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Ewanjé-Epée : « Arrêter de dire que les Jamaïquains trichent forcément ! »

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Maryse Ewanjé-Epée, membre de la Dream Team RMC Sport, revient sur la polémique au sujet de la politique antidopage de la Jamaïque, accusée de ne pas en faire suffisamment en la matière par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA).

106 contrôles en 2012. Neuf fois moins que… l’Islande. Dans le viseur de l’AMA, la JADCO (agence antidopage jamaïquaine) est accusée par cette dernière de manquer de sérieux dans sa politique globale en matière de lutte contre le dopage. Une manière de jeter le discrédit sur un pays de 2,6 millions d’habitants qui domine le sprint mondial depuis cinq ans et a vu deux de ses principaux athlètes, Veronica Campbell et Asafa Powell, tomber pour dopage ces dernières semaines. Mais des accusations à nuancer selon Maryse Ewanjé-Epée, membre de la Dream Team RMC Sport.

« On pointe la Jamaïque sur les contrôles réalisés par leur propre agence antidopage, a-t-elle réagi dans Les Grandes Gueules du Sport sur RMC. Mais je trouve que c’est complétement à charge et que les journalistes ne sont pas très clairs. On nous dit qu’il y a eu 106 contrôles sur l’année 2012 en Jamaïque et près de 10000 en Allemagne et 4000 aux Etats-Unis. Mais ceux en Allemagne ne sont pas que sur des athlètes, c’est tous sports confondus, toutes catégories, en compétition comme en dehors. Là, sur la Jamaïque, on te parle essentiellement des athlètes, qui sont pour la plupart des sprinteurs olympiques. Mais en France, quand on va voir sur les sites gouvernementaux, on voit qu’il y a eu 800 contrôles sur des athlètes d’athlétisme. C’est ce chiffre qu’il faut comparer à celui de la Jamaïque en le rapportant au nombre d’athlètes. »

« La Jamaïque n'a pas d'argent »

« Or, la Jamaïque est un tout petit pays qui contient à peu près 90% de sprinteurs dans ses sportifs, donc quand tu as 106 contrôles, tu en as quand même beaucoup sur ces derniers, poursuit Maryse Ewanjé-Epée. Bien sûr, je sais que rien n’est parfait. Mais, comme par hasard, cette personne vient nous faire ses déclarations lorsqu’elle n’est plus en charge. On peut donc se dire qu’il y a peut-être un peu de vendetta… Grace Jackson, l’ancienne grande championne du 200m, lutte très fortement contre ça en Jamaïque et n’arrête pas d’interpeller son pays en réclamant, notamment, des contrôles sanguins. Mais il y a quand même un très gros problème qu’on ne veut pas voir. »

Un problème qui trouve son origine dans les possibilités financières. « L’AMA a de l’argent, pas la Jamaïque, explique-t-elle l’ancienne sauteuse en hauteur. Un contrôle antidopage coûte 1500 dollars par contrôle ! Bien sûr qu’on peut leur taper sur les doigts. Mais ils pourraient aussi réclamer une bourse de façon à pouvoir faire des contrôles plus sérieux. Il faut arrêter de penser que les athlètes veulent toujours tricher. Il y a des pays d’Afrique qui ne font pas de contrôle antidopage car ils n’ont pas le moindre centime pour ça. Le gouvernement de Côte d’Ivoire, par exemple, a donné une bourse de 10000 dollars à Murielle Ahouré. Mais sa bourse correspond à deux fois le budget de sa Fédération pour l’ensemble des athlètes. Comment voulez-vous qu’ils aillent faire des contrôles antidopage ? C’est impossible. »

« Pas si simple de faire des contrôles en Jamaïque »

« Il faut arrêter de dire que les Jamaïquains trichent forcément, conclut Maryse Ewanjé-Epée. Ce n’est pas si simple que ça de faire des contrôles en Jamaïque. Et puis, il faut regarder où s’entraînent les athlètes jamaïquains qui ont été contrôles positifs. A 99%, ce sont ceux qui s’entraînent aux Etats-Unis. Donc arrêtez de nous parler du dopage jamaïquain et parlez-nous d’un dopage étatique, ou en tout cas assez récurrent, du côté des Etats-Unis ! »

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Maryse Ewanjé-Epée