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Lemaitre-Quénéhervé, rencontre à 200 à l'heure

Christophe Lemaitre

Christophe Lemaitre - -

EXCLU RMC Sport. Alors que le cadet a égalé puis amélioré le record de France du 200m de l'aîné, Christophe Lemaitre (21 ans) et Gilles Quénéhervé (45 ans) ne s’étaient jamais rencontrés. Ils se sont prêtés au jeu des questions-réponses pour RMC Sport.

Gilles Quénéhervé : Christophe, as-tu déjà entendu parler de moi ?
Christophe Lemaître : Oui, deux ou trois fois. La première fois, c’était à Valence, quand j’ai égalé ton record de France (du 200m, le 3 septembre 2010, 20’’16, à Valence).

GQ : Deux ou trois fois, c’est déjà pas mal. As-tu vu une de mes courses ?
CL : Non, jamais.

GQ : Il faut dire que c’était l’ancien temps. Les couleurs sont passées. Les bandes vidéo doivent être effacées (rires). Qu’est-ce qui t’as donné envie de faire de l’athlétisme ?
CL : C’est principalement parce que je courais vite et que ça me plaisait. Je faisais des sports co, comme le foot, le rugby, le hand. Je me démarquais des autres parce que je courais vite. Mais comme j’étais individualiste, que ça ne collait pas forcément avec un esprit de groupe, ça ne m’a pas plu. Tout le monde me disait que je courais vite. Alors j’ai dit pourquoi pas essayer l’athlé.

GQ : Tu as bien fait. Est-ce que c’était calculé d’égaler mon record un 3 septembre comme moi en 1987 ? L’as-tu fait exprès ?
CL : J’ai essayé plusieurs fois. Mais à cause des conditions climatiques ou du défaut d’un starter, je n’ai pas eu de chance avant.

GQ : J’avais envoyé les ondes qu’il fallait pour te retarder. Mais tu m’as eu quand même, bravo ! Quel est ton plus beau souvenir ?
CL : C’est une bonne question… Pour l’instant, c’est Daegu, les championnats du monde. Disons qu’à Berlin, la première fois, ça s’est un peu mal passé. Là, j’ai eu ces médailles. J’ai vécu l’expérience jusqu’au bout, en faisant toutes les épreuves.

GQ : Je te souhaite que ton plus beau souvenir, ce soit l’année prochaine à Londres. Les sollicitations ne sont-elles pas trop dures à gérer ?
CL : J’ai la chance d’être bien entouré. Il y a des personnes qui m’aident, de la famille qui me donne des conseils, leur avis pour prendre les meilleures décisions possibles. Et puis il y a les attachés de presse, les agents.

GQ : Qu’aimerais-tu faire après ta carrière ?
CL : J’aimerais un moyen de continuer dans le sport. Si possible dans l’athlé. Si je ne peux pas, je retournerai dans la vie professionnelle, autour des études que je suis en train de faire.

CL : Te souviens-tu Gilles du jour où tu as entendu parler de moi pour la première fois ?
GQ : Oui. C’était bien avant que tu égales le record de France à Valence. J’avais suivi ta montée en puissance. Et surtout, j’avais été impressionné par ta médaille aux championnats d’Europe juniors. Je me suis dit : « il va aller très vite et voilà celui qui va battre le record de France ».

CL : Tu as eu juste parce que j’ai confirmé ensuite (rires). Croyais-tu que c’était possible de le battre ce record après tant d’années ?
GQ : Oui, j’espérais qu’il soit battu. Mais j’étais surpris qu’il dure aussi longtemps. 20’’16, ce n’est pas si facile. Mais j’étais surpris qu’il tienne 24 ans. J’avais peur qu’il soit battu dans une petite compétition, que ça se passe en catimini. J’étais très satisfait que tu le battes dans une grande compétition, avec une médaille au bout.

CL : Pourquoi as-tu fait de l’athlé ?
GQ : C’est le hasard. Au baccalauréat, on a découvert que je courais vite. Je me suis dit pourquoi pas essayer l’athlétisme. J’ai commencé à 18 ans et demi. Six mois après, je me suis retrouvé en équipe de France séniors. Et deux plus tard, j’étais vice-champion du monde. Les résultats sont venus rapidement. C’est un plaisir. Mais je n’avais pas une réelle envie de faire de l’athlétisme au départ.

CL : Donc tu as bien fait toi aussi (rires). Que penses-tu d’Usain Bolt ?
GQ : Pour moi, c’est le plus grand sprinteur de tous les temps. Tu n’as pas de chance qu’il soit dans ta génération. C’est compliqué. Mais il n’y a pas de fatalité. Tu peux le battre. Il a révolutionné le sprint par sa taille, ses performances. Il a réalisé des chronos qui nous paraissaient impossibles. C’est un monstre du sprint et du sport, tout simplement.

CL : C’est vrai que je n’ai pas de bol moi (rires). Ton plus beau souvenir ?
GQ : Au-delà de ma médaille à Rome, je pense que c’est ma dernière sélection en équipe de France. C’était lors des championnats du monde à Athènes en 1997. On s’est retrouvé dans le stade antique, en marbre, pour la cérémonie d’ouverture. Il y avait une ambiance… Je crois que c’est mon plus beau souvenir, au-delà des titres.

CL : Comment gérais-tu l’extra-sportif ?
GQ : Je n’ai pas eu trop de soucis parce que j’avais fait une formation en communication. Ça aide pas mal. Et je ne me suis jamais pris trop au jeu des médias. J’ai toujours été un peu en retrait. Pour moi, l’athlétisme, c’était un jeu, un loisir. L’argent, les médias, j’ai pris ça avec beaucoup de recul.

CL : Comment es-tu passé de la piste aux salles de classe de l’ENA ?
GQ : C’est un sport, aussi. Quand on est sportif de haut-niveau, on est engagé dans une quête d’excellence. J’étais fonctionnaire. L’excellence, c’était l’ENA. Je l’ai préparé comme les JO ou les championnats du monde, avec une stratégie, des points de repères. Ça a marché. J’étais le premier surpris. On va voir. C’est une autre carrière, mais en conservant les valeurs du sport.

CL : Ça a l’air d’être un grand défi (rires). Quel était ton point fort au sprint ?
GQ : Le même que le tien, le finish. Je finissais très vite. Et puis le mental nous relie aussi. Le fait de pouvoir être dans sa bulle, d’évacuer la pression. Que l’on court aux interclubs, à Trifouilly-les-oies ou aux Mondiaux, aux JO, c’est la même chose. C’est ce qui fait la différence au haut niveau.

CL : Aurais-tu des conseils à me donner ?
GQ : Surtout de rester toi-même, de continuer à prendre le sport comme un jeu, à battre tes records tous les ans. Ce n’est pas un conseil, c’est un souhait. Ça doit être un jeu, un plaisir, et pas une contrainte. Il ne faut pas se laisser entraîner par le cirque médiatico-financier. Et puis rester près de ton entourage.

CL : Suis-tu encore les compétitions, les résultats ?
GQ : Pas pleinement, mais j’aime bien voir les résultats importants, les grands meetings, les championnats, les JO. Ça reste mon sport. J’aime bien encore regarder les temps. Je râle, je me dis que ça ne va pas assez vite. L’athlétisme, c’est une partie de ma vie. Ça le sera jusqu’à la fin de celle-ci.