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Union OL-ASVEL: pourquoi ça pourrait marcher

C’est l’annonce de la journée, l’Olympique Lyonnais devient actionnaire minoritaire de l’ASVEL, futur participant à la prestigieuse Euroleague. Comme partout en Europe, les unions football et basket sont légions, nous allons tenter de vous expliquer pourquoi.

Voilà, c’est fait. Après des mois d’attente, l’ASVEL, actuel finaliste du championnat de France Jeep Elite, vient de signer un partenariat avec l’Olympique Lyonnais, à travers une prise de participation minoritaire (25%). Le club de Jean-Michel Aulas devient officiellement actionnaire de l’équipe de Tony Parker et aura ainsi un droit de regard sur sa politique économico-sportive.

Au-delà d’une union symbolique entre deux acteurs majeurs du sport français, entre le prestige et l’aura de Tony Parker et la rigueur et le pragmatisme de Jean-Michel Aulas, ce mariage répond surtout à un impératif économique : celui d’exister, dès la saison prochaine, en Euroleague.

En effet, pour la première fois depuis de très nombreuses années, un club français va faire son retour dans cette compétition européenne prestigieuse, fermée et accessible uniquement sur invitation. L’Euroleague regroupe les meilleures équipes, les plus riches et les plus compétitives, comme le Real Madrid, le FC Barcelone, le CSKA Moscou, le Panathinaïkos…

Une économie très particulière

Pour l’instant, l’ASVEL fait figure de tout petit poucet, avec un budget qui passera à 10 millions d’euros pour 2019-2020 contre 21 millions d’euros en moyenne au sein de l’Euroleague. Les Rhodaniens ont un retard considérable qu’il faudra rapidement combler s’ils veulent faire bonne figure dans la compétition.

Le CSKA Moscou ou le Real Madrid ont des budgets jusqu’à trois à quatre fois plus élevés. Même le Milan ou le Bayern Munich, qui n’apparaissaient pas comme des monstres sportifs, vont présenter tous les deux un budget supérieur à 20 millions la saison prochaine.

Avec son budget de 2018-2019, l’ASVEL se serait située à la 14e place sur 16 au classement économique. Loin, très loin derrière les grandes équipes. Il va falloir trouver des liquidités, et rapidement. C’est donc tout l’intérêt de l’association avec l’Olympique Lyonnais.

Un système à perte sauvé par le football

L’autre élément important est la très mauvaise rentabilité et lucrativité de cette Euroleague. Lorsqu’on regarde de plus près, on constate un endettement cumulé supérieur à 200 millions d’euros, des déficits croissants pour de nombreuses équipes, comme le Real Madrid, à plus de 30 millions d’euros, ou 20 millions d’euros pour Fenerbahçe.

Les plus grands clubs de basket, sans exception, sont des gouffres financiers. Mais certains peuvent s’autoriser un endettement continu. Le Real Madrid et le FC Barcelone, par exemple, profitent de la richesse des clubs de football. Quand le Real gagne en foot, il vient assécher la dette de son club de basket.

Les clubs de foot payent le manque à gagner de la Ligue parce qu’ils profitent de la visibilité internationale d’une Euroleague considérée comme le deuxième championnat de basket le plus important au monde, derrière la NBA.

Les recettes des clubs de basket sont faibles, toutes inférieures à 15 millions d'euros, à travers la billetterie, le sponsoring et les droits TV. L'écart entre budget et recettes grandit et l'endettement s'accroit alors. Mais les clubs de foot épongent la différence afin de profiter de l'engouement populaire et de la médiatisation continentale.

Alors, est-ce vers cela que se dirige l’ASVEL, via cette nouvelle collaboration avec l’Olympique Lyonnais. Le club septuple champion de France de foot va-t-il devenir le financier officiel des hommes de Zvezdan Mitrović ?

Pour Gaétan Muller, interrogé le 17 décembre dernier sur le plateau de Buzzer sur RMC Sport, ce n’est pas vers cela que se tournerait le club. "Notre objectif n’est pas du tout d’aller sur ce type de budget avec des pertes de 30 M€. C’est un budget qui peut fonctionner pour des clubs omnisports comme le Barça ou le Real Madrid, où on sait que c’est le football qui injecte pas mal d’argent et qui vient éponger. On est sur un modèle beaucoup plus fiable. On veut élever nos recettes et surtout réfléchir à différentes choses, comme la formation notamment". Justement, la "Tony Parker Adequat Academy" va ouvrir ses portes en septembre et former de jeunes joueurs. Espérons que ce projet soit mené à bien.

Pierre Rondeau