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Dakar : Roma, un triomphe avec astérisque

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Passé leader vendredi, Stéphane Peterhansel (Mini) a respecté les consignes d’équipe et offert la victoire à Nani Roma en l’attendant lors de la dernière spéciale, ce samedi. Vainqueur en moto en 2004, l’Espagnol remporte son deuxième Dakar.

L’histoire des sports mécaniques regorge de ces arrangements entre « amis ». On se souvient de Ferrari avec Schumacher et Barrichello en Autriche en 2002. De Citroën avec les Sébastien, Loeb et Sébastien, lors de la saison 2011. Même le Dakar n’y a pas coupé. Il y a eu Jean Todt, en 1989, jouant l’identité du vainqueur –Vatanen ou Ickx – à pile ou face. Il y a certainement eu Mitsubishi, aussi, dont la série de succès de 2001 à 2007 a parfois dû s’accompagner de consignes du maître stratégique Dominique Serieys. L’édition 2014, remportée ce dimanche par Nani Roma, va ajouter un chapitre au livre des consignes d’équipe. L’un des plus bizarres. Car depuis que Sven Quandt, team manager de Mini X-Raid, les a données à ses pilotes mercredi, déclenchant les critiques du directeur de l’épreuve Etienne Lavigne, le célèbre rallye-raid a perdu la tête. Un flou artistique qui ne va pas faire du bien à une épreuve qui a perdu beaucoup de son aura et da visibilité ces dernières années.

Les acteurs de ce méli-mélo sportif ? Nani Roma, 41 ans, en quête d’un deuxième succès après celui en moto en 2004, et Stéphane Peterhansel, 48 ans, « monsieur Dakar », onze victoires (6 en moto, 5 en voiture) au compteur. Au soir de la cinquième étape, l’Espagnol compte quarante minutes d’avance sur le Français. Mais ce dernier grappille peu à peu. Revenu à 2’’15 mercredi, il voit sa quête s’écrouler quand Quandt fige les positions pour assurer un podium 100% Mini (Nasser Al-Attiyah est troisième). « Pas facile à accepter », glisse alors Peterhansel. La journée de vendredi, avant-dernière du rallye, va changer la donne. Moins à l’aise dans les dunes chiliennes que son coéquipier-rival, avec lequel il partage les nuits dans le motor-home, Roma perd la tête du général pour… 26 secondes avant une dernière étape « de gala », où reprendre du temps paraît compliqué.

Peterhansel : « Le meilleur a-t-il gagné ? A vous de juger »

Sans accuser Peterhansel de trahison, l’Espagnol fulmine et pousse un coup de gueule. Le Français, lui, laisse planer un doute : « Si c’est nécessaire, on redonnera notre position. » Une prémonition qui va devenir réalité ce samedi. Au kilomètre 133 de la dernière spéciale, qui en comptait 157, le quintuple vainqueur autos s’arrêtait pour attendre Roma et Al-Attiyah afin de franchir ensemble la ligne d’arrivée. Plus de six minutes perdues sur l’Espagnol qui triomphait à Valparaison et devenait, après Hubert Auriol et Perterhansel, le troisième homme à remporter le Dakar en moto puis en voiture. Reste désormais l’évidence. Ces tensions palpables à l’heure des bilans des intéressés et qui hypothèquent, si ce n’est leur amitié, tout au moins un possible avenir commun chez Mini.

« Je fais partie d’un team et je n’y suis pour rien, lance Roma. L’année dernière, ils m’avaient dit de m’arrêter pour Stéphane et je ne l’avais pas dit aux journalistes. Stéphane, lui, a cru qu’il était important de le dire et je n’ai pas trouvé ça super sympa. (…) Dans deux-trois semaines, personne ne se souviendra de ça. Tout ce qui comptera, c’est ma victoire. » Et « Peter », dont le succès vendredi s’apparente avec du recul à une façon de mettre les points sur i quant au niveau de chacun, d’y aller de ses explications : « Les consignes de course ont été appliquées et les choses sont revenues dans l’ordre. C’était un choix de la direction, il faut l’assumer. Nani est mon ami et je suis content pour lui. Il ne faut pas que cette amitié se casse pour une course. Bien sûr, il y a une frustration. Si on avait été en tête au bon moment, il n’y aurait jamais pu avoir des consignes de course à l’avantage de quelqu’un d’autre. Est-ce que le meilleur a gagné et la victoire de Nani a-t-elle moins de valeur ? A vous de juger. Je ne veux pas me permettre de dire quelque chose. En tout cas, si j’avais été manager, j’aurais fait ça différemment, j’aurais pris la décision plus tôt. Ce n’était pas très logique au niveau du timing. » Pressenti chez Peugeot, qui reviendra se frotter au Dakar l’an prochain, Peterhansel pourrait être encore plus tenté de rejoindre la marque au lion. « Je vais prendre le temps de réfléchir à tout ça, glisse l’intéressé. Si Peugeot vient me voir ? J’écouterai. » Roma-Peterhansel, la revanche en 2015 ? 

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Coma complète la razzia espagnole

Si la victoire de Nani Roma dans la catégorie autos suscite le débat, celle de son compatriote Marc Coma chez les motos ne souffre d’aucune contestation. A 37 ans, le pilote KTM remporte son quatrième Dakar (après 2006, 2009 et 2011) avec 1h52’27’’ d’avance sur un autre Espagnol, Jordi Viladoms, et plus de deux heures sur les Français Olivier Pain (3e) et Cyril Despres (4e). Cette 36e édition du Dakar, la sixième en Amérique du Sud, marquée par la première incursion en Bolivie et la mort du motard belge Eric Palante lors de la 5e étape, a une nouvelle fois drainé des foules immenses et passionnées. Avec un taux d’abandon de plus de 52%, l’édition 2014 restera comme la plus difficile depuis 2006, dixit son directeur Etienne Lavigne. Qui rêve déjà d’horizons différents, historiques comme nouveaux : « Le Dakar est nomade. Si j’avais une ambition, une envie, ce serait qu’il retourne en Afrique, peut-être de manière alternée. Il y a aussi d’autres pays qui veulent rentrer dans le club, comme l’Equateur ou la Colombie, et il y a toujours le projet d’un rallye du Pacifique, en traversant l’Amérique latine du nord au sud, sur lequel on travaille depuis plus d’un an. » Le Dakar n’a pas fini de faire rêver avec ses paysages.

Alexandre Herbinet avec Camille Gelpi