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Joop Zoetemelk : « La grande époque est passée »

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Dernier cycliste néerlandais à avoir remporté le Tour de France (1980), ambassadeur du départ de la Grande Boucle à Rotterdam, Joop Zoetemelk dresse un constat lucide sur le niveau du vélo batave.

Joop Zoetemelk, on ressent beaucoup d’enthousiasme de la part du public pour ce prologue du Tour à Rotterdam…
Ce départ à Rotterdam, les gens l’attendent depuis quelques années. Beaucoup d’efforts ont été faits pour que tout se passe bien. Le prologue est bon, l’organisation est bien rodée. Il ne manque plus désormais qu’une belle course avec beaucoup de spectateurs.

Comment expliquez-vous le paradoxe entre la culture du vélo aux Pays-Bas et le manque de résultats des cyclistes bataves ?
L’époque des Jan Raas, Hennie Kuiper… C’est fini tout ça. Mais je pense que ça va revenir tout doucement. De toute façon, les Hollandais aiment le vélo, qu’il y ait ou non des résultats. Ils suivront le Tour avec intérêt.

Que manque-t-il au cyclisme de haut niveau aux Pays-Bas pour réussir à nouveau ?
Il y a des hauts et des bas. La grande époque est passée. On est entré dans une période moins favorable. On peut espérer, comme la France, que la réussite revienne le plus vite possible et que l’on ait un vainqueur lors des championnats du monde, sur le Tour de France ou dans d’autres grandes courses.

Est-ce un problème générationnel ? Les jeunes ne préfèrent-ils pas d’autres moyens de locomotion plus modernes au vélo ?
Je le répète, le Hollandais aime le vélo. Il y avait une randonné ce matin (vendredi) à Rotterdam. Je crois qu’ils étaient 10 000 à répondre présents. Pour moi, ce n’est pas un problème d’envie. Il faudrait juste que nos coureurs obtiennent des résultats. En France et en Belgique, c’est pareil. Avant, c’était nous. Aujourd’hui, ce sont les Espagnols et les Britanniques qui dominent.

Quel regard portez-vous sur le cyclisme aujourd’hui ?
J’appréciais mieux celui de mon époque. On était plus proche des gens. Et puis, il n’y avait pas autant de monde autour de nous, autant de sollicitations, autant de médias. C’est le progrès qui veut ça. Il faut faire avec.

Les scandales de dopage n’ont pas gâché votre passion pour ce sport ?
Non. Le Tour de France est une course très dure, passionnante, que je suis à 100 % . Quand je ne suis pas dedans, je le regarde à la télé. J’aime observer les étapes de montagne. Non, j’apprécie toujours le cyclisme et le Tour.

Vous vivez une véritable histoire d’amour avec la Grande Boucle et avec la France puisque vous vivez ici.
Je vis en France, oui, mais quand je viens en Hollande, je suis 100 % hollandais. Même si je me sens bien en France, je reste hollandais dans mon cœur.

Propos recueillis par Pierre-Yves Leroux