RMC Sport

Europcar, entre fierté et doute

Pierre Rolland et Alberto Contador

Pierre Rolland et Alberto Contador - -

Avec le maillot jaune de Thomas Voeckler et la victoire de Pierre Rolland à l’Alpe d’Huez, Europcar, modeste équipe de deuxième division professionnelle, fait des jaloux. Des questions se posent sur l’attitude de certains concurrents. Pour Jean-René Bernaudeau, il y a des regards qui ne trompent pas. Malaise.

« Quand ça lâche, ça lâche ! » Thomas Voeckler a retrouvé (un peu) le sourire. Il a passé la ligne d’arrivée de l’Alpe d’Huez depuis quelques dizaines de minutes, quand il se pose pour répondre aux questions des journalistes. Il vient de rendre son maillot jaune et peut revenir, plus posément, sur ce qu’il a vécu ce vendredi dans le Télégraphe, le Galibier et les fameux virages vers la station de sports d’hiver. Alors il se lâche et répète les critiques émises à chaud. Avec les Néerlandais, qui l’ont sifflé, et les motos de télévision, qui ont selon lui aidé Alberto Contador (voir par ailleurs), les sujets de discussions sont nombreux… Le scénario de l’étape qui l’a vu perdre son maillot jaune en est un autre. Du genre épineux.

A Modane, sur la ligne de départ, l’Espagnol et Andy Schleck ont été vus en plein échange. Quelques kilomètres plus loin, le premier passait à l’attaque avec le second solidement ancré sur son porte-bagages. On les croyait rivaux. Auraient-ils conclu une alliance pour faire souffrir Thomas Voeckler et son équipe, Europcar ? « J’ai eu le sentiment qu’il y avait quelque chose de prévu ce matin (vendredi) pour faire sauter Cadel Evans mais aussi le petit coureur de la deuxième division parce que ça commençait à les gonfler, explique Cyrille Guimard, l’ancien directeur sportif de Bernard Hinault et Laurent Fignon. Le World Tour (première division), c’est un circuit fermé et par obligation, ça introduit un système mafieux. J’ai vu des choses aujourd’hui qui m’ont un petit peu gêné. »

De la gêne, Jean-René Bernaudeau en a également ressenti. Dans les yeux de certains cadors du peloton qui semblent ne pas vraiment apprécier la belle histoire d’Europcar, comme la résistance de Voeckler dans les Pyrénées l’avait déjà laissé sentir. « Il y a des grands champions qui ont détourné le regard quand j’ai voulu leur serrer la main, explique le manager de l’équipe vendéenne. Ce n’est pas très classe. Je ne vais pas citer leurs noms. Ils me font plus de peine qu’autre chose parce que ce ne sont pas les valeurs du sport. Mais je les emmerde un peu parce que ma dose de plaisir, aujourd’hui, elle est énorme. Contador a voulu faire plier des gens. Il a été battu, c’est un beau petit clin d’œil du destin. » Battu par Pierre Rolland, 24 ans et une licence de deuxième division. Ah, ces petits qui jouent dans la cour des grands…