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Mondiaux : Bouhanni, la préparation solitaire

Nacer Bouhanni

Nacer Bouhanni - AFP

Désormais rangé parmi les meilleurs sprinteurs de la planète, Nacer Bouhanni sera l’une des principales cartes de l’équipe de France pour le championnat du monde en ligne ce dimanche à Ponferreda (Espagne). Le tout après une préparation où le Vosgien a dû se débrouiller en solo.

Jusqu’ici, aucun ne s’est habillé d’arc-en-ciel de cette façon. Sur les huit Français champions du monde en ligne, pas un n’a été titré au bout d’un sprint réunissant les meilleurs spécialistes du genre. André Darrigade (1959) et Laurent Brochard (1997) n’avaient réglé qu’un petit groupe d’échappés. Pour le reste, une page blanche. Sur laquelle va tenter d’écrire Nacer Bouhanni. Trois étapes et le classement par points sur le Giro, deux étapes de la Vuelta : après avoir confirmé son rang parmi les meilleurs purs sangs du peloton cette saison, le Vosgien se présente comme l’un des favoris pour le titre mondial en cas d’arrivée au sprint à Ponferreda. Pour l’épauler, Bouhanni pourra compter sur Geoffrey Soupe, son poisson-pilote de la FDJ.fr, et Kevin Reza.

De quoi compenser, peut-être, une préparation un brin particulière. Après son abandon au cours de la 14e étape de la Vuelta, volontaire selon lui, punition de son équipe pour ses propos dans la presse selon la rumeur, le futur coureur de Cofidis a en effet vécu une approche solitaire des Mondiaux. Prévu au Tour du Doubs et au GP d’Isbergues, il n’a pas pu y prendre part, suspendu par la FDJ.fr pour une sortie médiatique peu appréciée. Après une semaine post-Tour d’Espagne avec seulement quinze heures de vélo « pour récupérer », le sprinteur a donc pris la direction de son fief, les Vosges, pour un stage à Gérardmer avec son entraîneur Jacques Decrion et son frère Rayanne, champion de France juniors. Désavantage par rapport à la concurrence ? « C’est quand même bien de courir, répond l’intéressé. Mais j’ai fait des sorties de sept heures à l’entraînement, reproduit des grosses intensités comme si j’étais en course. » Soupe embraye : « Quand il est chez lui, il sait se préparer bien ».

« C’est plus un tueur sur le vélo qu’un sprinteur »

Quid, alors, des dégâts mentaux après une période de conflit avec la FDJ.fr ? « Ça ne m’a pas du tout atteint mentalement, balaye Nacer. Il me restait trois semaines à tenir donc j’ai fait les sacrifices nécessaires. En fin de saison, ça se joue dans la tête. Il faut en vouloir, tout donner, et j’aurai le temps de souffler après. Et puis en général, quand je suis dos au mur, je suis encore plus motivé. » Délesté d’un kilo depuis la Vuelta, Bouhanni arrive sur le circuit de Ponferreda plein d’appétit : « On est là pour le titre. Si je termine deuxième ou troisième, je serai déçu. Si je suis là dans le dernier tour, je serai prêt à mourir sur mon vélo, à donner le maximum jusqu’à ce que je ne puisse plus respirer. » La formule claque, témoin d’une priorité devenue unique. « Je ne l’ai jamais vu aussi motivé, précise Soupe. Il ne pense plus qu’à ça depuis la Vuelta. C’est un parcours qui lui convient vraiment. Il est possible de gagner et il se l’est clairement mis en tête. Il sera là dans le final. Physiquement comme mentalement, il est prêt. »

Même les deux (petites) difficultés du parcours et la distance (254,8 km) ne lui font pas peur. « Sur certaines étapes de la Vuelta, il était au niveau des meilleurs puncheurs», se souvient Soupe. « Quand j’ai été champion de France en 2012, la distance était équivalente », poursuit Bouhanni. « C’est plus un tueur sur le vélo qu’un sprinteur, complète Warren Barguil. Quand il veut, il passe les bosses. Il peut le faire ce dimanche et si on arrive à une quarantaine de kilomètres, pour rivaliser face à un Degenkolb, il n’y a personne dans notre équipe, à part Nacer. Et quand il a quelque chose en tête et qu’il veut gagner, il fait tout pour. » Clin d’œil du destin, Ponferreda est une étape répertoriée du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Et si le chemin de croix solitaire de sa préparation portait Bouhanni vers un sacre mondial en pleine lumière ?

Alexandre Herbinet avec Georges Quirino à Ponferrada