RMC Sport

JO 2016, Ewanjé-Epée : "Une soirée crève-cœur magnifique"

-

- - -

Membre de la Dream Team RMC Sport, Maryse Ewanjé-Epée revient sur les finales du 800m et du saut à la perche qui n’ont pas souri aux Français Pierre-Ambroise Bosse et Renaud Lavillenie ce lundi soir aux JO 2016.

Une soirée crève-cœur magnifique. Il n’y a pas d’autre façon de qualifier les émotions aussi contraires que la météo capricieuse brésilienne qui m’ont envahie ce soir. La soirée s’annonçait bleue avec trois Français en lice pour une médaille olympique. Au lancer du marteau, baby Tavernier (Alexandra) n’a pas réussi à refaire le coup de Pékin (elle s’était invitée sur la boite aux championnats du monde, à vingt ans) mais on attendait surtout Pierre-Amboise Bosse, magistral depuis le début de la semaine, et bien sûr le roi volant, Renaud Lavillenie, détenteur du record du monde de saut à la perche.

A lire aussi >> Les JO 2016 en direct

L’un et l’autre ont donné le meilleur d’eux-mêmes mais sont tombés sur plus fort qu’eux dans une course et un concours qui ont donné des frissons.

Tandis que les épreuves prenaient une demi-heure puis une heure de retard en raison d’une interruption due au déluge tombant sur le stade olympique, Pierre-Ambroise Bosse, métamorphosé depuis l’Euro d’Amsterdam, s’élançait rageusement dans la foulée supersonique de David Rudisha, bien décidé à profiter du train d’enfer mené par le recordman du monde. A la cloche, alors que le premier tour était bouclé en moins de cinquante secondes, il était toujours « vivant » calé à la corde mais un peu enfermé par les prétendants aux places d’honneur. Il a tout fait pour s’extraire du paquet, Pierrot, serrant les poings comme un boxeur à mesure que l’effort se faisait plus brûlant.
Impossible pourtant d’empêcher le retour du champion olympique sortant du 1 500 mètres, l’Algérien Makhloufi, et de l’Américain Murphy dans la ligne droite, alors qu’il était en passe de glaner l’argent.

Il termine quatrième dans son meilleur temps de l’année derrière les trois cités qui descendent tous sous les 1’43’’ et il est resté longtemps prostré, entre crampes et nausées, incapable de se relever après un effort aussi ultime.

A lire aussi >> JO 2016, athlé : Bosse "explose complet", la médaille lui échappe…

A l’autre bout du stade, un scénario incroyable s’est joué sur le sautoir à la perche. Renaud Lavillenie, resté impassible pendant les longues minutes d’interruption en raison de la pluie puis de problèmes techniques récurrents, entamait enfin son concours après près de deux heures d’attente pendant l’écrémage de la concurrence. Il restait pourtant un prétendant redoutable, le Brésilien Thiago Braz Da Silva, élève d’un certain Vitaly Petrov, le coach de Sergueï Bubka puis de Yelena Isinbayeva pendant des années pour ne citer qu’eux.

Dans son jardin, Da Silva a réalisé le concours de sa vie, battant à trois reprises son record national pour l’amener dix centimètres plus haut, à 6m03, nouveau record olympique.

On pensait la messe dite lorsque Renaud - qui n’avait aucun échec au compteur - a effacé son ancien record olympique dès sa première tentative (5.98). Mais Da Silva n’a jamais lâché, dans une ambiance « Macumba » : musique à fond, sifflets pour le Français et hurlements chantés pour le Brésilien.

Sous les huées, qui l’ont considérablement agacé, Renaud, obligé de faire l’impasse à 6m03 après deux échecs qui le reclassaient derrière son concurrent, n’a pas pu réaliser l’exploit à 6m08, une barre qu’il n’a jamais effacée en plein air.

Il était déçu Renaud et nous aussi, mais il est impossible de ne pas applaudir l’une des plus belles bagarres de l’histoire de la perche, comme on ne peut pas ne pas saluer la combativité de Pierre-Ambroise Bosse, qui a montré l’étendue de son potentiel.

Maryse Ewanjé-Epée