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La drôle d’affaire Baugé

Grégory Baugé

Grégory Baugé - -

L’UCI a retiré au pistard français ses deux titres de champion du monde acquis en 2011, après trois manquements au devoir de localisation en 2010. L’avocat du coureur, mais également la Fédération, contestent vivement. Bataille juridique en vue.

La « négligence » de Baugé
Le pistard de l’US Créteil a manqué trois fois à ses obligations en matière de localisation en 2010. Deux fois pour irrégularité dans la transmission des données de localisation et une fois pour ne pas s’être présenté à un contrôle antidopage. La 3e et dernière infraction remonte à la période d’avant-Noël. En mars 2011, le coureur décroche deux titres de champion du monde (vitesse individuelle et vitesse par équipes) aux Mondiaux d’Apeldoorn aux Pays-Bas. Le 30 septembre, l’UCI (Union cycliste internationale, ndlr) saisit la FFC. Le 8 novembre, la commission de discipline de la FFC (Fédération française de cyclisme), après avoir entendu Baugé, qui plaide la négligence, le sanctionne d’un an de suspension rétroactive entre le 23 décembre 2010 et le 22 décembre 2011. « Grégory a mal géré son agenda, il a manqué de sérieux », résume Florian Rousseau, l’ancien champion, DTN des pistards. Le 5 janvier, l’UCI informe la FFC qu’elle retire à Baugé « tous ses résultats obtenus pendant la période de suspension rétroactive. » L’Antillais est déchu de ses deux couronnes mondiales acquises aux Pays-Bas, mais il peut participer aux Jeux de Londres cet été. Vendredi, il effectuait des tours de piste sur l’anneau de l’INSEP avec son maillot de champion du monde…

La « schizophrénie » de la FFC
En le suspendant rétroactivement et sans priver l’athlète de ses résultats, la Fédération a estimé agir avec justesse. « (La FFC) a considéré justifié d’appliquer une sanction rétroactive à l’intéressé, et a estimé que les résultats obtenus à l’occasion des épreuves n’étaient entachés d’aucune irrégularité justifiant leur annulation. » En réalité la FFC a créé un précédent. Interrogés, juristes du sport français et étranger n’ont pas caché leur surprise. Une décision jugée « schizophrénique ». « Suspendre, c’est priver, explique l’un d’eux. Or dans le cas présent, le coureur n’a été privé de rien, ni de compétition, ni de résultats. » A l’UCI, on loue à demi-mot la « créativité » de la FFC. Tout aussi étonnante, la discrétion qui a entouré la procédure. Un juriste habitué des dossiers traités par le Tribunal arbitral du sport s’étonne que « la Fédération n’ait rien annoncé lors de sa décision en novembre ». A l’UCI, on indique qu’un communiqué de presse était prêt dès le 22 décembre, mais que la FFC ne paraissait pas désireuse de faire de la publicité autour du cas Baugé.

Le « coup de force » de l’UCI
Dans son communiqué, la FFC qualifie la décision de l’UCI d’« acte unilatéral » et s’interroge sur la question du « respect des droits de la défense ». L’avocat parle de « fait du prince » et de « coup de force ». A la Fédération internationale, on répond que le retrait des titres de Baugé n’aggrave en rien la décision de la FFC. « C’est la conséquence de cette décision que l’UCI a bien au contraire reconnu, plaide son porte-parole Enrico Carpani, mais il ne peut y avoir de suspension rétroactive sans annulation des résultats. » Reste que l’UCI pourrait se faire reprendre de volée sur le caractère unilatéral de sa décision. « Il semble que la Fédération internationale n’ait pas respecté le principe de contradiction, elle aurait dû entendre l’athlète », suggère un membre de la chambre arbitrale du sport du Comité olympique français. Selon l’expert, Baugé peut faire appel de la décision de l’UCI devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), juridiction d’appel de l’UCI. « Nous examinons les possibles recours », confirme l’avocat. Tous les ingrédients sont en place pour une belle bataille juridique sur fond de Jeux Olympiques…