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Evans n’est plus un « loser »

Cadel Evans

Cadel Evans - -

A 34 ans, il est le premier Australien vainqueur du Tour de France. Besogneux et bosseur, Cadel Evans récolte enfin les fruits d’un long travail. Et abandonne définitivement l’étiquette d’éternel deuxième qui lui collait à la peau.

Cadel Evans ne cherche même pas à masquer ses larmes. Trop content d’avoir remporté son premier Tour de France, mais surtout particulièrement marqué par le souvenir de son ancien entraîneur Aldo Sassi, décédé il y a quelques mois d’une tumeur au cerveau, l’Australien craque devant les journalistes. Il est comme ça, Cadel. Son coéquipier Amaël Moinard le présente comme quelqu’un de « souriant », « agréable à vivre », « respectueux » et « apprécié de tout le peloton ». Lui se montre sensible, disponible, jovial et détendu. Comme lorsqu’il rejoint son bus au départ de la 19e étape décisive. Alors que se dresse l’Alpe d’Huez, le nouveau maillot jaune de ce Tour prend le temps de répondre à la volée aux journalistes qui l’attendent.

Avec cette première victoire dans un Grand Tour, plus question de considérer le coureur de la BMC comme un éternel loser (perdant, ndlr) après ses deuxièmes places en 2007 et 2008. Un statut largement exagéré pour un homme vainqueur du championnat du monde (2009), de la Flèche Wallonne (2010), du Tour de Romandie (2006 et 2011) et de Tirreno-Adriatico (2011), mais aussi de la Coupe du monde de VTT (1998 et 1999), discipline dans laquelle il a débuté. Sans oublier ses victoires d’étape sur la Grande Boucle en 2007 après le déclassement de Vinokourov et cette année à Mûr de Bretagne. Cadel Evans était un laborieux. Il est désormais un laborieux qui gagne, vainqueur le plus âgé du Tour de France (34 ans et 5 mois) depuis… Henri Pélissier en 1923.

Admirateur du Dalaï Lama

Le natif de Katherine, petite bourgade du Nord de l’Australie à 300km de Darwin, fait également partie de ses hommes à avoir porté les trois maillots distinctifs sur les trois Grands Tours. Et si la guigne l’avait épargné, il aurait déjà sans doute une Vuelta (incident mécanique en 2009) à son palmarès et pourquoi pas un Tour de France. Le souvenir de sa chute et de sa fracture d’un coude alors qu’il est en jaune l’année dernière est désormais derrière lui. Incroyable professionnel, Cadel Evans a particulièrement bien géré son affaire. « Je n’ai jamais vu un coureur qui préparait autant ses compétitions », avance son manageur John Lelangue. « Sur le vélo, c’est quelqu’un de très minutieux et concentré. Dans ces moments-là, il ne faut pas le déranger », reprend Moinard.

Où sont donc ceux qui mettent en avant son manque de charisme ? Cadel Evans n’a certes pas le pouvoir d’attraction d’un Lance Armstrong, le talent d’un Alberto Contador ou la rage de vaincre d’un Bernard Hinault. Mais il est la tête de pont d’un cyclisme que l’on voudrait croire propre. Sa réputation est sans tache. Lui refuse de répondre aux questions relatives au dopage. « A chacun de se faire sa propre opinion », lance-t-il aux journalistes qui l’interrogent sur le sujet. Mais quand on cherche bien, il avoue que ses deux années à la T-Mobile (2003-2004) ont été les pires de sa carrière. Il s’y sent même « marginalisé ». A 34 ans, il préfère désormais s’engager dans des combats qui lui tiennent à cœur. Comme son engagement pour le Tibet et une rencontre avec le Dalaï Lama. Même si Evans ne se dit pas bouddhiste, il reconnaît « qu’un peu de cette philosophie pourrait sauver le monde ».