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Lavillenie au sommet de l’Olympe

Lavillenie-Galfione

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En établissant un nouveau record olympique (5,97m), Renaud Lavillenie s’est joué des Allemands Otto et Holzdeppe. Après ses échecs répétés aux Mondiaux, le Clermontois décroche l’or olympique et devient le 3e Français à réaliser pareil exploit. Magique.

Vingt-huit ans Pierre Quinon à Los Angeles et seize ans après Jean Galfione à Atlanta, l’Hexagone compte dans ses rangs un nouveau perchiste sacré champion olympique. Imperturbable, concentré à l’extrême, sûr de ses choix et surtout de lui-même, Renaud Lavillenie a su tutoyer les cieux pour s’en aller décrocher l’or olympique, le métal d’une vie. En patron. Un saut à 5,97m, son record de la saison, un nouveau record olympique, la meilleure performance mondiale de l’année aussi, le même qui lui a offert le titre continental un mois plus tôt à Helsinki. Un bond chargé d’histoire et une juste récompense pour celui qui avait dû se contenter de la plus petite marche aux Mondiaux de Berlin et de Daegu. Mais cette fois, le ciel et l’Olympe, c’était pour lui. « C’est incroyable, jubilait à chaud le héros tricolore du jour. Je ne pouvais pas rêver mieux. Je repense aux quatre grosses années de travail, marquées parfois par des moments de désespérance. Mais ce soir, j’ai montré mon potentiel. » 

Pour accéder au nirvana olympique, le Clermontois a dû faire preuve d’une force mentale incroyable. Du cran, beaucoup, alors que son début de concours semblait « so easy ». Facile à 5,65m, comme en témoigne son rictus satisfait et son doigt tournoyant en l’air, Lavillenie assiste, assis sur son banc, à un premier écrémage. Romain Mesnil, son compatriote ? Out de sa première finale aux JO après avoir effacé 5,50m. Steven Hooker ? Glacé par la peur, l’Australien ne sautera jamais. Brad Walker ? Incapable de passer le cut. Tout bon pour Renaud, qui remet ça à 5,75m au premier essai. Et cible alors ses deux concurrents, les Allemands Bjorn Otto et Raphael Holzdeppe.

« Il a assuré dans le moment qu’il fallait »

Le duo allemand résiste à 5,85m. Et met d’entrée la pression sur Lavillenie en franchissant 5,91m, hauteur que le Français ne passe pas. Le double champion d’Europe décide alors de faire l’impasse et de tenter un coup de poker en demandant une barre à 5,97m, l’équivalent de la meilleure performance mondiale de l’année qu’il détient depuis les « Europe » d’Helsinki. Premier essai, raté. Il ne reste alors plus qu’une cartouche au Clermontois. Sans trembler, il finit par l’effacer, tout en autorité. « C’est fabuleux. Renaud a fait un très bon concours. Il a assuré dans le moment qu’il fallait », analyse, souriant et ému, son entraîneur Damien Inocencio. Holzdeppe aussi l’a compris. Pour l’or, c’est cuit. Il Otto s’y résignera, lui, après un coup de bluff à 6,02m. Le Français, qui vient de rayer le record olympique d’Hooker (5,96m, établi à Pékin), était au-dessus du lot.

« Il a fallu faire des choix compliqués parce que les autres ont sauté haut, poursuit encore Inocencio. C’est la récompense de quatre ans de travail, on voit tout ce qu’il faut faire pour arriver à ce niveau. « On l’espérait, on en rêvait, savoure à ses côtés Jean Galfione. Il a été excellent, on sait à quel point c’est un mec bien et un grand perchiste. Aller chercher un saut comme ça sur un troisième essai, il prouve qu’il est le meilleur. C’est la perche française qui fait des médaillés. Je suis heureux pour lui. D’ailleurs, il faut que vous laisse. Renaud m’appelle là. » Pour une étreinte chargée d’émotion. Chargée d’histoire. Une étreinte haut-perchée.

A.D