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Sekou Doumbouya, le golgoth français qui veut assommer la NBA

Sekou Doumbouya

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Drafté en 15e position en juin dernier, le basketteur français Sekou Doumbouya vient d'enchaîner, à tout juste 19 ans, quatre titularisations de suite avec les Detroit Pistons en NBA. L'occasion pour ce phénomène de précocité de signer un monstrueux dunk la nuit dernière, et d'attirer un peu plus les regards.

Une prise de balle, une petite feinte, une accélération, et une impulsion folle pour "claquer" un dunk tout en puissance au-dessus de la tête du pauvre Tristan Thompson, l’ancien monsieur Kardashian. Si certains observateurs n’avaient pas encore noté son nom, cette fois tout le monde est prévenu: Sekou Doumbouya vient de faire une entrée fracassante dans le monde de la NBA.

Grâce à une action de classe lors du match Cleveland-Detroit (113-115) dans la nuit de mardi à mercredi, le basketteur franco-guinéen, tout juste 19 ans, enflamme depuis quelques heures les réseaux sociaux. De ce côté de l’Atlantique – chauvinisme oblige – mais surtout de l’autre, où le monde du basket américain salue les qualités athlétiques du jeune ailier fort. Un phénomène de précocité à qui l’avenir pourrait assez vite sourire…

Drafté à 18 ans parmi les tout meilleurs

Entre Doumbouya et la NBA, l’histoire a officiellement commencé le 20 juin dernier, lors de la fameuse draft, la sélection des meilleurs jeunes par les équipes du championnat nord-américain. Avant l’événement, "Sekou", qui sortait d’une saison en Jeep Elite avec le Limoges CSP, était annoncé par les médias spécialisés dans le top 10 des joueurs les plus rapidement piochés. Autrement dit, Doumbouya pouvait aussi faire aussi bien, voire mieux que Frank Ntilikna, le Français sélectionné le plus haut de l’histoire à la draft (8e position par les New York Knicks en 2017). La preuve, déjà, d’une solide réputation.

Placé dans la "Green Room", avec la crème de la crème des joueurs universitaires, Doumbouya sera finalement pioché en 15e position par les Detroit Pistons, soit en peu en-deçà des prédictions. "C’est l’endroit idéal pour moi, c’est une franchise qui a une histoire", confie alors l’intéressé, qui rejoint dans le Michigan les stars Blake Griffin, Andre Drummond, et surtout son idole: le meneur Derrick Rose, MVP 2011 en NBA.

Il a dû patienter durant tout l'automne

Doumbouya devra pourtant se montrer patient avant de faire ses débuts dans la cour des grands. Officiellement pour un protocole lié à une commotion cérébrale, officieusement pour se faire les dents ("Jouer en NBA va lui demander une énorme adaptation, le jeu ici n’est pas le même qu’en Europe", avait prévenu son coach Dwane Casey), l’ailier est envoyé à l’automne en G League, la ligue de développement de la NBA, sorte de championnat des équipes réserves permettant aux jeunes joueurs d’acquérir un peu d’expérience et de temps de jeu. Avec une moyenne de 16,5 points et 5,3 rebonds en 15 matchs, Doumbouya s’y illustre tout particulièrement. Cela lui permet de faire en décembre ses premières apparitions avec les Pistons (deux, trois, quatre minutes par-ci, par-là), avant que le nouvel an ne marque un véritable tournant.

Le 3 janvier, en l’absence de Griffin, Doumbouya est titularisé pour la toute première fois face aux redoutables Los Angeles Clippers. Detroit s’incline logiquement (126-112), mais le Frenchie se fait remarquer en signant un double-double, avec 10 points et 11 rebonds, malgré une faible réussite au tir (36%). Suivront trois autres titularisations consécutives contre Golden State (16 points), les Lakers (11 points), et donc Cleveland (15 points), dans la nuit de mardi à mercredi. De bon augure, d’autant plus que Blake Griffin vient de se faire opérer du genou gauche, ce qui devrait permettre à Doumbouya de se montrer encore, même si les Pistons (actuels 10es de la conférence Est) ne joueront pas les premiers rôles. "Il lui arrive encore de se perdre un peu sur le parquet, mais il apprend très vite, observait il y a quelques jours son équipier Andre Drummond. C’est un super défenseur et un sacré athlète. J’ai hâte de voir ses progrès."

