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Pourquoi Armstrong a choisi de parler

Lance Armstrong

Lance Armstrong - -

Le jeudi 17 janvier, l’ex-coureur s’exprimera durant 1h30 à la télévision américaine. Si la question de l’étendue de ses aveux de dopage reste entière, les raisons pour passer à confesse, après tant d’années de déni, sont nombreuses.

Sportives : Retrouver la compétition
Dès 2012, soit un an après sa retraite du cyclisme, les affaires ont rendu le Texan -ex-triathlète-indésirable aux yeux des organisateurs des compétitions de triathlon. En juin, c’est l’Ironman de Nice et la World Triathlon Corporation (WTC) qui ne veulent plus de lui alors qu’Armstrong est sous le coup d’une procédure ouverte par l’USADA. Cette dernière le radie à vie au mois d’août. Un mois plus tard, c’est le marathon de Chicago qui lui ferme ses portes… A 41 ans, Armstrong, qui publie sur son nouveau compte Twitter des photos et des vidéos de lui s’entrainant à Hawaï, n’a jamais cessé de se considérer comme un compétiteur.

Politiques : Briguer le poste de gouverneur du Texas
Les ambitions politiques du Boss ont fait surface pour la première fois avec les déclarations de son ancien et fidèle coéquipier George Hincapie au New-York Times. En 2005, l’intéressé en parle lui-même pour la première fois après son 7e Tour de France. Armstrong qualifie George W. Bush, 43e Président des Etats-Unis et autre Texan, d’« ami ». Ce dernier le félicite de son nouveau sacre et l’invite chez lui pour une sortie en VTT. Par la suite, le coureur se dira moins enthousiaste à l’idée de repartir pour de nouvelles années de « stress ».

Caritatives : Livestrong lui met la pression
La Fondation qu’il a créée en 1997, et qui a récolté près de 400M€ de dons en faveur des malades atteints du cancer, fait tout aujourd’hui pour ne plus être associée à son encombrant parrain. En octobre, alors que l’association d’Austin fêtait ses 15 ans, Armstrong abandonnait la présidence. En novembre, il quittait le conseil d’administration. Les bruits faisant état d’un intérêt pressant des inspecteurs de l’Internal Revenue Service, ceux-là mêmes qui ont fait chuter Marion Jones et Tim Montgomery dans la cadre du procès Balco, n’ont rien fait pour arranger l’image d’une association à la réputation ternie. Des donateurs ont même fait pression pour revoir leur argent.

Publiques : Redorer son blason
Au mois de novembre, l’incontournable hebdomadaire Sports Illustrated a élevé Armstrong au rang peu enviable d’« Antisportif de l’année ». En Australie, Adelaïde lui retirait les clés de la ville qu’elle lui avait décernées après ses trois participations au Tour Down Under. En France, le maire de l’Alpe d’Huez demandait à débaptiser les deux virages qui portent son nom. L’opinion publique américaine demeure divisée, même si sa cote de popularité est en chute libre. Sur les réseaux sociaux, le Texan fait toujours un tabac. Sur Twitter, il est suivi par près de 4 millions de personnes… Les messages de soutien abondent. Son dernier post renvoie au show en préparation chez Oprah Winfrey, jeudi 17. Toujours sur la plus haute marche.

Financières : Eviter les procès
Armstrong traine un sérieux contentieux avec SCA Promotions, depuis que l’assureur texan a été sommé de lui payer en 2006 7,5 M€ en bonus de victoires sur le Tour et en dommages-intérêts. SCA veut récupérer sa mise, et l’Américain a fait une proposition inférieure à 800 000 euros, rejetée sans surprise. L’ancien coureur a aussi un différend avec le Sunday Times et son collaborateur David Walsh, qui veulent revoir la couleur du montant (plus d’un million d’euros) réglé pour diffamation après la publication d’articles inspirés du livre choc « L.A. Confidentiel – Les secrets de Lance Armstrong », en 2004.

Pénales : Ne pas passer par la case prison
Lors de son procès contre SCA, Armstrong a témoigné en prêtant serment devant le district attorney (équivalent du procureur de la République, ndlr) d’un tribunal au Texas. S’il se décidait à avouer son dopage jeudi à la télévision, il pourrait être jugé pour délit de parjure. Une infraction sévèrement punie aux Etats-Unis (5 ans de prison et 800 000 euros d’amende). Pour les observateurs avisés de cet incroyable feuilleton, Armstrong a négocié ses aveux en échange d’un allègement de peine, selon la loi américaine du plea bargain. Marion Jones avait agi de la sorte en octobre 2007, avec à la clé une peine d’emprisonnement réduite à six mois.

Louis Chenaille (avec P.T., G.Q., C.G.)