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Lotus dans la tourmente

Eric Boullier

Eric Boullier - -

Pointée du doigt pour des retards de paiement par Kimi Räikkönen, Lotus se défend de toute crise économique. Alors que sa dette est importante. Et que le développement de la prochaine monoplace s’annonce très compliqué.

Il y a des petites phrases qui peuvent passer inaperçues en conférence de presse. Et les autres, celles qui éveillent la curiosité des médias autant qu’elles lèvent le voile sur des dessous bien sombres. Les propos tenus jeudi par Kimi Räikkönen appartiennent très clairement à la seconde catégorie. « La raison pour laquelle je quitte Lotus est purement financière puisque je n’ai pas touché mon salaire. C’est regrettable » a confié le pilote finlandais lorsqu’on lui a demandé si les raisons de son départ chez Ferrari étaient dues à des problèmes financiers chez Lotus. Avant d’ajouter : « Il y avait beaucoup de choses qu'ils pouvaient faire pour essayer de me garder, et ils savent ce que c'est ».

Comme… payer ce que l’écurie doit à son champion du monde 2007, soit son salaire évidemment mais aussi ses juteuses primes de résultats. Chaque point marqué rapporte, en principe, plusieurs dizaines de milliers d’euros au Finlandais. L’intéressé, qui en avait inscrit 207 en 2012, compte, après 12 Grand Prix, 134 points dans sa besace cette saison. En tout, l’addition se chiffrerait à 10 millions d’euros pour Lotus. « Il sera payé avant la fin de l’année, assure le patron de Lotus Eric Boullier. Il a peut-être oublié que l’an dernier, nous étions exactement dans la même situation, nous lui devions de l’argent à la même époque et tout a été réglé à la fin de l’année. » Vraiment ?

Boullier : « Tout va très bien »

Comme l’écurie suisse Sauber, Lotus traverse une importante crise économique. Relativisée par son boss. « Comme toutes les écuries aujourd’hui, on est dans une phase de transition en F1, rappelle ce dernier. On a une trésorerie un peu difficile à gérer. Nous avons des priorités et la mienne est de payer d’abord les employés et les fournisseurs les plus importants pour nous permettre de garder un rythme de développement. » Certes. Mais si la plupart des employés de l’écurie britannique continuent de toucher leur salaire, ce n’est pas le cas de tous les fournisseurs. Quant à la dette de Lotus, celle-ci s’approcherait des 100 millions d’euros.

Et cette situation n’est pas sans conséquence. Depuis trois mois, McLaren Electronics (fournisseur des boitiers électroniques des écuries de F1) ne fournit plus Lotus pour non-paiement, obligeant l’équipe à utiliser de vieux modèles. Le développement de la prochaine monoplace, le nerf des activités de Lotus, est déjà en grande difficulté. L’écurie peine à payer le carbone nécessaire à la construction des pièces. Et aucun contrat n’a, pour le moment, été signé avec un motoriste. Quand on connait l’importance du nouveau moteur la saison prochaine, la situation commence à devenir franchement problématique pour Lotus. « Les négociations avancent bien », assure Boullier au sujet des contacts avancés établis avec Renault. Avant de poursuivre : « La santé financière de l’écurie ? Elle est très bien. Ce n’est pas l’écurie Lotus qu’il faut pointer du doigt. Aujourd’hui, le business plan de la F1 fait qu’on dépense plus que ce qu’on gagne. Le groupe Genii est très fort et très puissant financièrement donc tout va très bien. » On ne devrait pas tarder à le savoir. Car si Kimi Räikkönen venait à mettre sa menace d’attaquer en justice Lotus pour retard de paiement, les nuages gris s’amoncelleront un peu plus encore au-dessus du Lotus F1 Team.

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A.D avec A.A