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15 ans, 2m18, des mains en or: Wembanyama, la promesse du basket français

C’est un phénomène qui est en train d’éclore à Nanterre (opposé à Monaco ce dimanche pour la 10e journée de Jeep Elite, à suivre en direct à 16h sur RMC Sport 2). A seulement 15 ans, Victor Wembanyama est à l’aube de sa carrière professionnelle. Avec une aisance hallucinante pour sa taille (2,18 mètres), une intelligence rare et un potentiel qui laisse entrevoir un destin sans limite. Le pivot français, qui a fait ses débuts avec les pros en EuroCup fin octobre, fait déjà saliver les scouts NBA. Portrait d’un surdoué appelé à dominer sur les parquets.

Tout commence par une énorme méprise. Fin 2013, Michaël Allard assiste à un match U11 à Versailles, au sud-ouest de Paris. Le coach du centre de formation de Nanterre repère alors sur le banc un assistant à l’allure étonnante. Particulièrement fin et long. Le match débute et après quelques minutes, le fameux assistant entre en jeu. A la grande surprise de Michaël Allard, qui comprend qu’il s’agit en fait d’un joueur: Victor Wembanyama. Si jeune et déjà si imposant! Il décroche immédiatement son téléphone. "Il m’a appelé pour me dire qu’il venait de voir un enfant tellement grand qu’il l’avait pris pour un adulte, s’amuse Frédéric Donnadieu, alors directeur technique et en charge des U11 à la JSF Nanterre (rebaptisé Nanterre 92 début 2016). On connaissait indirectement ses parents donc on a établi le contact."

Un contact fructueux. Le gamin vient de fêter ses 10 ans et mesure déjà 1,80m. Il est invité à faire quelques matches avec Nanterre. "Ça s’est super bien passé, se rappelle Donnadieu. J’ai vu tout de suite qu’il avait de vraies capacités motrices par rapport à son gabarit. Mais j’ai surtout été séduit par son grand sourire. C’est la première chose qui m’a marqué. On aurait dit qu’il était au club depuis plusieurs années." Dans la foulée, le géant participe au Mini-Mondial de Bourbourg, un tournoi prestigieux organisé chaque année dans le Nord, avec les plus grandes équipes européennes. La JSF s’incline de deux points en finale. Victor impressionne et signe l’été suivant sa première licence avec le club des Hauts-de-Seine.

"On nous a très vite signalé un joueur différent"

Cinq ans plus tard, Wembanyama est toujours à Nanterre. Et c’est toujours un enfant. Il a 15 ans et 10 mois mais il a bien grandi. Il culmine aujourd’hui à 2,18m. Soit quinze centimètres de plus que LeBron James, sachant qu’il n’a pas encore atteint sa taille définitive... Autant dire qu’il s’annonce comme l’une des plus belles promesses de l’histoire du basket français. Tout le monde en a bien conscience. A commencer par Bernard Faure. Le sélectionneur de l’équipe de France U16 l’a eu sous ses ordres l’été dernier, lors de l’Euro à Udine (Italie): "C’est quelqu’un qu’on a vu arriver très jeune. Il était remarquable par sa taille. On nous a très vite signalé un joueur différent, avec un profil inhabituel."

Victor Wembanyama monte au dunk à l'échauffement
Victor Wembanyama monte au dunk à l'échauffement © Icon Sport

Un profil qui lui permet d’être surclassé depuis ses débuts. Victor (né le 4 janvier 2004) est donc convié avec un an d’avance à rejoindre les U16 en avril dernier pour le tournoi de Bellegarde, dans l'Ain. Mais la découverte du maillot national ne se passe pas aussi bien que prévu. "Lors de sa première convocation, il a connu beaucoup de difficultés à s’insérer dans le groupe, témoigne Faure, en poste depuis 2013. Ses premiers matches ont été difficiles. Il n’avait pas mesuré tout l’engagement qu’il devait mettre pour gagner sa place. J’ai été clair avec lui dès le départ. Je lui ai dit: 'Tu as beau avoir un grand potentiel, tu dois gagner ta place sur le terrain tous les jours'. Il n’était pas forcément préparé à ce genre de discours."

