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Le marathon de Dakar sur l’autoroute du succès

16.000 participants ont pris part aux 6 courses du week-end.

16.000 participants ont pris part aux 6 courses du week-end. - DR/Komerezo

Ce week-end avait lieu le 1er marathon Eiffage de l’autoroute du Dakar. Une épreuve unique en son genre dont le succès a dépassé toutes les espérances, et dont l’objectif est de booster la pratique du running au Sénégal et en Afrique de l’Ouest. Décryptage.

Comment l’idée a vu le jour

Tout est parti d’une remarque, presque d’un chambrage. Il y a deux ans, Pierre Berger, alors PDG du géant du BTP Eiffage (il est décédé depuis), titille Gérard Sénac, son « lieutenant » au Sénégal, lui reprochant de mener « trop » d’actions sociales et culturelles, au détriment d’événements encore plus fédérateurs comme la course à pied, par exemple. Dans l’esprit de ce que fait déjà Eiffage autour de l’une de ses constructions phares, à savoir la course du Viaduc de Millau.

Sénac est gentiment piqué au vif, réfléchit et trouve l’idée qui va faire mouche : « Comme en 2016 nous devions achever le second tronçon de l’autoroute qui mènera au nouvel aéroport de Dakar, pour un total de 42km, je me suis dit qu’il fallait relever ce défi et prendre le risque d’organiser un marathon international comme dans toutes les autres grandes capitales au monde, avec pour enjeu de donner un élan au running au Sénégal. Et puis, comme on a perdu le Paris-Dakar, le Sénégal mérite bien un marathon, non ? »

Pourquoi cibler le Sénégal

Contrairement à l’Afrique de l’Est dont la course à pied est un authentique art de vivre et un passeport aussi bien pour la gloire, la prospérité et l’avenir, en particulier au Kenya et en Ethiopie, le running ne représente pas grand-chose en Afrique de l’Ouest. Au Sénégal, les sports rois restent le football et la lutte traditionnelle. Et quand on décide d’enfiler ses chaussures, c’est davantage pour marcher que pour courir. « Il y a beaucoup de clubs d’athlétisme mais pour pratiquer sur piste, explique Gallo Seck, 52 ans, finisher du marathon Eiffage. En revanche, depuis cinq ans, les randonnées pédestres ont explosé, que ce soient entre personnes âgées, gens du même quartier, femmes ou salariés de la même entreprise. »

Et la course à pied pure et dure, alors ? Sur une population de 14 millions d’habitants, on ne dénombre au Sénégal que 200 à 300 marathoniens réguliers alors que le réservoir est réel et motivé par la pratique sportive. Autant dire que tout reste à faire.

Une première qui cartonne

Avec un programme copieux composé d’un marathon (remporté par le Kenyan Bellor Yator en 2h15), un semi, un 10km, un 10km marche, un 5km relais et un 2km kids, les organisateurs attendaient au moins 10.000 participants pour cette grande première étalée sur deux jours et dont l’inscription ne s’élevait pour les locaux qu’à 2000 francs CFA (environ 3€). Finalement, l’engouement a dépassé toutes les attentes puisque plus de 16.000 coureurs issus de 60 nationalités différentes se sont pressés sur le macadam flambant neuf de l’autoroute Eiffage, et ont entendu les appels des stars nationales (les lutteurs comme « Bombardier », Youssou N’Dour,…) ou internationales, comme Haile Gebreselassie, l’icône du fond.

Au-delà du bouche à oreille et de l’effet de curiosité qui fonctionnent toujours à merveille en Afrique, ce carton plein, on le doit à la découverte même du running, parfois avec des moyens limités (un coureur a bouclé son marathon en 2h45 en bermuda de plage et claquettes en plastique, un autre pieds nus), souvent avec « un enthousiasme et un engouement débordants mêlés d’une sorte de naïveté bon enfant qui faisaient plaisir à voir », comme le souligne Jean-Philippe Allaire, membre de l’organisation des 20km de Paris venu donné un coup de pouce aux équipes du marathon Eiffage. « C’était grandiose », lâche de son côté George Diouf. « Ca donne envie de s’y mettre et d’aller plus loin », avance Mohamed Fall.

Et maintenant ?

Après ce coup d’essai qui a valeur de coup de maître, il va désormais falloir transformer l’essai. D’abord en pérennisant l’épreuve, mais pas à n’importe quelle condition. « La mayonnaise a pris mais l’idée maintenant, c’est que l’Etat s’engage et prenne le relais, avec un circuit qui arrivera et partira de Dakar », explique Gérard Sénac.

Ensuite en essayant de faire émerger une figure sénégalaise référence et de haut niveau, qui s’installera dans le gotha mondial et suscitera des vocations. « Si quelqu’un devient connu voire carrément une superstar, tout le monde le suivra et lui emboitera la foulée, pronostique Gebre, l’ancien recordman du monde du marathon et multi-médaillé olympique et mondial. Mais la structure de leurs corps est plus puissante que la nôtre, ils devront donc travailler durement sur les longues distances. » La route s’annonce longue, parsemée d’obstacles et de péages. Aux Sénégalais de maintenir désormais l’allure pour toucher au but.

60 nationalités étaient représentées.
60 nationalités étaient représentées. © DR/Komerezo
Gérald Mathieu à Dakar