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Remco Evenepoel, l'histoire manquée de la nouvelle star du cyclisme avec le football

Remco Evenepoel

Remco Evenepoel - ICON

Avant de devenir le nouveau phénomène du cyclisme mondial, le jeune coureur belge Remco Evenepoel a fait ses armes sur les terrains de foot d'Anderlecht et du PSV Eindhoven. Sélectionné et même capitaine avec les sélections de jeunes des Diables Rouges, il s'est tourné vers le vélo sur le tard, mais avec une impressionnante réussite.

Samedi 28 avril. En plein confinement, Remco Evenepoel s’autorise une sortie à vélo. Un tour un peu particulier. Le coureur de la formation Deceuninck-Quick Step profite d’une journée ensoleillée pour partager avec ses fans une visite de Bruxelles à travers les lieux qui ont compté dans sa jeune vie. L’un d’entre eux s’appelle Neerpede. C’est le centre d’entraînement des jeunes du club de football d’Anderlecht. Le jeune coureur filme le bâtiment. "J’ai passé 11 ans de ma vie ici et pour être honnête les dernières années étaient les plus difficiles, glisse-t-il dans sa vidéo postée sur sa page Facebook. Ils m’ont brisé mentalement. Mais quand je repense à ça maintenant, je me rends compte que ça m’a rendu plus fort en tant que personne mais aussi dans tous les domaines. Donc, merci d’avoir essayé de me briser. Franchement, je suis plus fier de porter ce maillot Deceuninck-Quick Step. Maintenant, je m’amuse plus."

Un infatigable milieu de terrain

Il n’y a pas de regret mais un peu de rancoeur dans les paroles du nouveau phénomène du cyclisme mondial. L'impressionnant vainqueur de la Clasica San Sebastian l'an passé était un espoir du football belge. Sa voie vers une carrière pro semblait même bien tracée. A 5 ans, il porte déjà le maillot des Mauves du RSCA. Il veut être gardien. Débarque au centre d’entraînement avec des gants plus grands que sa tête. Mais ses énormes qualités d’endurance poussent rapidement ses coaches à le placer au milieu. C'est dans l'entrejeu que le jeune adolescent belge fait merveille. Sur le terrain, dans toutes les catégories de jeunes, Remco est au-dessus du lot.

Capitaine des Diablotins 

"Je me souviens encore que nous devions parfois le freiner lors des entraînements, tant Remco était motivé, raconte Stéphane Stassin, coach des U15. Il était la plupart du temps capitaine et capable de tout sur le flanc gauche. Ces prestations lui ont valu des sélections internationales.” Avec les U15, U16 ou les U17 des Diables Rouges, mais aussi avec le PSV Eindhoven où il passe trois saisons avant de revenir chez les Mauves entre 11 et 14 ans, Remco Evenepoel fait des merveilles. Leader né, il est très apprécié par ses partenaires. Et se rêve futur footballeur professionnel. 

Evenpoel
Evenpoel © -

Quand le ressort avec le foot se tend

Mais alors, qu’est-ce qui l’a poussé vers le cyclisme ? En 2016, la situation se tend avec Anderlecht. Evenepoel joue moins. Un coach lui annonce qu’il n’a plus d’avenir dans le foot. Sans autre explication. Le ressort se casse. L'adolescent tente une ultime expérience au KV Malines. Rien n’y fait. "Petit Cannibale" se lasse du foot. La flamme retombe à mesure que celle pour le vélo grandit. A 16 ans, il préfère allumer la télévision pour regarder les courses cyclistes que pour voir des matchs de foot. Et s’il faisait comme son père, Patrick, coureur professionnel à la modeste carrière bien que vainqueur Grand Prix de Wallonie en 1993? 

Celui qui est annoncé comme le successeur d’Eddy Merckx ne part pas de zéro. L’été, avant chaque préparation, il s’entretient physiquement en faisant du VTT. "J’aimais aussi rouler à vélo et le plaisir de jouer au football a soudain disparu, reconnait-il lors d’une visite chez les jeunes du centre de formation d'Anderlecht. Il faut alors opter pour ce qui vous procure le plus de satisfactions. Et j’ai clairement posé le bon choix en optant pour le cyclisme.”

"J’ai été un peu mis de côté à Anderlecht"

A 17 ans, le jeune crack frappe très fort dès ses premières courses. Ce virage est le bon. “J’ai été un peu mis de côté à Anderlecht, alors le plaisir s’est évanoui, confiait-il l’an passé au Het Nieuwsblad. Je me rendais toujours à l’entraînement à vélo et j’étais déjà occupé à faire du cyclisme, mais je ne voulais pas encore devenir coureur. Le moment où j’ai réalisé que je pouvais devenir coureur professionnel est arrivé l’année dernière (en 2018) aux Championnats d’Europe, où j’ai gagné avec dix minutes d’avance sur le deuxième. C’est là que tout a commencé.”

Aujourd’hui, alors que la saison 2020 est à l’arrêt en raison de la crise sanitaire, Remco Evenepoel n’a aucune raison de regretter son choix. ”Le football et le cyclisme sont des sports très différents : avec le vélo, il faut beaucoup plus de force mentale et beaucoup plus de persévérance." Des qualités qu'il a chevillées au corps et qui permettent au jeune champion d'Europe de contre-la-montre de réaliser des prouesses à seulement 20 ans.

"Remco n’aurait pas fait la même carrière dans le foot que dans le cyclisme"

De quoi effacer toutes les rancoeurs ? La réponse est oui du côté d’Andelercht où on passe volontiers l’éponge sur le petit tacle adressé par le le coureur lors de sa visite de Bruxelles. "Remco ne vise pas le club mais une seule personne dans ce qu’il dit, a réagi Jean Kindermans, directeur du centre de formation au RSCA, à la DH. Je pense pourtant que cette personne avait raison. Remco n’aurait pas fait la même carrière dans le foot que dans le cyclisme. Il a fait le bon choix. Les tensions sont encore un peu là mais ça va s’atténuer avec le temps. Puis s’effacer définitivement. Remco aime toujours Anderlecht et Anderlecht aime toujours Remco. Comme Eddy Merckx, on espère qu’il deviendra l’un de nos plus beaux ambassadeurs." 

Aurélien Brossier