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« Senna m’a sauvé la vie et je l’ai vu mourir » : le témoignage poignant d’Erik Comas

Ayrton Senna

Ayrton Senna - -

Ayrton Senna a sauvé la vie d’Erik Comas en 1992 avant de décéder tragiquement sur le circuit d’Imola deux ans plus tard. Le pilote français revient sur le terrible accident qui coûta la vie à son ami décédé il y a tout juste vingt ans.

Senna, ce héros

« Il était un pilote hors-norme mais c’était un homme extraordinaire. Il m’a probablement sauvé la vie en 1992 à Spa-Francorchamp quand ma voiture a tapé le rail. J’avais perdu connaissance, Ayrton s’en est rendu compte tout de suite, il s’est arrêté, il a cherché à couper les circuits électriques de ma voiture. A l’époque, on partait avec des grands réservoirs donc il y avait un gros risque d’explosion. Il y avait beaucoup d’huile qui s’échappait de la voiture. C’est vrai que ce jour-là, il a fait preuve d’une bravoure incroyable parce qu’il y avait d’autres voiture qui arrivaient même si elles étaient ralenties par les drapeaux rouges. Pour moi, c’était un acte héroïque mais pour lui c’était presque un acte civique et normal. »

Sa relation avec Senna

« Il avait un cœur énorme. J’ai le souvenir que quand je suis arrivé en Formule 1 après avoir remporté le championnat de formule 3000, c’est le premier pilote qui est venu me féliciter. Il était aussi à l’écoute et il observait ceux qui arrivaient derrière lui. Malheureusement, je n’avais pas la voiture capable de rivaliser et de jouer les coudes avec lui mais l’accident à Spa-Francorchamp nous avait rapprochés. Les deux dernières années, je l’ai vu sous un œil différent, c’est pour ça que ça a été difficile pour moi d’être le dernier à l’avoir vu à Imola. »

Sa position au moment de l'accident de Senna

« Au moment de son accident, j’étais dans les stands. Une voiture m’avait tapé à l’arrière et m’avait endommagé l’aileron qu’il a fallu remplacer. Ni mon équipe, ni moi-même n’étions au courant de ce qu’il venait de se passer sur la piste quelques minutes plus tôt. A la sortie des stands, il y a une confusion, on m’a d’abord arrêté puis laissé repartir alors que je n’aurais pas dû quitter les stands. Mais comme on était dans une situation de drapeau rouge, un commissaire m’a fait partir pour que je puisse regagner la ligne de départ. »

La découverte du lieu de l'accident

« Je suis arrivé et tous les secours médicaux étaient déjà sur place. Ayrton était allongé. J’ai immobilisé ma voiture, j’ai retiré mon casque et j’ai voulu m’approcher. Mais les secours m’en ont empêché. On sait qu’à ce moment-là, Ayrton était déjà entre la vie et la mort et pour moi, il était en train de mourir. J’ai eu un sentiment de paralysie incroyable. Je suis chrétien mais pas pratiquant, et c’est vrai que ce jour-là, j’ai senti quelque chose d’énorme, comme une onde autour de son corps, paralysante et très forte. Voir partir l’homme qui m’a sauvé la vie deux ans après ça a été très difficile à vivre et il m’a fallu 10 ans avant de pouvoir en parler. »

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La rédaction