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Euroleague: l’ASVEL peut-elle rêver des playoffs?

Invitée à participer à l’Euroleague cette saison, l’ASVEL a réalisé un début canon dans la plus prestigieuse des compétitions continentales. Après huit journées, et avant de recevoir ce mardi soir l’Efes Istanbul (20h45, sur RMC Sport 2), le champion de France affiche en effet un bilan de cinq victoires pour trois défaites, et pointe provisoirement au huitième rang, virtuellement qualifié pour les playoffs. Mais cela peut-il durer?

Ce devait être à la base une saison pour prendre la température, pour se jauger face aux cadors du continent. Lorsque l’ASVEL a débuté sa campagne d’Euroleague, le 4 octobre dernier à l’Astroballe, il n’était nullement question d’objectifs chiffrés, ou de top 8. Non, la mission était alors (elle est toujours d’actualité) de faire bonne figure, de profiter au mieux de l’invitation jusqu’en 2021, pour ensuite obtenir une licence A, et donc une place quasi-permanente dans la cour des grands. "J’ai investi dans l’ASVEL pour que l’on soit en Euroleague, expliquait Tony Parker, le boss de la formation rhodanienne. Maintenant qu’on y goûte, mon envie c’est d’y rester à vie. J’espère pouvoir revenir dans deux ans avec Jordi Bertomeu (le patron de la compétition, ndlr) et annoncer une bonne nouvelle. Mais il faut être patients, cela va prendre du temps."

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Mais du temps, le champion de France n’en a pas perdu. Morte de faim, l’ASVEL a réalisé un gros coup d’entrée, battant dès ce 4 octobre l’Olympiacos devant son public (82-63). La réussite du débutant, face à une équipe encore en rodage? On pouvait le penser. Sauf que dès la semaine suivante, les hommes de Zvezdan Mitrovic en ont remis une couche face à l’autre machine athénienne, le Panathinaikos (79-78). Et si deux revers à l’extérieur ont suivi, au Bayern (104-63) puis à Kaunas (70-56), l’ASVEL a su reprendre sa marche en avant, battant Vitoria (66-63), puis le CSKA Moscou (67-66) – tenant du titre aux moyens quatre fois supérieurs – pour ensuite aller chercher un premier succès à l’extérieur sur le parquet de l’Etoile Rouge (74-72).

Si bien qu’après huit journées, soit presque un quart de la saison régulière, voilà la surprenante équipe française huitième (5V, 3D), à un succès seulement des six premiers, et virtuellement qualifiée pour les playoffs. D’où la question: cette histoire peut-elle durer?

Y rêver, oui, se mettre une pression, non

"Pour moi les playoffs, c’est l’objectif depuis le début. Mais y penser, c’est encore trop tôt, parce que c’est une longue, longue saison qui nous attend, chaque match sera un challenge à relever. Donc l’idée, c’est plutôt de penser au prochain adversaire." Les paroles de l’ailier David Lighty résument assez bien l’état d’esprit des troupes: à Villeurbanne, prononcer le terme "playoffs" en cette mi-novembre n’est pas un gros mot. Ce qui n’empêche pas une certaine prudence, comme le souligne TJ Parker, assistant coach: "Il reste encore 26 matchs d’Euroleague, et là on va commencer à jouer les top équipes. Pour le moment, il s’agit juste de prendre ce qu’il y a à prendre, on est vraiment contents d’être là, de participer, tempère-t-il. Gagner le plus de matchs possibles, c’est déjà un super objectif. Penser aux playoffs, c’est un peu gros, mais on ne sait jamais, on ne sait jamais...” 

S’il a conscience que l’ASVEL n’a pas les moyens, ni l’expérience d’un Khimki Moscou, d’un Maccabi Tel-Aviv, d’un Barça ou d’un Real, le frère de "TP" ne veut pas faire de complexe d’infériorité pour autant. "On ne va pas se dire à chaque fois qu’on gagne un match que c’est un exploit, poursuit-il. L’année dernière on a évolué à un super niveau en Eurocup (défaite en quarts, ndlr), on a battu de belles équipes, et certaines formations d’Euroleague sont peut-être un cran en-dessous de ces équipes-là. Nous aussi on a une belle équipe, on peut gagner des matchs!"

