RMC Sport

Lavillenie : « Je ne fais pas ça pour la gloire »

Renaud Lavillenie

Renaud Lavillenie - Crédits photo : nom de l'auteur / SOURCE

Présent à Sopot en Pologne pour les championnats du monde en salle en… spectateur, Renaud Lavillenie est revenu sur son état de forme et évoque sa nouvelle vie après son record du monde (6m16) réalisé le 15 février dernier.

Renaud, comment allez-vous ? Comment avance votre cicatrisation du pied ?

Ça avance bien, voire même plus vite que prévu. C’est une bonne chose, j’ai pris le temps de faire les bons soins en termes de physio, de rééducation. Maintenant, je marche normalement, c’est une bonne chose. J’ai encore une petite douleur au niveau de la base du talon mais c’est normal vu l’explosion des chairs. L’avantage d’avoir pris le temps me permet de faire les choses dans le bon ordre. Maintenant je peux me projeter sur la reprise des entraînements d’ici une petite dizaine de jours avec grand plaisir.

Avez-vous hâte de reprendre ?

Oui, j’ai hâte de reprendre. Surtout que je ne suis pas du genre à aimer rester chez moi et à ne rien faire pendant plusieurs semaines. Je commence à m’impatienter un peu. Mais la bonne chose étant que le championnat d’Europe est au mois d’août et que la saison est longue, je ne suis pas à une semaine près. Ça me permet de ne pas précipiter les choses, ne pas faire n’importe quoi. Je ne veux pas me retrouver dans deux mois à faire un break parce que j’ai encore des douleurs et que j’ai du mal à sauter. J’ai quand même hâte de retrouver le saut.

Là, vous étiez spectateur lors de la finale des championnats du monde de saut à la perche en salle, c

J’ai été satisfait oui et non. C’est intéressant de voir que ce sont de nouveaux perchistes sur le podium avec 5m80. J’avais peur qu’avec 5m75, ce soit gagné. Sur le déroulé du concours, je n’ai pas trouvé les perchistes transcendants, sans prétention. C’était mou, il y avait beaucoup de 3ème essai. Même au niveau des Français, il manquait quelque chose, un peu de folie. On se dit que c’est la finale des championnats du monde, on doit être à bloc, on doit se donner à 200%. Si on fait le bilan, on a les trois premiers à 5m80, trois à 5m75. C’est un résultat correct quand on sait que de gros leaders n’étaient pas présents. Ça va être intéressant de voir leur comportement dans cette saison estivale. Là, le championnat était un peu tronqué par la force des choses. S’ils sont capables d’être à ce niveau-là cet été, ça peut donner cinq ou six perchistes à 5m80 aux championnats d’Europe, ce qui pourrait être là un gros résultat avec de la bagarre. J’ai beaucoup d’impatience de les retrouver sur le sautoir pour sauter tous ensemble.

Après votre record du monde, vous avez été beaucoup sollicité. Avez-vous eu le temps de souffler depuis quelques jours ?

J’ai eu le temps de souffler quand je suis rentré chez moi. Les deux jours juste après, je les ai passé à Paris avec toutes les sollicitations. Une fois rentré chez moi, je n’avais pas le choix, il fallait que je me pose, que je mette en place la récupération, les soins. J’ai passé quasiment sept ou huit jours où je ne faisais rien du tout. J’en avais besoin et ça m’a fait du bien. Maintenant, c’est un peu plus éparpillé. Ça me permet de prendre du recul. On est déjà à trois semaines du record. Le fait de voir les médias, de voir des personnes importantes de la fédération, de voir des athlètes avec qui je prends du plaisir tout au long de l’année, c’est important. Ça me permet de prendre conscience de ce qu’il s’est passé. Quand on a des athlètes qui sont d’un très gros niveau et qui me félicitent, on se dit que l’année dernière, ça ne se passait pas comme ça. Ça fait drôle mais c’est ce qui contribue à la prise de conscience de cette performance et ce n’est pas fini. Je n’ai vu qu’une faible partie de l’athlétisme mondiale. C’est pour ça que j’ai hâte aussi de retrouver la compétition cet été pour savourer et retrouver le public. J’ai connu l’avant record et maintenant j’ai envie de connaître l’après, de voir vraiment la différence sur le terrain.

Vous dites que le regard des autres a changé. Mais est-ce que vous avez la sensation d'avoir changé ?

Intérieurement, il n’y a pas grand-chose qui a changé, si ce n’est les centimètres de gagnés. Il y a deux mois, trois mois, un an, je faisais les mêmes choses. Là, j’ai atteint un objectif presque irréel. Il faut bien prendre en considération tout ça d’un point de vue personnel. Après, je fais ce sport parce que je l’aime et parce que je n’ai pas envie de me contenter d’une performance. Le principe du sport est de se surpasser quoi qu’il arrive. Si on est là pour se contenter, autant faire autre chose. Je me suis donné les moyens pour aller au bout de moi-même. Je ne suis pas au bout mais je m’en rapproche de plus en plus. Je n’ai aucun regret parce que j’ai tout donné. Et ça, c’est un plaisir personnel qui est immense, c’est inexplicable.

Sergueï Bubka a régné sur la discipline pendant plus de vingt ans. Comment expliquez-vous qu'avec votre petit gabarit et votre physique finalement pas adapté à la discipline, vous ayez réussi à le détrôner ?

Il faut se dire qu’au saut à la perche, il n’y a pas que les muscles. Il y a aussi la tête, la technique, il y a tout un ensemble d’éléments extrêmement importants. Malheureusement, ils ont été trop stigmatisés depuis vingt ans avec ce ‘si on veut faire de la perche, il faut être grand et costaud’. Si on ne répond pas à ces critères, on nous dit de faire autre chose. C’était malheureux. Et c’est un plaisir pour moi de pouvoir démontrer qu’il n’y a pas de stéréotype particulier. Il y a des grands capables de sauter haut tout comme les petits. C’est une belle façon de montrer que quoi qu’il arrive, on peut toujours réussir, malgré les idées reçues. C’est extrêmement important pour les jeunes parce que ça évitera de les dégouter s’ils sont motivés.

Vous êtes sans arrêt comparé à Bubka. Est-ce que ça commence à vous irriter ?

Non, parce qu’être comparé à l’un des meilleurs perchistes de tous les temps et l’un des plus grands athlètes de l’athlétisme, c’est un bel honneur. C’est normal et ça fait extrêmement plaisir.

Avez-vous la sensation que votre vie a pris une dimension encore plus grande qu'après votre titre olympique ?

Oui, rien que sur mon arrivée à l’aéroport. Aux JO on arrive en groupe, on appartient à l’entité olympique. Mais après mon record, j’ai vu plein de caméras juste pour moi, je ne suis pas habitué à ça. C’était impressionnant. Derrière, ça n’a pas été un petit moment éphémère. C’est redondant, même dans la vie de tous les jours. L’avantage, c’est que ce n’est pas venu du jour au lendemain. Il y a une certaine progression. Ça m’a permis de gérer. J’ai été bien entouré pour ne pas faire de bêtises et rester dans la même lignée qui est de sauter. Je ne fais pas ça pour la gloire. Toutes les choses autour sont du bonus, après c’est un bon bonus et c’est un bel honneur.

A lire aussi :

>> Lesueur se pare d’or

>> PML en argent, Darien en bronze

>> Poutine se confie à RMC Sport !

Propos recueillis par François-Xavier de Châteaufort et à Sopot