n’a plus jamais eu affaire à la justice.

Sylvie Marchal