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Pineau, cœur de lion

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Echappé depuis le début de la 6e étape, Jérôme Pineau (IAM) a dû se résoudre au retour du peloton dans le final. Avant de fulminer contre un de ses compagnons de fugue. Du pur Pineau dans le texte, homme libre et équipier modèle.

Le palmarès n’affiche pas le clinquant de ceux de certains de ses illustres collègues de peloton. Une étape du Giro en 2010, Paris-Bourges et le Tour de l’Ain en 2004, le GP Jef Scherens en 2011, la Polynormande en 2003, porteur du maillot à pois de la Grande Boucle en 2010. Voilà pour les grandes lignes. A 34 ans, Jérôme Pineau ne sera jamais un champion éternel dont on chantera les exploits des années et des années après sa retraite. Mais le natif de Mont-Saint-Aignan aura laissé sa trace. Son empreinte. Celle d’un coureur généreux dans l’effort, offensif, malin. Celle, aussi, d’un homme libre, personnalité à part, attachante, grande gueule assumée de longue date (et même à l’époque du mensonge-roi dans le cyclisme), toujours un mot gentil pour les plus jeunes. Tout sauf un modèle aseptisé.

Un vrai cheval fougueux sur la selle comme dans la vie. Quand Pineau a quelque chose à faire, il le fait. Quand il a quelque chose à dire, il le dit. Quitte à faire siffler des oreilles. Prenez la 6e étape du Tour, ce mercredi. A l’attaque dès les premiers kilomètres, le Français lance l’échappée du jour. Elle n’ira pas au bout. Et vu l’attitude d’un de ses compagnons de fugue, Jérôme fulmine : « J’aurais voulu être le combatif du jour mais Maté (l’Espagnol de Cofidis, présent dans l’échappée, ndlr) est un rat ! » Pas question de tourner la page. Au contraire. La personne chargée des relations avec la presse de l’équipe IAM aura beau faire de grands gestes, le volcan s’est réveillé. « Dans le jargon du cyclisme, un rat est quelqu’un qui collabore mal et vous attaque dans le final, embraie celui qui était le benjamin de la Grande Boucle en 2002. Il fait semblait d’avoir mal et il s’échappe sur la fin. Il va me le payer dans les jours à venir. »

Avec Chavanel, les deux font la (bonne) paire

L’Espagnol est prévenu. Le garçon n’oublie rien. Avec lui, la vengeance est un coup de pédale qui se mange froid. Pineau, c’est le cyclisme à l’ancienne, les grands duels où chacun roulait des mécaniques avant l’heure. C’est aussi la science de la course. Il suffit de l’écouter raconter sa journée : « Je ne voulais pas subir l’étape. J’ai décidé d’aller de l’avant parce qu’on ne sait jamais ce qui peut se passer. J’avais prévu des bordures, ça n’a pas manqué. » Expérience en bandoulière, Pineau livre ses avis. Jamais plongés dans l’eau tiède. L’étape des pavés de mercredi ? « Les gens ont dû apprécier, nous un peu moins… On a perdu un des favoris, Chris Froome, c’est dommage pour ça car on n’aura pas cette belle bataille attendue en montagne avec Contador. »

Coéquipier et ami fidèle, Pineau forme un étonnant duo avec Sylvain Chavanel, de six mois son aîné. Tous deux issus de Vendée U et de la filière Jean-René Bernaudeau, ils ont débuté leur carrière dans la même équipe, Bonjour. Ils seront séparés durant trois ans, de 2005 à 2008, « la Pinaille » chez Bouygues Telecom, « Mimosa » chez Cofidis. Depuis, Chavanel ne s’en sépare plus. Dès qu’il rejoint une équipe, Sylvain prend Jérôme dans sa valise. Quick Step en a profité de 2009 à 2013, IAM a récupéré la paire cette saison. Jamais mieux que 27e du général (2004), Pineau rêve surtout de claquer enfin une victoire d’étape. Il le mérite tant.

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Alexandre Herbinet avec P.-Y.L. à Reims