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Armstrong et Oprah : entente trop parfaite

Oprah Winfrey et Lance Armstrong

Oprah Winfrey et Lance Armstrong - -

Encore moins que la veille, l’animatrice d’OWN n’a pas bousculé son invité. Tout ce qu’elle voulait, c’était émouvoir. Armstrong lui a servi des larmes, parlant famille et remords. Les vraies questions restent entières.

Cette fois, Oprah a fait du Winfrey. Comme avec Marion Jones en 2008, le second volet des confessions de Lance Armstrong, vendredi, a versé dans le pathos. Autant hier, le Texan a pris sur lui toutes les erreurs commises par le passé, autant cette fois, il n’a plus été question de sport, de rapport, d’instance, de dates, de protocole, de preuves. La présentatrice l’a d’ailleurs avoué : « Ce n’est pas l’avenir du sportif qui m’intéresse, mais celui de l’homme ». Tous ceux qui ont été ostracisés par l’ex-vainqueur du Tour pendant près de 15 ans, les LeMond, les Andreu, les anciens coéquipiers et membres d’équipes passés à confesse, les journalistes teigneux, en sont restés pour leurs frais.

Il a beaucoup été question de famille pendant les quarante minutes du deuxième opus. Armstrong a fait comprendre que Kristin, sa première femme, « savait ». C’est elle, poursuit le Boss, qui lui a demandé d’arrêter le dopage lors de son retour à la compétition en 2009. « Je lui ai promis, et j’ai tenu parole. » C’est Luke, son fils ainé de 13 ans, qui aura fait briser le silence, le début de la catharsis. « Quand j’ai vu qu’il me défendait ces derniers mois, j’ai compris qu’il fallait parler. » Les larmes sont arrivées. Oprah était aux anges. La présentatrice a effleuré la fuite des sponsors, le lâchage de Livestrong, la question de la donation d’Armstrong à l’USADA, pour retourner de plus belle dans la thérapie de son invité. « Quand avez-vous compris que vous aviez détruit des vies ? », interroge Oprah, avec gourmandise. Et l’ex-coureur de parler de sa mère « wrecked (dévastée) ».

Pas un mot sur Bruyneel en 2h30 de programme

Armstrong dira qu’il juge sa radiation à vie trop sévère, qu’il brûle de revenir à la compétition, mais ce sera tout. En 2h30 de programme, jamais le nom de Johan Bruyneel, l'indissociable manager de l’Américain, n’aura été prononcé. Pas plus sur Greg LeMond, le rival de toujours. La veille, Michele Ferrari avait eu droits à trois petites minutes. Les accusations de Betsy Andreu, un dégagement en touche. Omissions répétées. Pourtant, Oprah a demandé si quelqu’un « savait toute la vérité ». Rire curieux de l’invité, qui s’en sortira avec un « Yeah »… Sans relance, sans suite. Faute professionnelle. Bilan ? « Entertaining » comme disent les Américains. Un moment d’histoire sans histoires. Armstrong n’aura pas été poussé dans ses retranchements, loin s’en faut, par la patronne d’OWN, trop heureuse d’avoir attiré quelques millions de téléspectateurs. Il y a quelques mois, Discovery Channel, déçue par les résultats deux ans après le lancement, envisageait d’arrêter la chaine. 

Louis Chenaille