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L’Espagne se sent trahie

Alberto Contador

Alberto Contador - -

Loin de crier au scandale, le pays a accepté avec résignation la culpabilité de son champion, suspendu un an mercredi par sa fédération. Le signe d’un changement de mentalité de l’autre côté des Pyrénées.

La suspension d’un an d’Alberto Contador a fait les gros titres des médias en ligne espagnols le temps d’une soirée. Mercredi, en fin de journée la sanction prise par la RFEC a fait la Une à Madrid et dans tout le pays, avant de disparaître au profit du football, Benzema, Messi et Adebayor détrônant le champion cycliste. A l’image d’El Pais, Marca, AS ou ABC, l’Espagne n’est plus derrière son ex-idole.

Au début de l’affaire, révélée fin septembre, le pays s’était montré solidaire de son champion. Les habitants de Pinto, dans la banlieue madrilène, avaient accueilli leur héros, qui avait reçu le prix du sportif espagnol de l’année et les soutiens à la pelle de personnalités. « Alberto est une personne propre, et un sportif propre », déclarait le secrétaire d’Etat aux Sports, Jaime Lissavetsky. On criait au complot, voire à la jalousie des Français, organisateurs de la mère des courses, mais désespérément en quête d’héritiers à Hinault et Fignon.

Révolution culturelle

C’est toute une époque d’impunité qui se termine. L’Espagne est en train de faire sa révolution culturelle en matière de dopage et très peu de voix s’élèvent aujourd’hui pour défendre le triple vainqueur du Tour. Même les médias sportifs, plus réticents à dénoncer ce phénomène, adoptent désormais une attitude presque résignée et ne sont plus disposés à prendre pour Evangile la parole de Contador, qui s’exprimera vendredi à Majorque, où il s’entraîne avec sa formation Saxo Bank-SunGard.

Le sentiment qui domine est celui de la trahison. Les nombreux cas de dopage avéré dans le cyclisme, dont le dauphin du vainqueur du dernier Tour d’Espagne, Mosquera, a révélé à la population la gravité de la situation. L’opération Galgo, qui a mis en lumière récemment un trafic de produits dopants impliquant l’athlète Marta Dominguez a aussi participé au changement. Enfin, les mises en garde répétées de l’UCI et de l’AMA, stigmatisant le laisser-faire espagnol en matière de dopage, a fini de sortir le pays de son rêve éveillé. Et Contador de chuter de son piédestal.

Louis Chenaille