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Poulidor : « Moi, malchanceux ? Je n’aime pas ce mot »

Raymond Poulidor

Raymond Poulidor - -

A l'occasion de la 100e édition du Tour de France, qui débute le 29 juin, RMC Sport vous propose de revisiter l'histoire de la Grande Boucle à travers une série d'entretiens exclusifs. Aujourd’hui, Raymond Poulidor, l’une des figures mythiques du cyclisme français.

Raymond, quels sont vos meilleurs souvenirs sur le Tour de France ?

J’en ai tellement ! Mon premier Tour, en 1962, m’a beaucoup marqué. Au départ, c’est un mauvais souvenir, parce que je commence avec un bras dans le plâtre et perds 8 minutes le premier jour. Mais quelques jours plus tard, je gagne une grande étape de montagne en lâchant deux des meilleurs grimpeurs de l’Histoire, Gaul et Bahamontes. J’ai fini ce Tour 3e et reçu un accueil extraordinaire à Paris. Les Tour 64, 74, et mon dernier, en 1976, restent aussi de très bons souvenirs.

Vous évoquez le Tour 64, c’est l’année de votre duel mythique avec Anquetil, dans la montée du Puy de Dôme. 50 ans plus tard, que vous reste-t-il de ce moment ?

C’est vrai que la photo avec le fameux coude-à-coude a fait le tour du monde. C’est un mythe, mais je ne sais pas s’il y a une vérité là-dessous. En réalité, je pense que ce jour-là, Anquetil et moi n’avons pas été bons.

Quel est, au contraire, votre plus mauvais souvenir sur le Tour de France ?

Ça restera le Tour 68. Je suis renversé par une moto, à 8 jours de l’arrivée, et je dois quitter le Tour. A ce moment-là, j’avais plusieurs minutes d’avance sur ceux qui ont fini devant.

La malchance, c’est d’ailleurs ce qui caractérise aussi votre carrière, non ?

Malchance ? Je ne sais pas. Je n’aime ne pas trop employer ce mot. On m’a présenté comme le malchanceux, mais, pour moi, les vrais malchanceux sont ceux qui ont laissé leur carrière, comme Roger Rivière, ou leur vie après un accident.

Quel regard portez-vous sur le parcours de cette édition 2013 ?

J’aurais bien aimé que le tracé reprenne à peu près celui de 1903. Malheureusement, c’est impossible aujourd’hui, parce que les règlements font qu’on ne peut pas dépasser un certain kilométrage. Mais ça sera un Tour très montagneux, très difficile.

Un Tour difficile, avec un grand favori, Christopher Froome. Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Plus que l’individu, c’est l’équipe Sky qui me paraît intouchable, imbattable. Ils ont presque 3 coureurs capables de gagner le Tour, même si Froome se détache. Mais il faudra se méfier de la réaction des autres équipes. Vont-elles se léguer, laisser tout le travail à la Sky ? Et puis, il faudra aussi passer les premières étapes piégeuses. 200 km sur les routes corses, ça n’est pas évident.

« Le potentiel français n’a jamais été aussi fort »

Contador et son équipe peuvent-ils faire de l’ombre à Froome ?

Oui, bien sûr. Ses derniers résultats ne plaident pas en sa faveur, il paraît-en dessous des autres années. Mais il est sûrement très motivé, et peut-être aussi qu’il cache son jeu. On le saura vite…

Quels coureurs français voyez-vous briller cette année ?

Le potentiel français n’a jamais été aussi fort. Parmi les sprinteurs, ils sont plusieurs à pouvoir rivaliser avec les meilleurs finisseurs. Pour le classement général, Rolland promet beaucoup depuis 2 ans, il gagne des étapes de montagne. Thibault Pinot est lui aussi très intéressant. Mais pour gagner le Tour, il faut être présent tous les jours, on ne peut pas se cacher dans certaines étapes. Et puis, il y a Voeckler, notre chouchou. Sa façon de courir me rappelle Jean Stablinski (coureur Français triple champion de France et champion du monde 1962), il ne se manque jamais.

Rolland et Voeckler appartiennent à une équipe, Europcar, qui vient d’être suspendue du MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible) après l’imbroglio autour, justement, de Pierre Rolland (qui n’aurait pas dû prendre le départ d’une étape du Dauphiné, en raison d’un taux de cortisol trop faible). Comment réagissez-vous à ces annonces ?

J’ai du mal à comprendre cette affaire Europcar, mais je crois qu’il y a eu un manque de concertation. Il n’y a pas de problème de dopage là-dessous. Il ne devrait pas y avoir de doutes mais il y en a. Comme il y a des suspicions sur la Sky qui domine. (Agacé) Mais pourquoi donc les performances des cyclistes entraînent-elles forcément des suspicions ? C’est comme pour Cancellara. On a dit qu’il avait un moteur. Oui, il a un moteur, et un bon même…

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Propos recueillis par Vincent Delzescaux