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Wiggins : « Je rêvais de gagner le Tour »

Bradley Wiggins

Bradley Wiggins - -

Vainqueur du contre-la-montre ce samedi à Chartres, Bradley Wiggins deviendra ce dimanche le premier Britannique à remporter le Tour de France. Le coureur de l’équipe Sky avoue que la route pour y parvenir a été semée d’embûches.

Bradley, que ressentez-vous lorsque vous entendez certaines personnes qualifier votre victoire de plus grand exploit du sport britannique ?

J'ai vu que Chris Hoy (cycliste sur piste quatre fois médaillé d’or aux JO, ndlr) avait dit ça. C'est spectaculaire. Le Tour de France est une grande épreuve. J'ai toujours été un grand fan de cyclisme depuis que je suis enfant. C'est dur de réaliser ce que je viens d’accomplir. Je suis très honoré de ce qu’a dit Chris. En tant que sportif, c'est le plus grand compliment qu'on puisse recevoir : le respect d'un pair, surtout venant de quelqu’un comme Chris. Je suis moi-même quelqu'un qui reconnaît les exploits des autres et c'est surprenant d'être dans la situation inverse. Je ne l’avais jamais imaginé.

Vous avez connu beaucoup de déboires lors des Tours précédents. Cela vous a-t-il rendu plus fort ?

Tout le monde est différent. En 2010, il y a eu ma chute. C’était une déception après un bon Tour 2009 (4e). On a besoin de ces déceptions pour être plus fort après. Dans l'équipe, on a fait le point, on a revu l'entraînement et le style de vie. On a fait de bons choix et c'est ce qui a permis d'en arriver là. L'année dernière, j'ai passé la dernière semaine du Tour à regarder Cadel (Evans) gagner. Ça m’a donné de la motivation. Ça m'a donné envie de ressentir ce qu'il ressentait.

Ce contre-la-montre a-t-il été une intense émotion?

Les dix derniers kilomètres ont été vraiment exceptionnels. J'ai repensé à tout ce qui m'était arrivé : la perte de mon père, mon modèle, qui est parti (de la maison, ndlr) quand j'étais enfant et qui est mort pendant le Tour l'an dernier, la vie avec ma mère dans un petit appartement, ma femme, mes enfants, notre vie ces quatre dernières années, les critiques qui disaient que je ne gagnerai jamais le Tour avec Sky…. J'ai repensé à mon enfance. Je regarde le Tour depuis que j'ai 10 ou 12 ans en rêvant un jour de le gagner. Mais quand on habite à Londres, ce n'est qu'un rêve. Ça a été un chemin difficile.

« Il n’y a aucune tension avec Froome »

Certains jugent votre façon de courir pas assez offensive. Qu’avez-vous à leur répondre ?

Beaucoup de gens disent : « Moi, j'aurais attaqué là » ou « J'aurais fait une journée à la Pantani ». Mais le cyclisme a changé, c’est différent. Dans les étapes de montagne, ça va vite. Attaquer est devenu difficile. Le Tour est devenu beaucoup plus humain. Si les gens veulent voir des échappées de 220 kilomètres, ce n'est plus possible. J’ai vu ça dans les années 1990, avec Virenque par exemple. Je trouvais ça super, mais c'est fini. Les gens qui disent que le Tour est ennuyeux sont les mêmes que ceux qui disent que tout le monde est dopé.

Quelle a été votre relation avec Christopher Froome pendant ce Tour ?

Beaucoup de gens veulent faire des histoires. On a mangé ensemble ce matin si vous voulez savoir. Il n'y a pas de problème, aucune tension. Si on a été bons, c'est parce qu'on a travaillé en équipe. L'année prochaine, ce sera peut-être Chris qui sera maillot jaune.

Le titre de l'encadré ici

« Wiggo » n’aime décidément pas le français |||

Un journaliste qui pose une question en français et demande poliment une réponse en français à un futur vainqueur du Tour de France qui parle… français. A priori, il n’y a aucun obstacle entre les deux interlocuteurs. Sauf que Bradley Wiggins s’évertue à éviter de parler une langue qu’il maitrise depuis ses passages dans des équipes tricolores. Et encore ce samedi, à la veille de son triomphe sur les Champs-Elysées. « Je ne peux pas décrire ce que je ressens en français » a encore tenté de faire croire en anglais le maillot jaune. Une relance du journaliste en français et puis, le gong. « Fin de la conférence de presse » annonce l’attaché de presse…

Propos recueillis par Rémi Perrot, à Chartres