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Dopage : Dr Ferrari, méthodique et diabolique

Le Dr Ferrari (à gauche)

Le Dr Ferrari (à gauche) - -

ENQUETE. Le Dr Ferrari, qui a été le principal référent de Lance Armstrong, a développé dans les années 1990-2000 un système de dopage presque infaillible. La vérité apparait ces derniers jours, notamment grâce aux témoignages des repentis.

« Il vous entraîne, il s’occupe de vous, il vous donne les protocoles médicaux, les produits qu’il faut utiliser. Et d’un seul coup, vous montez les côtes comme si vous étiez sur un coussin d’air, sur un nuage. C’est fabuleux de pédaler comme ça. » Cyrille Guimard n’a pas oublié l’impact du Dr Ferrari à l’aube d’une nouvelle époque pour le cyclisme, au début des années 1990. « Il est devenu un dieu » se rappelle l’ancien directeur sportif de Castorama, alors incapable de contrer cette nouvelle concurrence. L’Italien débute son sombre règne, fait de relations, d’efficacité, de règles strictes. Son atout majeur sera sa connaissance de l’EPO. Et du test qui sera censé détecter son utilisation…

« Je connais un ami très proche du Professeur Conconi qui m’a dit exactement comment fonctionne le test EPO pour ne pas être contrôlé positif ». Ces mots sont ceux de Lance Armstrong, selon son ancien coéquipier Jonathan Vaughters, cité dans le rapport de l’USADA. Cet « ami très proche » de l’homme qui a inventé le test de l’EPO, c’est Michele Ferrari. Entre Ferrari et Conconi, entre la malhonnêteté viscérale d’un préparateur prêt à tout et la position « incestueuse » d’un spécialiste de l’EPO devenu président de la commission médicale de l’UCI, la connexion est suspecte. Forcément. Mais personne, ou presque, ne bronche. Et le Dr Ferrari s’installe dans le peloton.

Des formules « tout compris »

Sa règle d’or ? « Tout ce qui n’est pas détecté par les contrôles n’est pas du dopage ». Comprendre que si le taux d’hématocrite ne doit pas dépasser les 50% fixés par l’UCI, il est possible de prendre de l’EPO jusqu’à atteindre 49,99% ou alors de descendre in extremis sous la limite. L’US Postal adopte Michele Ferrari en 1998. Il est de tous les stages, propose toute sorte de produits. Comme cette désormais fameuse solution buvable Andriol, à base d’huile d’olive et de testostérone. Mais il convie aussi ses autres protégés, qu’il choisit lui-même en fonction de leur potentiel, à des préparations en altitude, près de ces domiciles à St-Moritz, au Lac de Come ou dans les Canaries.

L’entreprise Ferrari fonctionne. Et rapporte. D’après George Hincapie, chaque coureur de l’US Postal payait le Dr Michele Ferrari 15 000 dollars par an. A verser sur des comptes en Suisse. « Le diable » se fait aussi rémunérer au rendement. D’après les révélations de La Gazzetta Dello Sport sur l’enquête menée depuis deux ans par la justice italienne, le Dr Ferrari vend également des formules « tout compris » à des cyclistes de haut rang et à d'autres sportifs, avec des programmes de dopage, des informations pour tricher lors des contrôles et les services d'un avocat en cas de résultat positif. Aujourd’hui, il donne encore des conseils grâce au site internet administré par son fils...

LP, GQ, MBo