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Dopage - Radcliffe : "Les valeurs fondamentales de notre sport sont menacées"

Paula Radcliffe

Paula Radcliffe - AFP

Recordwoman du monde du marathon (2h15’25’’), Paula Radcliffe est revenue au micro de RMC Sport sur les affaires de dopage qui secouent actuellement le monde de l’athlétisme, et notamment la Russie. Pour l’athlète britannique, si les choses ne changent pas rapidement, son sport sera en grand danger.

Paula Radcliffe, que pensez-vous des affaires de dopage qui touchent l’athlétisme, et notamment la Russie, actuellement suspendue par l’IAAF ?

Je suis dégoûtée de tout ça. Ça me blesse personnellement car c’est un sport que j’adore, un sport super, qui donne beaucoup de choses aux athlètes et aux gens et qui a été gravement blessé par quelques personnes. Il y un pourcentage de gens qui ont eu trop de contrôles dans notre sport et pas les gens qui trichent. Je veux faire quelque chose pour protéger l’avenir des athlètes et du sport pour les enfants. Si les miens veulent un jour rentrer dans le sport, je veux être sûre que ce sera comme quand j’y suis entré.

Voulez-vous que tous les athlètes soient soumis aux mêmes contrôles ?

Oui, ça c’est important. C’est la seule chose qu’il faut. N’importe où dans le monde, tous les athlètes doivent subir les mêmes contrôles, annoncés ou non. Et que les laboratoires soient aussi au niveau qu’il faut et accessibles n’importe où dans le monde.

Il y a encore beaucoup de choses à faire pour arriver à cela…

Ils sont en train de le faire mais il faut investir beaucoup plus d’argent. Il faut comprendre que ce sont vraiment les valeurs fondamentales de notre sport qui sont menacées. Il faut investir aussi fortement dans le département antidopage que dans la promotion ou le marketing. C’est le plus important car si les athlètes ne peuvent pas croire qu’ils font les compétitions à un niveau égal, si les spectateurs ne peuvent pas croire en ce qu’ils regardent, et si comme parents on ne peut pas emmener nos enfants pour dire que c’est un sport qui va leur apprendre les valeurs qu’il faut, on est perdu.

« Voir le niveau de corruption en Russie fait peur »

Les révélations de dopage dans l’athlétisme russe vous ont-elles surprise ?

C’est le niveau qui m’a surpris. Il y avait toujours des soupçons sur quelques athlètes russes et d’autres aussi, mais voir le niveau de corruption en Russie fait peur. Je n’aime pas voir un athlète innocent puni pour quelque chose que les autres ont fait, et là c’est le cas en ce moment pour quelques athlètes en Russie. Mais vu le niveau de corruption de la fédération et des entraîneurs qui ne savent pas entraîner les athlètes sans les doper, c’est un domaine dans lequel il fallait réagir fortement et vite. Pour prouver qu’on va faire tout ce qu’il faut pour protéger l’intégrité de notre sport.

Pensez-vous que la Russie a sa place aux Jeux Olympiques de Rio ?

C’est une question difficile parce qu’il y a plein de choses à changer. D’après les dernières investigations, ils n’ont pas changé grand-chose. J’aimerais bien qu’on trouve un moyen pour être sûr que les athlètes qui seront à Rio seront propres et qu’il y aura quand même des athlètes qui représenteront toutes les nations. Même dans les autres pays, il y a des actions à mener pour qu’ils soient au niveau qu’il faut pour emmener une équipe. Il faut peut-être que ces équipes soient un peu plus petites, pour qu’elles aient le même nombre de contrôles que les autres pays.

Trouveriez-vous ça dommage que les athlètes russes ne soient pas aux JO ?

Il y a deux options. D’un côté ça donnerait le message qu’on ne veut pas de dopage dans notre sport et qu’il faut vraiment tout nettoyer. Mais il faut aussi travailler avec car c’est quand même un pays où il y a des athlètes qui vont souffrir, qui n’ont pas pris de produits dopants et qui auraient eu le droit d’y aller. Je crois qu’on a pris un virage. Il y aura toujours ceux qui veulent tricher, qui n’ont pas les valeurs qu’il faut, mais je crois qu’il y a plus de volonté pour investir plus dans l’antidopage, pour mieux éduquer les enfants qui entrent dans le sport.

Marion Fournet