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Genevois : « L’UCI a été sensible à nos exigences »

Bruno Genevois

Bruno Genevois - -

EXCLU RMC SPORT. L’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD) a conclu un accord avec l’Union cycliste internationale (UCI) pour les contrôles sur le Critérium du Dauphiné et Tour de France. Les explications de Bruno Genevois, son président.

Bruno Genevois, que signifie cet accord avec l’UCI ?

Le Tour de France et le Critérium du Dauphiné sont des compétitions internationales. En vertu du code mondial antidopage et du code du sport, leur contrôle relève normalement de l’UCI. Mais l’UCI peut convenir qu’il soit exercé par une agence nationale antidopage. C’est à cette fin qu’a été conclu un accord, après discussion entre nos deux institutions. Il donne compétence à l’AFLD pour contrôler ces compétitions, mais également pour diligenter des contrôles lors de la reconnaissance du parcours, donc en amont des compétitions. Ils peuvent être spécialement utiles compte-tenu de ce que nous savons ou croyons savoir de certains protocoles de dopage.

L’UCI vous donne accès à des informations…

L’UCI nous donnera le plein accès aux informations dont elle dispose sur la géolocalisation des coureurs cyclistes appartenant au groupe cible. Et l’UCI mettra à notre disposition des informations sur le profil biologique des sportifs, c’est-à-dire l’évolution de leurs paramètres sanguins pour voir si certains se rapproche de certaines limites autorisées.

Est-ce déjà effectif ?

Dans la mesure où l’accord est d’application immédiate, et conformément d’ailleurs à des souhaits qui avaient été exprimés par les organisateurs du Tour de France puisque la préparation commence dès la fin des grandes classiques, nous sommes armés en conséquence.

Comment allez-vous procéder aux contrôles ?

Pendant les compétitions, il est indispensable que les contrôles soient ciblés et inopinés. C’est le point sur lequel avait porté l’essentiel de la compétition. Il est entendu que jusqu’au dernier moment, on peut choisir les coureurs qui seront contrôlés à l’issue d’une étape. Nous tenions beaucoup à ce qu’il y ait un maximum d’incertitudes qui pèsent sur cette décision qui sera prise conjointement par l’AFLD et l’UCI.

La discussion sur les contrôles inopinés a-t-elle été difficile ?

Il y avait un problème sur le fait de savoir qui pouvait avoir le dernier mot. Notre souhait était qu’il n’y ait pas un laps de temps trop important entre le moment où on décide d’un contrôle et le moment où on l’effectue. Pour nous, jusqu’au dernier moment, il doit être possible de mieux cibler les contrôles. On a fait une expérience sur Paris-Roubaix. Il s’est avéré que la détermination des coureurs à contrôler s’est faite dans des conditions très satisfaisantes du point du vue de l’AFLD. Donc à partir du moment où, ce 7 avril, on a eu le sentiment que l’UCI jouait pleinement le jeu des contrôles inopinés, il n’y avait plus de raison majeure à ce que ça ne puisse pas être traduit dans un accord dans la perspective du Critérium du Dauphiné et du Tour de France.

Quelles sont vos relations avec l’UCI, qui étaient tendues à une certaine époque ?

Ce sont des relations qui ont été contrastées. Ça passe par des périodes d’accord ou d’interrogation. Là, les négociateurs de l’UCI étaient récemment entrés en fonction. Leur volonté était de tourner la page d’errements passés que je n’ai pas besoin de citer. Je crois qu’aujourd’hui, les tensions sont apaisées et c’est pour cela qu’un accord a été possible.

La semaine dernière, Travis Tygart, le patron de l’USADA, a critiqué à nouveau l’UCI. Pour vous, l’UCI conserve-t-elle une crédibilité sur le dossier des contrôles ?

Je crois qu’il faut preuve d’un minimum de pragmatisme. J’ai rencontré Travis Tygart la semaine dernière. Il est évident que la lumière doit être faite en ce qui concerne les errements du passé. L’USADA a une position très ferme sur ce point, de même que l’AMA. L’AFLD ne se désolidarise en aucune façon de cet effort. Et le but de l’USADA, qui est aussi un peu celui de l’AFLD, c’est à qu’à l’avenir le contrôle d’une compétition sur le sol national puisse être effectué par l’agence nationale concernée sans avoir à solliciter une quelconque autorisation. Mais cela ne sera possible qu’à la faveur d’une modification du code mondial antidopage, laquelle n’est envisagée qu’à compter du 1er janvier 2015 dans la meilleure des hypothèses. Dans l’intervalle, il fallait trouver un accord acceptable. Nous pensons être parvenus à ce résultat puisque l’UCI a été sensible à nos exigences.

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Propos recueillis par Georges Quirino