Il crève l’écran lors du dernier Euro U16

Malgré l’âpreté des mots, le surdoué comprend vite les reproches. "On ne lui a rien passé. On a été encore plus exigeant avec pour lui montrer que rien ne remplace le travail, assure son sélectionneur. Ça été bénéfique parce que ce tournoi lui ouvert les yeux et lui a fait prendre conscience de certaines choses." Habitué jusqu’ici à jouer pour le plaisir, en tentant des gestes compliqués, le gamin a l’envergure immense (au moins 2,31m) découvre que l’efficacité a son importance en compétition. Alors il met le bleu de chauffe. Et entre dans l’Euro comme un mort de faim. "Quand il est revenu, il était différent. On l’a vu tout de suite, se souvient Faure, qui reconnaît avoir hésité à le convoquer à l’époque. Il voulait vraiment gagner sa place. Il avait compris qu’il devait montrer autre chose. Et il est monté progressivement en régime pendant la préparation. Mais pour être honnête, on a été surpris de sa capacité à élever son niveau durant la compétition. Il s’est comporté en leader. C’est là que j’ai vraiment découvert sa personnalité."

Un caractère de winner qui lui permet d’emmener les Bleuets jusqu’en finale (défaite contre l’Espagne) et d’être élu dans le cinq majeur du tournoi (9 points, 9,6 rebonds et 5,3 contres de moyenne). En crevant l'écran notamment lors du quart de finale face à la Croatie avec 12 points, 21 rebonds et 8 contres! "On avait profité de ses vacances pour mettre en place une préparation spécifique les semaines précédentes, confie Frédéric Donnadieu, aujourd’hui manager général de Nanterre 92. Moi, ça ne m’a pas surpris parce que je l’avais déjà vu faire la même chose en club. Mais c’est plus facile de s’en rendre compte quand on l’a au quotidien." Un quotidien aménagé sur mesure pour le développement de Victor. Depuis son arrivée au club, le géant bosse régulièrement à part, en plus des sessions collectives. "Vincent Dziagwa, notre préparateur physique, s’en occupe depuis longtemps, précise Pascal Donnadieu, le coach des pros. Il effectue des séances spécifiques et tout un travail avec lui pour qu’il se renforce au niveau musculaire. On a individualisé son programme par rapport à sa morphologie et son développement physique, pour lui permettre d’évoluer constamment."

"Les pros le voient comme leur petit frère"

Après un début de saison perturbé par une petite blessure, Wembayama partage son temps entre les U18 (rarement), les Espoirs (beaucoup) et le groupe professionnel, qu’il intègre plusieurs fois par semaine à l’entraînement. Sous le regard bienveillant des adultes qu’il côtoie sur le parquet. "Les pros le voient comme leur petit frère. Ils sont toujours en train de l’aider et de l’encourager", apprécie Pascal Donnadieu, grand-frère de Frédéric, sur le banc de Nanterre depuis 1987. Conscient que son diamant est encore largement polissable, le coach de 55 ans lui a tout de même offert ses 32 premières secondes avec les pros, le 29 octobre, lors d’un match d’EuroCup contre Brescia (65-73). En attendant de le lancer en Jeep Elite.

Un baptême ultra-précoce qui laisse envisager la possibilité de voir Wembanyama plus souvent dans les prochains mois même si coach Donnadieu balaye l’idée d’une feuille de route clairement définie: "Le temps de jeu, ça ne veut rien dire pour moi. Ce qui m’importe, c’est son développement. S’il évolue plus vite que prévu, il jouera un peu plus. Si j’ai des opportunités, je le mettrai. Je ne me refuse rien, tout est ouvert." "On ne s’est jamais avancé à dire qu’il rentrera en pro dès cette saison, confirme son frère Frédéric. Il a besoin de temps. Le but, c’est que l’année prochaine, en ayant pris de l’expérience et de l’épaisseur, il commence à apporter à l’équipe."

Un pivot nouvelle génération qui "joue quasiment comme un extérieur"

Et tous les rêves sont permis lorsqu’on se penche sur le talent du jeune pivot, qui a participé à un tournoi avec Barcelone (au printemps 2018) sans donner suite aux avances catalanes. Car justement, il ne joue pas du tout comme un pivot classique. "Il est très à l’aise avec le ballon pour un joueur de sa taille, confirme Faure. Il est extrêmement mobile. Il peut poser des dribbles, avoir des relations de passes avec ses coéquipiers. Il aime participer à la construction du jeu." Un poste 5 nouvelle génération, un peu à l’image de Kristaps Porzingis, la star de Dallas. Le genre d’athlète capable de placer un contre vertigineux avant de fusiller à trois points.

