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L’UCI dans l’œil du cyclone

Pat McQuaid, patron de l'UCI

Pat McQuaid, patron de l'UCI - -

La Fédération internationale de cyclisme, qui doit se positionner dans les prochains jours sur l’affaire Armstrong, est soupçonnée d’avoir couvert le coureur texan. Certaines voix s’élèvent pour affirmer que l’UCI était bien au courant des pratiques de dopage orchestrées par l’Américain.

L’affaire Lance Armstrong va-t-elle occasionner un dégât collatéral sans précédent ? Après que l’USADA ait transmis à l’UCI son rapport détaillé sur les méthodes de dopage organisé du coureur américain, la Fédération internationale de cyclisme est dans l’œil du cyclone. De graves soupçons de complicité avec le clan Armstrong planent en effet au-dessus de l’instance qui doit désormais se positionner sur cette affaire.

Pour le Canadien Richard Pound, ex-directeur de l’Agence mondiale antidopage (AMA), l’UCI a forcément fermé les yeux sur les agissements du Texan. « Ce n'est pas crédible de dire qu'ils ne savaient pas ce qu'il se passait, a déclaré l’ancien vice-président du Comité international olympique à l’AFP. Je me suis plaint auprès de l'UCI pendant des années. » Pound met en lumière des méthodes qui laissait la main libre aux tricheurs : « La course partait à 13h ou 14h et aucun test n'était effectué avant pour voir s'ils étaient chargés. » Toujours selon le Canadien, les coureurs bénéficiaient d’une heure sans contrôle après leur arrivée : « Il suffisait alors d'une solution saline ou d'un autre moyen de cacher les effets de l'EPO ou de quelque autre substance dopante. C'est à se demander si les contrôles n'étaient pas délibérément voués à l'échec. »

Hein Verbruggen a-t-il fermé les yeux ?

Au cœur de la tourmente, Hein Verbruggen, président de l’UCI entre 1991 et 2005. Interrogé la semaine passée par RMC Sport, le Néerlandais assure ne pas avoir protégé le Texan : « Je n’ai jamais dit qu’il ne s’est jamais dopé. Ce que j’ai dit, quand Landis est venu avec ses accusations, c’est que nous n’avons jamais eu un cas positif d’Armstrong. Et donc, que nous n’avons pas besoin de mettre les choses en-dessous de la table. Il n’y avait rien à arranger parce qu’on n’a jamais eu un cas positif. On n’a rien caché, jamais. »

Pour l’ancien directeur sportif, Cyrille Guimard, le dopage ne pouvait pourtant être ignoré par les dirigeants de l’UCI. « En 2000 et 2001, on avait demandé à Hein Verbruggen quand est-ce qu’il allait trouver de l’EPO car il y en avait partout. Il savait qu’Armstrong était en relation directe avec le docteur Ferrari durant les compétitions. D’autre part, Verbruggen a mis en place le Pro Tour, un circuit fermé, comme la F1, dont il était fan. Ce système induit des comportements mafieux. » Pour le consultant RMC Sport, celui-ci a perduré grâce à la complicité d’acteurs importants du cyclisme professionnel. Derrière Lance Armstrong, « qui va lui permettre de porter son projet », Guimard cite Johan Bruyneel (ex-directeur sportif de l’US Postal et récemment limogé de RadioShack-Nissan), mais aussi Bjarne Riis (vainqueur déchu du Tour de France en 1996 et actuel directeur sportif de la Saxo-Bank. « On ne sortira de cette affaire que lorsqu’on aura fini les investigations sur les complicités qui ont eu lieu à l’UCI », insiste Guimard. Bref, on n’a pas fini de parler de l’affaire Armstrong.

Aurélien Brossier