RMC Sport

Quand le Tour ouvre l’appétit…

Sylvester Szmyd

Sylvester Szmyd - -

Pour éviter une fringale ou une défaillance, les équipes du peloton, au repos ce mardi, développent de gros moyens pour bien subvenir aux besoins caloriques de leurs coureurs. A l’instar d’Europcar, qui a aménagé un camion-restaurant.

Chez Europcar, les repas ne se prennent pas à l’hôtel mais dans le camion. Pour la cinquième année consécutive sur le Tour de France, les coureurs de la formation vendéenne petit-déjeunent, dînent et prennent leurs collations dans ce restaurant roulant baptisé « Espace nutrition ». Une petite révolution qui date du début des années 2000, mise en place par Jean-René Bernaudeau en association avec Patrick Sabatier, le nutritionniste de l’hôpital de la Salpêtrière (Paris). « On voulait maîtriser la chaîne du froid pour éviter les bactéries, explique Bernaudeau. On ne peut pas partir dans une aventure de trois semaines sans être sûrs que l’alimentation soit bien conservée. »

« Les hôtels ne sont pas en mesure de répondre à nos attentes, ajoute Hubert Long, médecin de l’équipe. Il y a souvent des délais de repas importants. Et grâce à notre espace nutrition, on arrive à régler les apports préconisés pour les sportifs. » Car les coureurs sont des êtres à part. Leurs organismes brûlent entre 6000 et 7500 calories par jour contre environ 2200 pour un profane. La durée des efforts nécessite donc une approche surveillée de la nourriture. « On est partis dans une optimisation générale qui propose un apport nutritionnel et calorique journalier en fonction de la température et du poids des coureurs », détaille Bernaudeau.

Gallopin : « Il fallait voir ce que des mecs comme Fignon et Armstrong mangeaient»

Une petite armée accompagne cette démarche : trois cuisiniers confectionnent en effet ces plats à la carte sur les informations d’une diététicienne, d’un nutritionniste et d’un biologiste. Cet outil très élaboré n’a pas encore fait le tour du peloton. Chacun y va de son appétit mais aussi du programme de l’étape du lendemain. « Il fallait voir ce que des mecs comme Fignon et Armstrong mangeaient la veille d'une grande étape de montagne, se souvient Alain Gallopin, directeur sportif de RadioShack, ancien masseur de Fignon et ancien directeur sportif d’Armstrong. C'était impressionnant. Il faut manger équilibré et en fonction de la course. » Les féculents restent l’aliment-clé indémodable.

« On est obligés de faire vachement attention sinon ce n’est pas top. Mais des fois on se relâche, reconnait Brice Feillu (Saur-Sojasun). Il ne faut pas non plus tomber dans l’excès. Il y a des choses bonnes pour le corps et agréables à manger. J’aime bien les pâtes et pour un sportif ce n’est pas plus mal de les aimer ! » « Sur le Tour, un coureur peut manger de tout car il dépense énormément d'énergie, assure encore Alain Gallopin. Il faut essayer de manger équilibré tout de même. » Europcar se formalise davantage de ces considérations nutritives. « C’est vraiment un plus. Les prises de sang de l’année dernières ont montré que les coureurs avaient terminé le Tour sans carence, affirme Bernaudeau. Nous ferons de nos coureurs des anciens sportifs en meilleure santé. »

Nicolas Couet avec GQ, PYL, RP