Victor Wembanyama (en blanc) lors de ses première minutes avec le groupe pro de Nanterre face à Brescia en EuroCup
Victor Wembanyama (en blanc) lors de ses première minutes avec le groupe pro de Nanterre face à Brescia en EuroCup © Icon Sport

"On ne l’a jamais fait jouer comme un grand, en le mettant uniquement sous le panier. Il fallait qu’il prenne du plaisir. En poussins, on lui faisait faire des exercices avec deux ballons, éclaire Fred Donnadieu. Il faisait 1,80m mais il travaillait son dribble comme un petit de 1,50m. Il tirait déjà de loin. Il a toujours bossé sa technique comme un autre." Résultat: l’intérieur droitier sait tout faire avec une balle orange. "Il joue quasiment comme un extérieur. Il a une dextérité incroyable pour un grand. On est bluffés par ce qu’il est capable de proposer balle en mains, en termes de technique. C’est un joueur très atypique, appuie Pascal Donnadieu, qui est aussi assistant de Vincent Collet en équipe de France. Il est très à l’écoute. Il y a des joueurs à qui on a besoin de répéter cinq ou six fois la même chose mais pas avec lui. Il assimile très vite toutes les informations qu’on lui donne."

Nanterre couve précieusement son joyau

Malgré ces dispositions hors-norme, le numéro 32 de Nanterre (qui était encore trop jeune pour intégrer les Espoirs la saison passée!) a évidemment une belle marge de progression. Sur le plan de la musculature, déjà. "Il faut qu’il travaille sur son physique. Il doit se renforcer, avertit le sélectionneur U16, ancien prof d’EPS. Dans le basket de haut niveau, il y a beaucoup de contacts. Il a besoin de se construire un corps un peu plus solide. Il faut qu’il prenne aussi beaucoup plus de fiabilité sur le tir extérieur. C’est un vrai axe de progrès. Il doit encore caler sa gestuelle et affiner ses choix." "Il doit bosser sur les fondamentaux, la vitesse d’exécution, le placement, complète le coach nanterrien. Il doit progresser dans tous les domaines. Le plus difficile lorsqu’il joue avec les pros, c’est vraiment la vitesse à laquelle les choses se passent."

L’un des grands enjeux pour lui sera aussi de gérer l’attente qui l’entoure depuis sa première licence. Et la pression médiatique envahissante. Pour l’instant, le club de Nanterre le protège énormément. Impossible de l’approcher pour une interview par exemple. Wembanyama, qui n’est passé ni par le pôle Île-de-France ni par le Centre Fédéral de l’Insep (ce qui a fait grincer quelques dents), est couvé avec la plus grande précaution dans les Hauts-de-Seine. "Avec lui, il faut être patient, résume l’aîné des Donnadieu, qui a vu éclore des pépites comme Evan Fournier ou Edwin Jackson. On essaye d’avoir une évolution cohérente. En gardant un juste milieu entre vouloir aller trop vite et ne rien se refuser." "Il essaie de se créer une espèce de bulle parce qu’il y a tellement de sollicitations autour de lui, développe Faure. Il a compris les enjeux. Et il est parfois dans sa carapace pour ne pas se disperser."

Une famille de (grands) sportifs

Une bunkérisation validée par la famille Wembanyama. Il faut dire que le clan, domicilié au Chesnay (au nord de Versailles, dans les Yvelines), connaît parfaitement le milieu sportif. La maman, ancienne intérieure (plus de 1,90m sous la toise), a joué au basket à bon niveau. Jusqu’en Nationale 1 (D3). Le papa originaire de la République démocratique du Congo (2 mètres), ancien spécialiste du triple saut, évolue en vétérans depuis quelques années. Sa grande sœur, Eve, est en centre de formation à l’ASVEL. Ailière d’environ 1,80m, elle a remporté l’Euro U16 avec l’équipe de France en 2017. Son petit frère, Oscar (12 ans, 1,80m), s’est lui tourné vers le hand. "Ses parents ont toujours gardé de la distance. Ils sont très sereins. Jamais il ne sont venus nous voir en disant: 'Il faudrait que Victor joue plus comme ci ou comme ça'. Ils ne nous demandent pas de le traiter différemment. Ils restent à leur place de parents, contrairement à d’autres. Et c’est tout à leur honneur", apprécie Frédéric Donnadieu, qui fait le point quasiment tous les mois avec son prodige.

