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Affaire Mondory : le ras-le-bol du peloton

Samuel Dumoulin (AG2R La Mondiale)

Samuel Dumoulin (AG2R La Mondiale) - AFP

Au lendemain du contrôle positif à l’EPO de Lloyd Mondory, l’équipe AG2R La Mondiale s’est totalement désolidarisée de son coureur. Le peloton de Paris-Nice, dans sa très grande majorité, a aussi tenu à dénoncer le comportement du Français, qui a cédé à la tentation du dopage.

Après le choc, la réponse. Au lendemain de l’annonce du contrôle positif à l’EPO de Lloyd Mondory, troisième cas de dopage chez AG2R La Mondiale en deux ans et demi, les coureurs de la formation savoyarde ont tenu à exprimer leur ras-le-bol ce mercredi matin, au départ de la 3ème étape de Paris-Nice entre Saint-Amand-Montrond et Saint-Pourçain-sur-Sioule. Au pied du bus de l’équipe, devant micros, caméras et photographes, le sprinteur Samuel Dumoulin, avec autour de lui l’ensemble des coureurs d’AG2R, dont Jean-Christophe Péraud et Romain Bardet, a lu un discours pour exprimer à quel point son équipe était révoltée.

« Aujourd’hui nous avons mal pour notre équipe, notre famille, mais aussi pour le cyclisme français. Toutes ces années à se battre pour redorer notre image, qui une nouvelle fois vient d’être ternie par l’inconséquence de l’un de ceux qui préfèrent croire qu’en trichant, on est plus grand. Le discrédit est à nouveau jeté sur notre sport qui ne le mérite pas. Nous ne renoncerons pas, malgré le sentiment d’impuissance qui nous envahit parfois. Pour les milliers d’heures de travail de toute une entreprise, nous allons continuer à faire le métier que l’on aime. Parce que la vérité est que ce sport est beau et que les hommes et les femmes qui le pratique sont intègres. La plaie prendra du temps à cicatriser, mais parce que nous avons reçu le soutien du public, de beaucoup de nos collègues, nous sommes déterminés à continuer notre route, fidèles à nos valeurs. »

Moinard : « On est solidaire, ça peut toucher n’importe quelle équipe »

Ce coup de gueule public, plutôt rare, montre à quel point les coureurs propres n’ont plus l’intention de baisser pavillon face aux tricheurs, même si ces derniers sont de moins en moins nombreux. « C’est venu de leur part, explique Vincent Lavenu, le manager d’AG2R La Mondiale, qui s’interroge sur la suite de son aventure à la tête de l’équipe. Hier soir (mardi), on a fait une réunion dans le bus avec eux et l’encadrement. Et Samuel Dumoulin, en tant que porte-parole des coureurs, a souhaité qu’ils puissent s’exprimer. Au début, ils voulaient le faire devant la ligne de départ, mais je crois qu’il ne faut pas mêler ça à Paris-Nice. C’est un acte volontaire de la part des coureurs, ça a été fait de manière spontanée avec un cri du cœur, avec des mots qui sont forts et ça me touche. »

Ce mouvement de révolte ne s’est pas limité à AG2R La Mondiale, puisque Jérôme Pineau (IAM Cycling), Philippe Gilbert (BMC) et Roger Legeay, le président du MPCC (Mouvement pour un cyclisme crédible), ont apporté leur soutien à Vincent Lavenu. Sur Twitter, Christopher Froome a quant à lui qualifié Mondory d’« idiot ». Amaël Moinard, le Français de l’équipe BMC, s’est même joint à ses collègues pendant l’allocution. « Je pense que toutes les équipes devaient envoyer un représentant pour soutenir AG2R et dire combien on était offusqué par, encore, un cas de dopage lourd, explique-t-il. C’est un acte inconscient, individuel, qui jette l'opprobre sur tous les coureurs parce que les gens font vite l’amalgame et ça, on en a un petit peu marre. On est solidaire, ça peut toucher n’importe quelle équipe, n’importe qui, et malheureusement aujourd’hui c’est AG2R. On n’est jamais sûr de personne, on ne peut pas avoir 100% confiance en ses adversaires, ses collègues. C’est pour ça qu’on tenait tous à exprimer notre solidarité avec eux. »

AG2R répond aussi sur le vélo

Frappée par la polémique, la formation AG2R La Mondiale avait visiblement les crocs ce mercredi, à l’occasion de la 3e étape de Paris-Nice. Jan Bakelants et Romain Bardet ont ainsi tenté de fausser compagnie au peloton dans les derniers kilomètres, avant d’être repris sur le fil. C’est finalement Michael Matthews, le coureur d’Orica GreenEdge, qui a gagné cette étape entre Saint-Amand-Montrond et Saint-Pourçain-sur-Sioule (179 km), en devançant les deux Italiens Davide Cimolai et Giacomo Nizzolo. L’Australien en profite pour prendre la tête du classement général. Mais les hommes de Vincent Lavenu n’ont sans doute pas dit leur dernier mot.

la rédaction avec GQ