Il a quitté la Guinée avec sa mère à l'âge de neuf ans

S’il a encore tout à prouver pour réussir dans la durée en NBA, Sekou Doumbouya peut déjà se satisfaire du chemin parcouru depuis sa naissance à Conakry, en décembre 2000… Fils d’un général de l’armée guinéenne ("je sais qu’il est, pour l’une des premières fois, fier de moi", confiait le joueur au Parisien), l’ailier a dû quitter à neuf ans son pays natal et un environnement familial délicat, en compagnie de sa mère et de ses trois sœurs. Direction Fleury-les-Aubrais, en banlieue d’Orléans, où tout n’est pas rose…

Le garçon, décrit comme jovial et sociable, se fait des amis dans son quartier, mais voit sa mère trimer. La famille, sans papiers, est en plus menacée d’expulsion. "Rien que le fait de nous élever toute seule, c’était compliqué pour elle, racontait Doumbouya au printemps dernier, dans un reportage de Buzzer, sur RMC Sport. Je la voyais rentrer le soir, avec des courbatures, elle avait mal partout… Dès fois je me mettais dans ma chambre et je pleurais. Ce sont des moments que je n’oublierai jamais. Je pense que mon histoire a commencé par là. Quand je voyais ma mère dans le mal, je n’avais qu’un objectif en tête: réussir dans ce que je faisais."

Avant les parquets, le rectangle vert

Côté sport, c’est pourtant dans le football que Doumbouya envisage d’abord de percer. "Le basket, ça ne me parlait pas, reconnaît-il. Pour moi c’était le foot, le foot, que le foot." Jusqu’à ce qu'il croise un jour le chemin de son mentor, Benoist Burguet, formateur au club de Fleury. "C’était d’abord un footballeur, il aimait jouer ici, dans le quartier, se souvenait le technicien dans le sujet de Buzzer. Je l’ai croisé une ou deux fois, et un jour à la sortie de la piscine je l’ai interpellé en allant chercher les clés du gymnase, pour lui proposer d’essayer le basket."

Petit détail: Doumbouya, 11 ans et élève de CM2, mesure alors… 1m84. "Dès qu’il a commencé, il dribblait main droite, main gauche, il changeait sans problème, se remémore Burguet. Je lui ai dit: 'Mais tu as déjà joué au basket?' Il me répond 'non'. Et lors du premier match amical, contre un petit club d’à côté, je l’ai vu prendre la parole dans le vestiaire, répéter les consignes à ses partenaires…" La naissance d’un prodige. "Quand on lui retirait le ballon, il boudait, s’amuse son premier coach, qui a aidé en parallèle toute la famille dans ses démarches administratives. Il n’a pas éclairci que sa vie, il a éclairci le basket. A l’échelle locale, il y a des gens qui venaient au gymnase pour voir jouer spécifiquement Sekou Doumbouya, alors qu’il n’était que benjamin ou minime…"

Une ascension fulgurante en France

A l’adolescence, tout s’accélère. Après le pôle espoir d’Orléans, il intègre à 13 ans l’INSEP, l’élite de la formation française. Et suscite, déjà, des convoitises. Doumbouya, 2m05, plus de 100 kilos sur la balance, est sollicité par d’obscurs intermédiaires, par des collèges américains et des grands clubs européens (le Real Madrid et le Barça, notamment) qui n’hésitent pas à proposer à la famille argent, maison et/ou voitures. "Tous les jours, j’avais peur que quelque chose ne tourne mal, souffle Burguet. Il était tellement harcelé qu’il fallait qu’on lui choisisse un agent pour le protéger, et couper court à tout ça…"

Pour des raisons disciplinaires, Doumbouya est écarté de l’INSEP avant sa troisième année. Ce n’est pas un problème: à 15 ans, ses agents Bouna Ndiaye et Jérémy Medjana lui font signer un premier contrat pro à Poitiers (Pro B), club réputé pour sa formation. La même année, en 2006 donc, l’ailier qui vient d’être naturalisé participe avec la France au championnat d’Europe des moins de 18 ans. Les Bleuets remportent la compétition, Sekou est nommé dans l’équipe-type. Un sans-faute.

Pendant deux saisons avec le PB86, le monstre physique s’habitue au haut niveau dans l’antichambre de l’élite, progressant notamment sur le plan technique. Parfois dissipé en dehors des parquets, sans poser de problèmes pour autant, Doumbouya continue de séduire. A l’été 2018, il rejoint le Limoges CSP, mythique club de Jeep Elite. Il n’y restera qu’une saison, avant de prendre son envol pour les Etats-Unis. La suite? A lui de l'écrire.

Clément Chaillou