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Thévenet : « L’Izoard 1975, une communion entre le public et moi »

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A l'occasion de la 100e édition du Tour de France, qui débute le 29 juin, RMC Sport vous propose de revisiter l'histoire de la Grande Boucle à travers une série d'entretiens exclusifs. Aujourd’hui, Bernard Thévenet, l’une des grands noms du cyclisme français, double vainqueur de la Grande Boucle.

Bernard, vous avez remporté deux fois le Tour de France (1975 et 77), quelle est votre meilleur souvenir sur la Grande Boucle ?

Parmi beaucoup d’autres grands moments, le souvenir qui me reste le plus, c’est celui de la montée finale vers l’Izoard, en 1975. J’étais leader du Tour depuis la veille. Le matin-même, Louison Bobet est venu me dire que pour devenir un grand du vélo, il fallait franchir l’Izoard en tête avec le maillot jaune. C’est ce que j’ai fait. Il y avait une foule énorme qui remplissait la route et s’écartait au dernier moment, une vraie communion entre le public et moi. Il faut dire qu’à ce moment-là, ça faisait 8 ans qu’un Français n’avait pas gagné le Tour.

Et votre plus mauvais souvenir ?

Mon abandon en 1976, l’année suivante. Je venais de gagner le Critérium du Dauphiné, j’étais en bonne condition. Au troisième jour de course, je chute. Sans m’en rendre compte, je n’arrivais ensuite plus à retrouver ma forme, mon coup de pédale. Je perds d’abord du temps dans un contre-la-montre, puis 20 minutes dans les Pyrénées, avant d’abandonner. Alors que j’étais venu pour gagner…

« La Sky moins imbattable que l’an dernier »

Cette année, un grand favori se dégage, c’est Christopher Froome. C’est aussi votre avis ?

Oui, c’est le grand favori de cette édition. Il me semble encore plus fort que l’an dernier. Et il a une équipe très forte à son service, avec d’autres potentiels leaders. C’est une équipe avec très peu de lacunes, mais qui me parait paradoxalement moins imbattable que l’an dernier, quand Froome était équipier de Wiggins. 

Qui peut empêcher Froome et la Sky de remporter ce Tour ?

Contador sera son principal adversaire, même s’il me semble un peu en retrait cette année. Il y a aussi Tejay Van Garderen, le jeune Américain qui promet beaucoup, ou encore Valverde. Evans me paraît aussi être un candidat crédible. Il est régulièrement placé et peut peser sur la course.

Que peut-on espérer des coureurs français sur ce Tour ?

Je pense qu’on devra plus s’attendre à des victoires d’étapes qu’à des coureurs qui se battront pour le général. Mais je serai attentif à Pinot. L’an dernier, à 22 ans, il avait réalisé des choses extraordinaires, avec un Top 10 et une victoire d’étape. On va voir s’il peut faire encore mieux, et là, on pourra dire si on peut le considérer comme l’un des favoris du Tour. Je vais aussi suivre Pierre Rolland, mais j’ai l’impression qu’il visera plutôt des victoires de prestige qu’une place au général. Et puis, on peut toujours s’attendre à quelque chose de nos « vieux » Voeckler ou Chavanel. Je suis persuadé que l’un ou l’autre vont sortir quelque chose.

Pierre Rolland, justement, et Europcar sont au cœur d’une affaire qui empoisonne un peu cet avant-Tour. L’équipe a même été suspendue du MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible) après avoir autorisé son coureur à prendre le départ alors qu’il présentait un taux de cosrtisol trop faible. Quel est votre avis sur cette affaire ?

Quand il y a dans une équipe 2 contrôles antidopage positifs, je trouve cela normal qu’elle suive le règlement du MPCC. C’est ce qu’a fait Ag2r en s’auto-excluant du Dauphiné. Mais dans cette affaire Europcar, il n’y a pas assez élément pour se forger une idée fiable. Comme souvent, il y a une querelle d’experts et on ne sait pas qui a tort, qui a raison. On ne sait pas à quoi est due cette baisse de cortisolémie, mais cette histoire fait déjà beaucoup de mal. On aurait peut-être du discuter un peu plus avant de prendre une décision aussi abrupte.

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Propos recueillis par Vincent Delzescaux