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Nina : « Boston était une cible idéale »

Boston encore sous le choc

Boston encore sous le choc - -

Alors qu’elle venait de franchir la ligne depuis quelques minutes, Nina, 39 ans, a été témoin des deux explosions qui ont frappé le marathon de Boston. Pour RMC Running, cette Française raconte la tragédie de l’intérieur. Et pointe du doigt la sécurité, quasi inexistante selon elle.

Nina, où étiez-vous au moment des explosions ?

Dans l’aire d’arrivée. J’avais déjà traversé la partie où l’on nous remet nos médailles et le poncho en plastique pour nous tenir chaud. Je cherchais mes amis. C’est alors que j’ai entendu une première explosion qui était relativement faible dans le sens où ce n’était pas une très grande explosion. On s’est regardé avec mes amis et 4-5 secondes après, il y a eu une très grosse déflagration. A partir de ce moment-là, on ne s’est plus posé de questions. Les gens ont rapidement compris que ce n’était pas un accident. Il était évident que cela ressemblait à une attaque, même si on a essayé de nous faire croire que c’était une explosion de gaz.

Le lieu était bien ciblé puisque c’est à l’arrivée que se masse le gros de foule…

C’est surtout un endroit particulier parce que ça a frappé devant le magasin tenu par Bill Rodgers qui est une légende du marathon (notamment vainqueur à New York et Boston, ndlr). Frapper devant cette boutique qui se trouve à 20 mètres de l’arrivée, c’est très intense. Cela s’est aussi produit face à la tribune d’honneur qui est relativement imposante. Si les explosifs avaient été plus puissants, le carnage aurait été encore plus important ! C’est vraiment choquant. Pour la 1ère fois depuis 117 ans, le marathon de Boston s’est arrêté. Même pendant la seconde guerre mondiale, il n’avait pas été arrêté.

Le bilan est lourd, mais c’est donc presque une chance qu’il n’ait pas été plus grave…

Oui. Il faut se rappeler quand même qu’il y a 30 000 engagés en plus de tous les spectateurs. Le marathon de Boston est très particulier parce que sur les 42 kilomètres du parcours, il y a une foule encore plus dense qu’à New York (2 millions de spectateurs chaque année !) pour encourager les coureurs. Donc pour attaquer, c’est vraiment une cible idéale.

L’évacuation du site a-t-elle été rapide ?

Oui. Mais ce qui m’a surtout marquée, c’est l’entraide entre les gens. Ceux qui n’ont pas pu finir le parcours, on les a emmenés. Comme ils n’avaient pas de Smartphone sur eux, le public leur prêtaient les leur afin qu’ils puissent prévenir leur famille et rassurer leurs proches. Au lieu de la joie, il y avait donc de la tragédie mais aussi de l’entraide humaine. Ce sont beaucoup d’émotions qui se sont mélangées mais clairement, le côté bon de l’être humain a pris le dessus.

L’ambiance le soir dans la ville devait être un brin surréaliste…

Normalement, c’est un moment de joie. Après le marathon, tout le monde fait la fête en portant sa médaille. Mais là, la plupart des restaurants et des magasins étaient fermés. Nous étions cloitrés dans nos hôtels. Les gens ne pouvaient plus sortir à moins de sortir pour de bon de l’hôtel. Au niveau de notre hôtel, qui est très proche de l’arrivée lui aussi (500m de l’impact), il y avait l’armée et énormément de forces de l’ordre. On a vu des experts passer avec les chiens. Emotionnellement, c’était très difficile.

Avec du recul, quelque chose vous a-t-il interpelé voire intrigué avant le départ ?

Nous n’avons eu aucun signal annonciateur, on se sentait libre comme l’air. A tel point que le matin même avec mon ami, on se disait que c’était un peu léger en termes de sécurité. En 2009, quand j’avais déjà couru à Boston, il y avait un très gros contingent de l’armée avec des soldats fortement armés. Il y avait des chiens pour vérifier tous les sacs si jamais il n’y avait d’explosifs. Des vraies mesures de sécurité avaient été prises. Là, on rentrait dans les bus et personne ne contrôlait nos dossards. Même chose dans la salle d’expo qui était bondée avec 40 000 personnes. Personne n’a jeté un coup d’œil dans nos sacs. Et ne pas contrôler les sacs à notre époque, c’est prendre un risque.

Selon vous, ce drame aurait-il pu être évité ?

Oui, bien sûr. Je vais peut-être être brutale, mais ce n’était pas des engins explosifs très forts. C’était relativement artisanal. Il aurait suffi d’enlever les poubelles ou d’avoir des poubelles transparentes, comme c’est le cas en France (avec le plan Vigipirate, nldr). On ne peut jamais dire que l’on aurait pu éviter un drame mais il n’y avait pas les moyens nécessaires pour détecter des engins explosifs. On vit dans un monde où quand on rassemble 40 000 personnes dans un endroit précis, qui est un haut lieu médiatique et de traditions, il faut prendre des mesures draconiennes.

Les participants auraient-ils joué le jeu ?

C’est simple, si tout le monde ouvre son sac et fait contrôler son dossard, cela rend la tâche plus simple. Il faut que tous les coureurs comprennent que c’est pour leur propre sécurité. Le risque zéro n’existe pas. Mais faire passer un chien, enlever les poubelles sur la ligne d’arrivée, ce n’est pas non plus compliqué ! J’ai vécu en Angleterre et avec les affaires de l’Irlande du Nord, tout le monde a pris l’habitude d’être contrôlé. Ce n’est pas si contraignant de participer à la sécurité de la foule.

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