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Offredo raconte son effroyable agression et demande "une réelle prise de conscience"

Victime d’une très violente agression ce lundi alors qu’il s’entraînait avec deux amis, Yoann Offredo s’est livré dans une interview accordée à RMC Sport. Le coureur français de l’équipe Wanty-Groupe Gobert déplore le manque de respect des automobilistes pour les cyclistes et avoue qu’il est très marqué psychologiquement.

Yoann, que s’est-il passé lors de cette agression ?

Comme tous les jours, j’emprunte les routes de l’Essonne, qui sont celles de cyclistes mais aussi d'automobilistes. Comme souvent on est victimes d’agressions verbales, sauf que cette fois-ci, alors que je roulais avec deux collègues, une voiture nous a littéralement rasés, puis doublés, et a pilé devant nous. Réaction normale, on gueule contre cette voiture. Sauf que le conducteur sort une lame de cutter et la personne assise côté passager s’empare d’un manche dans le coffre et m’assène de coups. Le conducteur arrive à sortir de la voiture, récupère le manche et me tabasse.

NDLR : selon nos informations, Yoann Offredo et l'automobiliste concerné, qui dit également avoir été agressé, ont porté plainte. 

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Aucune discussion n’était possible ?

Non, pas de discussion possible. Ça arrive très fréquemment des altercations, mais de là à en venir aux mains, tel que c’était le cas, c’est intolérable.

Avez-vous eu peur aussi pour vos collègues ?

On a eu peur qu’il redémarre et qu’il écrase mes collègues. Et puis je pense qu’on était choqués parce qu’habitant en région parisienne, on a l’habitude de côtoyer beaucoup de circulation, mais de la manière dont ça s’est passé, ce n’était pas normal.

Comment allez-vous ?

Physiquement, ça va. J’ai envie de dire que je m’en sors très bien, la personne n’a pas fait usage de sa lame, elle aurait très bien pu le faire. Certes j’ai des hématomes, des ecchymoses, le nez en vrac, mais les séquelles physiques sont peu de choses comparées aux séquelles morales. J’ai exprimé sur les réseaux sociaux mon ras-le-bol, mais qui n’est pas du tout une haine contre les automobilistes. Il y a une réelle conscience à prendre. 100% des cyclistes sont eux-mêmes conducteurs. En revanche, les conducteurs ne sont pas forcément cyclistes et n’ont pas conscience de la vulnérabilité de notre pratique.

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Comment peut-on faire pour que ce genre de problèmes n’arrive plus ?

Il doit y avoir une réelle prise de conscience, des deux parties, pas que des automobilistes. Je suis le premier, je le reconnais, à ne pas forcément respecter la circulation ou le code de la route. Il faut qu’il y ait une réelle prise de conscience, soit par des spots, soit pourquoi pas qu'un futur titulaire du permis de conduire, on le mette sur un vélo et qu’on se rende compte qu’un cycliste n’a pas de carrosserie. Heureusement aujourd’hui la plupart des cyclistes portent un casque. C’est ce qui nous sauve, mais je pense que les gens ne se rendent pas compte. 90% des automobilistes font attention à nous, sont respectueux. 10% ce n’est pas le cas. Mais dans ces 10%, il y en a 9% ce n’est pas volontaire, mais simplement parce qu’ils n’ont pas conscience de notre vitesse, de la distance de dépassement qui est parfois très limite. Il y a une vraie sensibilisation à faire et je pense que ça commence dès le plus jeune âge, dès l’inscription au code de la route. En tant que cycliste, mon terrain d’entraînement c’est la route. Je ne peux pas m’entraîner sur des pistes cyclables parce qu’il n’y en pas, ou elles sont en très mauvais état. Ce n’est pas possible.

Votre incident arrive après celui qui a coûté la vie à Michele Scarponi…

C’est un sport compliqué. Moi c’est loin d’être une tragédie, c’est presque un quotidien. Tant que ça n’arrive pas malheureusement dans des conditions comme celles qu’a connues Scarponi, décédé un matin alors qu’il partait à l’entraînement, ça reste acceptable. Les insultes restent acceptables. Mais il faut vraiment que quelque chose soit fait. On ne s’entraîne pas sur un terrain de foot ou cloisonné. On n’est pas en sécurité. Je m’entraîne seul ou à deux et on ne peut pas avoir une voiture derrière nous tout le temps. Alors que faire ? A part de la sensibilisation et certainement adapter les routes et les pistes cyclables, il n’y a pas grand-chose à faire.

Des choses ont-elles déjà été faites pour améliorer vos conditions d’entraînement ?

Honnêtement, pas du tout. J’ai dit sur les réseaux sociaux que c’était un sport dangereux et que je n’avais pas forcément envie que mes enfants le fassent plus tard. J’ai eu des réactions comme : "la boxe et le rugby sont des sports dangereux". Mais ce sont des sports de contact. Quand tu es coureur cycliste, c’est quand même ta vie que tu mets en danger, parce que tu es au contact des véhicules. Ce n’est pas normal qu’en dix ans de carrière, j’ai perdu au moins dix de mes amis sur les routes. Juste en exerçant leur métier ou leur loisir. Ce n’est pas normal.

Quelle est la suite maintenant pour vous ?

Déjà, la personne voulait partir mais mes collègues l’ont arrêté en attendant la gendarmerie, qui l’a tout de suite entendue. Il a effectivement reconnu les faits, avec une version forcément un peu différente de la nôtre. Mais aujourd’hui, je n’ai pas envie d’aller m’entraîner parce que je n’ai pas envie de rentrer chez moi le soir en sang et de voir ma fille qui pleure en disant : "qu’est-ce qui t’es arrivé ?" Est-ce que je continue à voir mes amis ou mes connaissances partir un par un ? Scarponi n’était pas forcément un proche mais je le considérais de ma famille, la famille du vélo. Et ça fait toujours mal de perdre quelqu’un de sa famille. Je me dis est-ce que je continue, est-ce que j’arrête ? C’est trop dommage. Il y a une vraie sensibilisation à faire des deux côtés. Je fais du vélo depuis l’âge de douze ans, des insultes j’en ai reçues et données. Des coups, je n'en ai jamais donnés et je n’en avais jamais reçus. Là, recevoir un coup alors que tu pratiques ton métier, c’est difficile.

Comment allez-vous remonter sur votre vélo maintenant ?

Avec de l’appréhension. J’avais toujours un peu d’appréhension pendant l’entraînement mais je l’aurai davantage. Il ne faut pas que ça arrive encore, ni à moi ni à personne, parce qu’on est trop vulnérables et pas à l’abri de quelque chose de bien plus grave.

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Houssem Loussaïef