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Voeckler à la folie

Thomas Voeckler a conservé son maillot jaune au sommet de Luz-Ardiden

Thomas Voeckler a conservé son maillot jaune au sommet de Luz-Ardiden - -

Au contact des principaux favoris dans la montée de Luz-Ardiden, ce jeudi, le maillot jaune a fait mieux que limiter les dégâts et conserver sa tunique. Mais jusqu’où le chouchou des Français ira-t-il ?

Il fallait voir ça pour le croire. Voir Thomas Voeckler au milieu des cadors dans la montée de Luz-Ardiden, flanqué du fidèle Pierre Rolland, maillot à moitié ouvert, l’œil partout, à relancer encore et encore, à boucher les trous, à venir mourir à quelques encablures d’Alberto Contador sur la ligne d’arrivée. A se comporter en maillot jaune dans une étape de haute montagne. Voir tout ça et se souvenir de sa certitude (coup de bluff ?) à perdre sa tunique sur ces premières cimes pyrénéennes. «J’étais honnête mais je suis content d’avoir eu tort, lance le leader du général. J’étais un peu surpris d’être encore là à cinq kilomètres du sommet donc j’ai serré les fesses et j’ai essayé de finir pas trop loin. »

Thomas Voeckler appartient bien à la race des seigneurs. A cette confrérie des coureurs presque d’un autre temps, qui pédalent au panache, au courage, avec cette vision de la course qui fait les champions. En 2004, au plateau de Beille, Thomas avait franchi la ligne d’arrivée carbonisé mais le poing levé, fier d’avoir conservé son maillot jaune face à Lance Armstrong. Sept ans plus tard, le parallèle est sublime. Même corps rougi par la souffrance. « C’était extrêmement éprouvant », confirme-t-il. Mais l’impression d’une attitude qui épouse une courbe à 180°. Comme si l’exploit était devenu la norme.

« Le podium à Paris ? Ah non, non, alors là non ! »

Au départ de Cugnaux, son avantage sur Cadel Evans –le mieux placé des cadors- se montait à 2’26’’. Trois cols plus tard, l’Australien se rapproche d’à peine vingt secondes et Fränk Schleck rôde à 1’49’’. Mais qui aurait misé le moindre kopeck sur un tel bilan ? Personne. Alors, bien sûr, les circonstances l’ont aidé. La bataille entre les favoris n’a éclaté que dans les derniers kilomètres. Mais même cette mise en action tardive aurait pu condamner le chouchou du public français. « Peut-être qu’ils s’observaient un peu, relativise Thomas. Mais je pensais finir beaucoup plus loin d’eux avec trois cols. Je ne vais pas me plaindre d’avoir limité les dégâts. »

L’homme a su rester simple. Le coureur a changé. De meilleures jambes tirent son intelligence de course rare. Le baroudeur génial se trouve des limites insoupçonnées. Et les suiveurs de s’interroger. Jusqu’où peut-il aller ? « Ça va être difficile de faire plusieurs journées aussi éprouvantes que celle-là », avoue le coureur d’Europcar. Avant d’éclater de rire à la question d’un hypothétique podium final : « Ah non, non, alors là non ! Vous en voulez toujours plus… » Le top 5 promis par certains est-il pourtant si farfelu que cela ? Plus tellement. Mais même si on finissait par voir ça, pour le croire, il faudrait presque s’appeler Saint-Thomas.