Un an d’avance aussi à l’école

Au menu des discussions: le basket, bien sûr, mais aussi l’école. Là encore, Wembanyama a un an d’avance. Actuellement en première générale, avec une spécialisation en sciences économiques et sociales, l’adolescent longiligne est scolarisé dans un lycée en convention avec Nanterre 92. Avec du matériel adapté à son gabarit. Et tout le monde décrit un élève brillant, sociable et souriant. Un jeune bien dans ses larges baskets, qui s’accommode parfaitement de sa notoriété et de sa vie en altitude. "Il a le quotidien d’un ado normal. Il aime s’amuser. Il est avenant et très souriant, avec beaucoup de qualités humaines. Il n’est pas accroc aux réseaux sociaux ni aux consoles de jeu. Il est assez posé hors du terrain", constate le cadet des Donnadieu.

Voir Victor Wembanyama à côté de Pascal Donnadieu, coach de Nanterre, permet de mieux réaliser les dimensions géantes du garçon
Voir Victor Wembanyama à côté de Pascal Donnadieu, coach de Nanterre, permet de mieux réaliser les dimensions géantes du garçon © Icon Sport

Victor, qui a fait du judo et du foot (comme gardien de but), a également une attirance pour le graphisme. "Il a un côté artiste, mais pas dans le sens perché. Il est très lucide. Il aime le dessin, il a un coup de crayon facile. Il fait des choses intéressantes, admire Bernard Faure. Il est aussi très attentif à sa récupération hors des terrains. Il est mature et responsable. Il va en soins chez le kiné, il fait attention à son alimentation, tous ces petits à côté qui font la différence."

"A son âge, Rudy Gobert faisait 1,92m et ne pouvait pas s’entraîner"

S’il n’a pas de modèle revendiqué, le surdoué se passionne réellement pour l’histoire de sa discipline. Ce qui n’est pas le cas de tous les jeunes. "On a parfois des joueurs qui ne regardent pas beaucoup de matches, à part quelques top 10 de NBA sur leurs portables. Ils ne se documentent pas forcément. Lui, c’est quelqu’un de curieux." Une ouverture d’esprit qui lui permet d’avoir un QI basket au-dessus de la moyenne. Et d’envisager un destin doré, même si d’autres grands se sont contentés d’une carrière modeste avant lui. Vincent Pourchot, par exemple, faisait la même taille au même âge. Il plafonne aujourd’hui à 2,22m au CEP Lorient, en Nationale 1 (D3).

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"Mais Vincent n’était pas du tout dans la même catégorie sur le plan de la motricité, tranche Faure, qui coache également les U16 du Pôle France à l’INSEP. Je l’ai connu à 15 ans, c’est quelqu’un qui avait du mal à se déplacer. Il a fallu énormément travailler avant qu’il puisse faire un peu plus de basket. Victor, c’est complètement différent. C’est un garçon étonnant dans sa capacité à gérer son corps et l’utiliser comme un véritable atout. Alors que chez les plus jeunes, c’est plutôt un handicap d’être très grand." Rudy Gobert (2,16m) en sait quelque chose. Le pivot des Bleus et du Utah Jazz, élu meilleur défenseur de NBA en 2018 et 2019, était loin du monde pro à l’époque. "Au même âge, il n’y a aucune comparaison à faire, poursuit Faure. A 15 ans et demi, Rudy faisait 1,92m. Il était au centre de formation de Cholet. Il ne pouvait pas s’entraîner beaucoup car il a eu une énorme poussée de croissance à ce moment-là. Il a peu joué dans ses années U16-U17. C’était un prospect long terme."

Victor Wembanyama au tir
Victor Wembanyama au tir © Icon Sport

L'horizon NBA comme une évidence

De quoi mesurer le potentiel extraordinaire de Victor Wembanyama, qui a grandi de manière linéaire, en étant toujours au-dessus des autres. Sans connaître la moindre blessure sérieuse. A l’aube de sa carrière pro, il semble prêt à exploser tous les temps de passage. A condition de conserver sa fraîcheur, sa motivation et son humilité. S’il y parvient, son horizon paraît sans limite. Tous les scouts NBA sont déjà à l’affût, prêts à l'enrôler le phénomène qu'ils suivent depuis quelque temps déjà. C’est le sens de son histoire. Un jour ou l’autre, il sera amené à traverser l’Atlantique. Vers un avenir qui pourrait bien devenir légendaire. "Il est imprévisible. Il a envie d’aller le plus haut possible dans son sport", concède Frédéric Donnadieu. "C’est qu’on lui souhaite, conclut son frère Pascal. Vu ce que je vois au quotidien, je ne suis pas inquiet sur le fait qu’il ira très loin." Reste à savoir jusqu’où…

Alexandre JAQUIN