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Que valent les premiers aveux d’Armstrong ?

Lance Armstrong

Lance Armstrong - -

En se contentant de maigres aveux face aux caméras, Lance Armstrong a déçu ceux qui espéraient en savoir davantage sur ses méthodes de dopage ainsi que sur les connivences en hauts lieux dont il a pu bénéficier n. Explications.

Le grand déballage tant attendu n’a pas eu lieu. Sur un ton glacial, Lance Armstrong est pourtant passé aux aveux, cette nuit, face à Oprah Winfrey. « Oui, j’ai pris des substances interdites, de l’EPO, de la testostérone ; oui, j’ai pratiqué des transfusions sanguines », a avoué le Texan pour la première fois. Seulement voilà, ce qu’a confié le Texan devant les caméras de télévision était déjà dans le rapport de l’USADA, dévoilé au mois d’octobre dernier.

A tous ceux qui espéraient en savoir davantage sur le système Armstrong, ses ficelles, ses réseaux, ses complicités, notamment au sein de l’UCI, il faudra (peut-être) encore patienter. « Le contenu de l’interview est vide, regrette Jean-Cyril Robin, ancien partenaire de l’Américain à l’US Postal (1997-1998). Il aurait pu aller plus loin sur certains dossiers. On aurait voulu en savoir plus sur les instances. Le cas Armstrong dure depuis de nombreuses années. Il a pourri le milieu du vélo et s’il dit qu’il n’a pas eu de relation avec l’UCI, celle-ci fait la politique de l’autruche. » L’Union Cycliste Internationale, justement, a réagi positivement aux déclarations de LA . « L’UCI accueille favorablement la décision qu’a prise Lance Armstrong de finalement dire la vérité et d’avouer avoir pris des substances interdites », indique un communiqué.

Vers une commission vérité et réconciliation ?

Du côté de la Fédération française de cyclisme, les maigres révélations du champion déchu n’ont surpris personne. « Il reste des questions au regard des complicités éventuelles dont Armstrong aurait pu bénéficier, remarque David Lappartient, son président. Je doute que nous ayons la réponse dans la deuxième partie. Ce que je vois, c’est que l’USADA demande à ce qu’il puisse témoigner sous serment avec des questions moins négociées comme cela a sans doute été le cas dans l’émission. Ce qui permettrait de poser des questions qui peuvent plus fâcher. »

En attendant le deuxième volet de cette interview, cette nuit, ces aveux en mode tarif syndical, resteront-ils sans suite ? Lance Armstrong s’est dit favorable à la création d’une commission vérité et réconciliation à laquelle il participerait. Pat McQuaid, président de l’UCI, approuve cette idée mais cette fameuse commission en est encore au stade de concept. De son côté, le Comité international olympique (CIO) a mis la pression sur Armstrong afin que celui-ci en dise davantage. Objectif : « Mettre un terme à ce sombre épisode », selon un communiqué. Quelle que soit l’évolution de cette affaire, il semble évident que Lance Armstrong, fin calculateur, n’a pas dévoilé encore tous ses secrets. A moins qu’il ne se les réserve pour sa défense face à la justice américaine…

Le titre de l'encadré ici

La justice US s’accorde un délai|||

Sur le plan judiciaire, les aveux de Lance Armstrong pourraient coûter cher au Texan. En reconnaissant avoir eu recours au dopage, l’ancien coureur pourrait à nouveau avoir à faire à la justice. Alors que le département américain de la justice a classé en 2012 une enquête de deux ans contre le coureur, ce dossier pourrait être ré-ouvert à la demande du gouvernement qui avait jusqu’à jeudi pour rendre sa décision, mais qui a finalement décidé de s’accorder un délai supplémentaire, comme le rapporte le Washington Post. Le ministère de la justice pourrait alors poursuivre le Texan pour parjure (pour avoir témoigné sous serment) après ses dénégations devant un grand jury fédéral en 2005, alors que les faits sont actuellement prescrits. Lance Armstrong est passible de cinq ans de prison. Il pourrait aussi être contraint de rembourser 1,14M€ à l’administration fiscale.

Aurélien Brossier avec PTa.