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Hinault : « Il faudra aller chercher Contador »

Bernard Hinault

Bernard Hinault - -

Cinq fois vainqueur du Tour de France, Bernard Hinault continue de suivre, à 56 ans, le cyclisme avec passion. Alors que la Grande Boucle débute ce samedi, le « blaireau » livre avec sa légendaire franchise ses vérités sur le peloton actuel. Savoureux et jubilatoire.

Bernard Hinault, quel est votre sentiment sur le parcours de ce Tour de France 2011 ?

Il est fait pour un coureur qui a envie de gagner. Il y a tout ce qu’il faut dedans : des belles étapes de montagne et d’autres où l’on peut piéger ses adversaires. Il faudra savoir en profiter. Le parcours du Tour, c’est comme un menu. Lorsque vous allez au restaurant, vous choisissez dans le menu les plats qui vous plaisent. Là c’est la même chose, avec des étapes de montagne, des contre-la-montre… Si vous arrivez à vous servir de tout cela, et bien vous gagnez.

L’arrivée au sommet du col du Galibier lors de la 18e étape sera-t-elle décisive dans ce Tour de France ?

Tout dépendra de l’attitude des coureurs, car l’année dernière on avait aussi une très bonne étape avec une arrivée au Tourmalet et puis il n’y a pas eu de course. C’est d’ailleurs là qu’Andy Schleck a perdu le Tour. L’étape du Galibier sera une grosse étape mais la question est de savoir si les favoris vont « la faire ».

« Les coureurs ne sont pas des animaux »

Pensez-vous qu’Alberto Contador puisse remporter un quatrième Tour de France cette année ?

En tout cas, il faudra aller le chercher. S’il a la condition du Tour d’Italie, il va être dur à battre, même si cette épreuve était taillée pour lui, avec de nombreuses arrivées au sommet. S’il le voulait, il pourrait même gagner le Tour d’Espagne derrière. Il pourrait bien gagner les trois grands tours la même année. Il serait le premier à le faire. Cela peut-être un rêve pour lui. Mais sur ce Tour de France, il lui faut une bonne équipe pour le contre-la-montre par équipe dans lequel il ne faut pas perdre de temps.

Quel est votre avis sur les soupçons de dopage qui entourent Alberto Contador ?

Il faudrait peut-être déjà arrêter de penser que cela ne concerne que les coureurs cyclistes. La presse ne s’acharne que sur les coureurs cyclistes mais il y a d’autres sportifs qui ne sont pas très clairs et qui n’ont jamais été attaqués. Bientôt, il faudra faire un contrôle des aliments avant que les coureurs ne les consomment. Il y a des limites à ne pas dépasser. Ce ne sont pas des animaux. Que l’AMA (ndlr, l’Agence Mondiale Antidopage) commence par balayer devant sa porte et fasse les mêmes contrôles dans tous les sports. Et là on va rigoler cinq minutes.

Si vous étiez dans le peloton en ce moment, quelle stratégie adopteriez-vous ?

Je bougerais mes fesses et c’est tout. L’année dernière, Andy Schleck pouvait gagner le Tour sur une seule étape mais il n’a pas su saisir cette occasion. J’aimerais que les leaders aient un peu plus d’instinct, qu’ils observent leurs adversaires pour faire le nécessaire pour les déstabiliser. Mais le problème c’est qu’ils ont peur de la défaillance.

« Finir dixième ne sert à rien »

Les coureurs actuels sont-ils trop attentistes ?

Oui. Lorsque j’ai demandé l’année dernière à Andy Schleck pourquoi il n’avait pas attaqué Alberto Contador plus tôt dans l’étape de Morzine, il m’a répondu : « Parce que ce n’était pas prévu. » Bravo ! Ça me fait mal au cœur d’entendre ça. Le jour où on va enlever les oreillettes aux coureurs cela va être encore plus grave, où alors ils prendront des initiatives, comme certains le font déjà. Pour prendre le cas de Philippe Gilbert, lui est contre les oreillettes car c’est un coureur qui a de l’instinct, qui sait courir et qui en profite un maximum. Et dans le Tour, on devrait voir la même chose.

Pensez-vous qu’un coureur français puisse faire une bonne performance au classement général cette année ?

Mais on s’en fout du classement général ! Il n’y a aucun Français qui est capable de gagner le Tour de France. Il peut y en avoir un qui termine dixième mais le lendemain personne ne saura qui c’est. Par contre, gagner une étape ou aller chercher un maillot distinctif, c’est mieux car cela reste marqué à vie. Si je demande qui est le premier français l’an dernier sur le Tour, personne ne peut me le dire. C’est là preuve que cela ne sert à rien du tout. Qu’est-ce qu’on en a à faire du meilleur Français ? Sauf si l’un d’entre eux termine dans les cinq premiers, comme l’a fait John Gadret au Tour d’Italie (Ndlr, quatrième), là, d’accord.