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Simeoni : « Avec le Dr Ferrari, aucun risque pour les contrôles »

Filippo Simeoni

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EXCLU RMC SPORT. Filippo Simeoni, qui avait subi la colère de Lance Armstrong pour avoir dénoncé le Dr Ferrari, a été l’un des clients du sulfureux médecin italien. Il dévoile les dessous de cette méthode dopante à grand succès.

Filippo, comment avez-vous connu le Dr Ferrari ?

Je l’ai connu en 1996. On m’avait beaucoup parlé de lui. Le docteur Ferrari était très connu en Italie. Il était réputé pour très bien « préparer » des athlètes de très haut niveau. Beaucoup de gens le considéraient en Italie comme une personne incontournable dans le monde du sport. Il était même très médiatisé. J’étais jeune. J’avais envie de me faire un nom. Je voulais être suivi par quelqu’un qui était à l’avant-garde. Quand je l’ai rencontré, nous avons fait plusieurs tests. Nous avons fait des stages en altitude pour préparer le Giro. L’objectif, c’était de me rendre plus fort encore. J’ai travaillé avec lui pendant un an. Il m’a conseillé d’utiliser certains produits qui n’étaient pas encore contrôlables. Il m’a orienté vers le dopage.

Est-ce facile de rentrer en contact avec lui ?

Non, pas vraiment. Il faut faire beaucoup pour arriver à lui. Mais au final, c’est surtout lui qui vient à vous. Il faisait lui-même une sélection d’athlètes avec lesquels il voulait bien travailler. Il organisait des rencontres pour réaliser des tests avec certains. Au bout de deux ou trois jours, il décidait s’il voulait continuer ou non de travailler avec la personne. Il ne voulait préparer que des athlètes qui avaient un gros potentiel. Pas question pour lui de perdre son temps avec des athlètes moyens.

Comment les « préparations » se déroulaient-elles avec le Dr Ferrari ?

C’est vraiment une personne très compétente. Il met énormément en avant l’importance de l’alimentation, de la préparation mentale, des entraînements, de l’aérodynamisme … Le dopage n’était pas l’essentiel de ses préparations. Mais il en a toujours parlé de manière très claire. Il nous disait très précisément comment il fallait se doper. C’était très « professionnel ». A l’époque, se doper n’était pas considéré comme un délit. Il parlait beaucoup d’hormone de croissance, de créatine, de cortisone… Personnellement, je n’ai pas entendu parler de transfusion sanguine. Cela n’existait pas à mon époque.

Quel était son discours par rapport aux contrôles antidopage ?

Il nous disait exactement comment il fallait réagir selon les situations, comment il fallait prendre les produits pour ne pas se faire repérer. Avec lui, c’était presque « aucun risque pour les contrôles ». Il connaissait par cœur la durée des effets des produits dopants et donc cela nous permettait de ne pas être contrôlé positif.

Aujourd’hui, beaucoup de coureurs hésitent toujours à dénoncer le système Ferrari. Aurait-il encore un pouvoir de nuisance ?

Je me suis rendu compte que j’avais été le seul coureur à le dénoncer (en 2001, ndlr). Tous les autres sont restés muets et ils ont continué à courir. Moi, j’ai payé pour avoir parlé ! Quant au pouvoir de nuisance de Ferrari, j’ai vécu beaucoup d’humiliations après mes aveux. Mais j’avais pris la décision d’être sincère. C’est encore le cas aujourd’hui. Je ne suis plus dans le milieu. On verra si le fait de parler me portera préjudice.

Avez-vous la conviction que le Dr Ferrari travaille encore avec le peloton ?

Je ne sais pas. Cela fait quatre ans que je suis retiré. Je n’ai plus de rapport avec ce monde-là. Comme on le voit dans le dossier de l’USADA, il est évident qu’il a des rapports internationaux, qu’il a un pouvoir important. Il y a des mouvements d’argent vers la Suisse et beaucoup d’athlètes étrangers. C’est une démonstration que l’organisation Ferrari est mondiale.

Comment le définiriez-vous ?

Pour moi, il était un mythe. Un génie qui savait comment t’entraîner, te nourrir, te donner les conseils pour ne pas être positif aux contrôles antidopage et aussi comment améliorer tes performances. Je pensais qu’il pouvait m’aider à devenir un meilleur coureur cycliste. Aujourd’hui, ce que l’on voit avec l’enquête de l’USADA, c’est que des dizaines d’athlètes étaient comme moi.

Le Dr Ferrari est encore en liberté…

Ce n’est pas à moi de juger si sa place est en prison. Je n’ai rien contre lui personnellement. J’ai simplement répondu aux questions d’un juge avec sincérité. Aujourd’hui, il faut qu’il réponde aux accusations de l’USADA.

Propos recueillis par GQ et MBo