Une belle équipe, et une équipe qui a la chance de pouvoir jouer libérée. "Il ne faut pas trop se focaliser sur les playoffs, mais on peut rêver de goûter à cette ambiance, estime le pivot Ismael Bako. On n’a pas énormément de pressions, nous sommes des 'underdogs' (des outsiders), donc ça nous donne envie…"

Un bon bilan à domicile, la clé vers les playoffs

Ces trois dernières saisons, pour finir dans le top 8 et atteindre les playoffs d’Euroleague, un bilan légèrement supérieur ou égal à 50% de victoires suffisait. Mais ces trois dernières saisons, l’Euroleague se disputait à 16 équipes, et non à 18. En 2019-2020, on peut estimer (à la louche) que la huitième place se jouera à 18, 19 ou 20 victoires en 34 journées. Autrement dit, un carton à domicile, associé à une poignée de succès à l’extérieur, pourrait permettre à l’ASVEL de réaliser cette sensationnelle performance.

Cela tombe bien: en quatre matchs à l’Astroballe, le champion de France a signé quatre victoires. "C’est le 'home-court advantage' comme on dit, vous êtes supposés gagner à la maison, c’est comme ça, sourit l’Américain Lighty. On ne baisse jamais les bras, on croit toujours en nous, et on essaye d’appliquer le plan de jeu le mieux possible." En bénéficiant du soutien des 5.000 et quelques fans présents dans les gradins. "A domicile avec le public, on peut battre n’importe qui, veut croire TJ Parker. Même à -10 ou -8, ça va nous arriver plus d’une fois en Euroleague, si tu as le public derrière toi ça te donne une énergie supplémentaire."

Mais rester invaincu dans le Rhône ne sera pas aisé non plus. Si l’ASVEL s’est offert le scalp du CSKA, d’autres bêtes se profilent à l’horizon: l’Efes Istanbul, co-leader, ce mardi soir (20h45, sur RMC Sport 2), Fenerbahçe vendredi, le Khimki et le Real Madrid pendant les fêtes de fin d’année… Bref, ce ne sera pas de tout repos.

ASVEL-Panathinaikos
ASVEL-Panathinaikos © Icon

La fatigue, l’ennemi numéro 1

Ce qui nous amène à la question primordiale de la fatigue. Entre la Jeep Elite, dont elle est leader invaincue, et l’Euroleague, l’ASVEL va devoir subir jusqu’en avril un rythme infernal. Au risque de casser la machine? C’est ce que se demande Stephen Brun. "J’attends de voir, glisse le consultant RMC Sport. L’ADN de Mitrovic, quand on regarde son background, c’est qu’il a toujours marché sur le championnat en début de saison, quand son équipe avait de la fraîcheur physique. Mais je veux voir si dans deux ou trois mois, les joueurs auront encore des cannes…"

Pour le moment, TJ Parker se veut rassurant. "On a un gros effectif depuis deux ans, TP a bâti une équipe pour performer dans deux compétitions, on a doublé tous les postes", observe-t-il. "Tout le monde est un peu fatigué, mais le moral est très bon, ça rigole, on bénéficie aussi de bons soins, les kinés sont là pour nous, complète Ismael Bako. On a une bonne organisation: on est très focus, on n’a pas beaucoup de temps pour s’entraîner, alors on va droit au but." L’assistant coach sait toutefois que cela pourrait vite changer. "Physiquement, on sait qu’il y aura des moments plus durs, glisse TJ Parker. Là on est sur une bonne dynamique, les victoires aident, mais il faudra voir comment on réagit dans les moments de creux. On verra quand le coup de mou arrivera. Mais on fait tout, avec le staff, pour permettre aux joueurs de récupérer les lendemains de match. C’est la seule chose qu’on peut contrôler."

Il faudra voir si l’équipe se relève après une ou deux désillusions, donc, il faudra voir si elle est capable de vite réintégrer les joueurs blessés, comme Antoine Diot, et comment elle réagira si jamais elle vient à décrocher en Jeep Elite, aussi. Le flou est global, et ce n’est pas anormal en milieu d’automne. "Tout ce qu’on prend, c’est déjà bon, résume Frédéric Weis, consultant RMC Sport. Pour le moment il n’y a rien à dire, après il faut savoir que l’ASVEL est un rookie, c’est une équipe novice dans la compétition. Et au bout d’un moment, elle risque d’être confrontée au 'rookie wall', c’est à dire qu’il y a tellement de matchs à gérer que l’équipe peut se retrouver face à un mur. Je pense qu’on va être fixés assez rapidement, puisque dans les 23 jours qui arrivent, l’ASVEL va disputer neuf matchs. Un match tous les deux jours et demi! Et là, on saura si cette équipe peut aller en playoffs ou pas."

Clément Chaillou avec CM