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En attendant, Armstrong rase les murs...

Lance Armstrong

Lance Armstrong - -

Discret depuis ses aveux de dopage, Lance Armstrong a fait une réapparition médiatique dans la presse texane. Si son mode de vie n’a pas changé, l’ex-cycliste doit désormais accepter de vivre avec la honte chevillée au corps. Mais il rêve de s’offrir une rédemption à l’image de Bill Clinton.

Il maîtrise l’art du contre-pied médiatique. Comme si les années à vendre l’histoire de « Lance le crapaud dopé » comme celle d’« Armstrong le prince champion » avaient fini par faire de lui une anguille. Alors quand on cherche à prendre des nouvelles de Lance Armstrong quelques semaines après ses aveux de dopage chez Oprah Winfrey, se tourner vers les médias sportifs ou mainstream ne sert à rien. Il faut plutôt feuilleter les pages de Texas Monthly, un mensuel texan. Ami d’Armstrong depuis douze ans, le journaliste Michael Hall a pu rencontrer le garçon dans son domicile texan, à Austin. Le thème ? La rédemption. Ou comment Lance espère faire (un peu) passer tout ça aux oubliettes avec le temps.

L’occasion, aussi, de savoir ce que l’intéressé avait pensé de ce qui avait été dit sur ses aveux. Trop calculateur. Pas vrai. Pas ému. Lance a tout entendu sur sa prestation. « C’était un bain de sang, explique Armstrong. Mais on s’y attendait. Il faut l’accepter. Il fallait que ça se passe comme ça avant de pouvoir se dire : ‘‘OK, on va essayer de changer les choses’’. Il y a des jours où je me dis : ‘‘Je n’aurais pas dû faire cette interview’’. Mais ensuite, je regarde mes enfants, la façon dont ils se comportent, dont ils interagissent avec les autres. Je vois la façon dont mon fils joue au basket, dont il s’accroche et se bat, sa détermination. Et je vois un enfant différent de ce qu’il était avant. »

« Mes enfants vont grandir avec ça »

Depuis son passage chez Oprah, Armstrong n’a pas changé son mode de vie. Cyclisme, natation, course à pied, l’ex-futur triathlète continue de s’entraîner. De sortir dans Austin avec sa compagne, Anna. « Même si je suis sûr que cela va arriver, personne n’est encore venu vers moi pour me dire : ‘‘Hey l’enc…’’ » Vivre avec le jugement extérieur. Et s’y faire. « Cette tâche ne disparaîtra pas, insiste Lance. Mes enfants vont grandir avec ça. Je ne m’en débarrasserai jamais. Je dois juste essayer de faire de mon mieux pour ma famille, ma communauté et tous ceux qui me soutiennent. »

Le regard tourné vers Austin, son fief. Où, plus qu’ailleurs, son nom était synonyme de gloire. Où il est désormais attaché à une certaine forme de honte. « Tout cela était trop parfait, admet Armstrong. Désormais, certains veulent faire de moi un monstre. Je n’étais pas un héros. Mais je ne suis pas un monstre. » Beaucoup ont du mal à le croire. « On peut comprendre le dopage, juge un cycliste local. Mais l’intimidation des autres… Aucun athlète ne devrait faire ça. Aucun être humain ne devrait faire ça. »

« Bill Clinton l’a fait. Cela peut donc être fait »

Sensible sur le sujet, Armstrong déteste cette vision de lui en vulgaire brute de cour d’école. « Je préfère appeler ça de la provocation et une attitude de défi plutôt que de l’intimidation, précise-t-il. Je ne pense pas que ces choses aient été présentées de façon juste dans les médias. Les faits sont là. Les gens peuvent juger. » A l’évidence, le chemin du retour en grâce public sera long. « On me parle de ‘‘route de la rédemption’’, de ‘‘troisième acte’’, indique Lance. Les gens l’évoquent dans des termes shakespeariens. »

Selon lui, seuls le temps qui passe et ses futures bonnes actions pourront l’aider dans ce sens. Avec un modèle : Bill Clinton, lui aussi forcé au mea-culpa public dans l’affaire Monica Lewinsky. Une façon de voir qui prouve combien Armstrong n’a pas pris conscience de ce que représentent ses aveux pour le cyclisme et le sport en général. Et combien l'homme reste calculateur jusque dans la déchéance. « Au bout du compte, avec le temps, les gens pardonnent, oublient et se souviennent des bonnes choses que vous avez faites, explique Lance. Est-ce difficile à faire ? Oui. Mais Bill Clinton l’a fait. Il aime travailler, il aime les gens et il aime se battre. C’est l’un de mes héros. Il est fort dans sa tête, intelligent et il a su bien s’entourer. Et dix ans plus tard, il est président du monde (sic). Cela peut donc être fait. » A lui de le prouver.

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Armstrong va écrire un livre|||

L’interview accordée à Texas Monthly par Lance Armstrong nous apprend un élément qui risque d’alimenter quelques fantasmes dans le monde du cyclisme. Celui qui s’est dopé pour remporter sept fois le Tour de France – titres aujourd’hui retirés – devrait en effet s’épancher dans les pages d’un livre qu’il compte écrire. Sans savoir encore exactement ce dont il va parler. « Désormais, il est temps pour moi de ne rien faire, glisse Armstrong. D’arrêter le saignement, de laisser les choses se calmer, de tracer un nouveau chemin. D’écrire un livre. Je ne sais pas encore de quoi il parlera. Je sais que je vais l’écrire mais je ne sais pas encore ce que je vais y dire. » On a déjà hâte de le feuilleter.

Alexandre Herbinet