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Dakar : les copilotes marchent à l’ombre

Stéphane Peterhansel fonce vers un 11e titre sous les informations précieuses de Jean-Paul Cottret

Stéphane Peterhansel fonce vers un 11e titre sous les informations précieuses de Jean-Paul Cottret - -

Décisifs dans la navigation et l’orientation, les copilotes du Dakar s’effacent bien souvent au profit de leur pilote. Eclairage sur ces scientifiques de la course, besogneux, patients et studieux aux profils hétérogènes.

On ne présente plus Stéphane Peterhansel, dix fois vainqueur du Dakar et en passe de signer un 11e succès (ce serait le 5e en auto après 6 en moto). On connait moins Jean-Paul Cottret, son copilote. Dans l’ombre comme le veut la fonction, il apporte pourtant son lot d’informations sur les options décisives à prendre pour éviter les pièges, et rallier vite et sans casse l’arrivée. Le tout dans une parfaite communion. « Il y a des caractères qui ne se marient pas, explique André Dessoude, patron de l’équipe éponyme. Si le pilote est nerveux ou caractériel, il faut lui mettre quelqu’un de doux qui accepte les moments de colère et d’énervement sans rien dire. »

Les écuries recherchent donc la perle rare pour correspondre au profil de leur pilote. Et le marché existe. Il se déroule aux mois de mai ou juin afin que pilotes et copilotes puissent prendre leurs repères avant le grand départ. « Mais on ne se connait bien que lorsqu’on est dans le Dakar et qu’on traverse des moments difficiles », tempère Jean-Pierre Garcin, second de Guerlain Chicherit. Une erreur de casting peut en effet valoir chère. L’an dernier, on avait par exemple assisté à une scène incroyable avec un copilote qui avait claqué la porte de la voiture en plein milieu du Dakar. Seul, le pilote argentin Orlando Terranova, avait dû abandonner. Les profils de ses hommes de l’ombre varient. Cottret, par exemple, était mécanicien avant de faire des essais dans un camion d’assistance de l’équipe Dessoude.

Entre 50 000 et 60 000 € de salaire pour les meilleurs

Les motards présentent également des caractéristiques recherchées. Habitués à se débrouiller seul avec leur machine et leur road-book, ils sont des compléments parfaits. A l’instar de Jean Brucy qui guide Eric Vigouroux et qui a débuté sa reconversion en 2006. « C’est beaucoup plus reposant et bien moins physique, explique-t-il. Le rôle du copilote est très passif quand ça se passe bien. Il faut juste indiquer le chemin, donner les bonnes notes et ne pas se laisser impressionner par le relief du terrain. Il faut avoir la chance d’avoir un bon pilote en qui on a confiance. Dans ce cas, on peut se dédier uniquement au road-book. »

Alors que l’offre ne manque pas, tout se joue au carnet d’adresses au moment de la signature des contrats qui ne durent bien souvent que le temps du rallye ou un an pour les grosses écuries. Les salaires, eux, se sont envolés il y a une dizaine d’années. Un copilote d’une équipe de pointe (Mini, Red Bull-Qatar) émarge à environ 50 000 à 60 000€ pour la durée du Dakar. Dans une équipe qui vise une place entre la 10ème et la 20ème, le salaire tombe à 10 000 à 20 000€. D’autres doivent apporter eux-mêmes des sponsors pour être embauchés. Enfin, les amateurs le font gratuitement. Une inflation qui ne plait pas à tout le monde. « Les prix des copilotes se sont envolés de manière totalement disproportionnés, grogne un patron d’équipe. Le copilote n’a pas de talent comme le pilote. Il doit simplement être quelqu’un de sérieux, besogneux, et avoir confiance en son pilote. » Le prix de l’anonymat.

Nicolas Couet avec Antoine Arlot