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Le Dakar à la folie et à tout prix

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Plus petit budget du Dakar 2014 dans la catégorie auto, Bernard Chaubet est sans doute l’un des plus fascinants concurrents de cette édition. Rencontre avec ce pilote à la passion aussi démesurée qu’attachante.

Sa passion confinerait presque à la folie. A l’acharnement tout du moins. Mais rarement le Dakar n’aura semblé aussi humain et émouvant qu’à écouter Bernard Chaubet, racontant son aventure à lui. Lui le plus petit budget dans la catégorie auto (65 000 €), endetté jusqu’au cou pour assouvir l’appel de la piste, qu’il n’hésite pas à décrire comme « un besoin » aujourd’hui. Un besoin presque vital, qu’il s’est créé il y a dix ans, pour occuper un esprit ravagé par la mort de son fils de 23 ans. Assistant mécanique sur le rallye pendant sept ans, il finit par devenir copilote, à force d’y croire, et enfin pilote pour la première fois l’an passé, sur les routes sud-américaines.

« L’an dernier, j’ai été obligé de faire un crédit de 20 000 €. Et cette année, on relance l’aventure », raconte-t-il, des étoiles pleins les yeux. Ses 3 000 heures de travail entre mars et septembre pour construire sa voiture, à suer sang et eau jusqu’à quinze heures par jour pour finir à temps, il n’en parle qu’avec une infinie tendresse. Et dans sa bouche, ce qui ressemble à s’y méprendre à un long chemin de croix sonne comme un don du ciel. La quête de sponsors dans son village de 1 800 âmes, ses nuits blanches, ses doubles journées pour cumuler son emploi dans le textile avec ses bricolages… rien ne semble pouvoir infléchir la foi de cet homme de 59 ans, qui a fini par vouer sa vie à son rêve.

« Je n'ai pas le choix »

« L’an dernier, quand on est partis, je n’avais jamais roulé dans les dunes en tant que pilote. » Alors ? « C’est magnifique. Je ne peux même pas vous dire », murmure-t-il, un sourire dans le cœur. Et on ne saurait s’en étonner, tant sa relation à sa voiture, à sa passion, s’apparente à un amour viscéral et nécessaire pour remplir le vide abyssal laissé par sa perte. « Ma voiture, il me tarde de la voir quand elle me quitte, et quand on aura fini le rallye, il me tardera qu’elle revienne pour la rebichonner. Ça paraît fou, mais je n’ai pas le choix. Mon rêve, c’était ça, et il a abouti. Je n’aurais jamais pensé pouvoir réaliser une chose pareille il y a dix ans. J’ai une étoile qui veille sur moi là-haut. »

L’homme aux… 65 sponsors, qui a pris le départ ce dimanche, n’a plus qu’à savourer : « Je n’ai aucune prétention, si ce n’est d’essayer d’arriver au bout. S’ils sont pressés, qu’ils passent. Moi je ne vais pas traîner, mais je roule à 80% de ce que je peux faire pour préserver cette voiture qui m’a coûté si cher… » Lui qui se décrit comme « Ariégeois » (son accent l’avait trahi), « têtu » (on ne peut en douter) et « voulant toujours aboutir » ne gagnera probablement jamais le Dakar. Mais en arriver là est bel et bien une victoire, et finir la course une deuxième fois serait une manière idéale d’entretenir son incroyable flamme.

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A.T. avec C.G.